Éditions — Économie
Éditions intégrales des articles Économie publiés sur Napseflow.
La crise finale du libéralisme
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt et sa progression fulgurante en Allemagne a une nouvelle fois alimenté les commentaires sur le retour des années 1930 et les sempiternels appels au « barrage » pour « sauver la démocratie », jusqu’à envisager l’interdiction du parti. Des mots d’ordre vains tant l’essor de l’extrême-droite se nourrit d’un rejet profond du libéralisme politico-économique. Ayant abusé de l’endettement public pour compenser les baisses d’impôts des grandes entreprises et des grandes fortunes, ce régime a de plus en plus de mal à assurer le contrat social de base tant les taux d’intérêt deviennent élevés. La recette austéritaire, déjà appliquée depuis des décennies, et le pari du réarmement pour relancer l’économie, sont des impasses. Pour le sociologue allemand Wolfgang Streeck, le monde occidental est arrivé au stade final de la « polycrise » et seule une rupture économique profonde peut lui permettre d’éviter le règne de l’extrême-droite.

Réformer plutôt que taxer plus: sortir enfin du cercle vicieux français
<p>La France est enfermée dans deux cercles vicieux qui se renforcent mutuellement. Le premier est économique: la progression continue des dépenses appelle des prélèvements toujours plus élevés et davantage de dette lorsque l’accroissement des taxes deviennent plus difficilement acceptables. Cette dynamique pèse progressivement sur la croissance, l’investissement, la compétitivité et le taux d’emploi, réduisant finalement la capacité même du pays à financer son modèle social. Le second est démocratique: l’accumulation des déficits, la dégradation relative des performances publiques malgré des moyens croissants et l’endettement nourrissent une défiance grandissante envers les pouvoirs publiques et les institutions. Cette défiance rend les réformes plus difficiles, ce qui entretient à son tour les déséquilibres économiques.</p>
La parenthèse ouverte le 11 septembre 2001 s’est-elle jamais refermée ?
Le 11 septembre 2001 a ouvert vingt-cinq années de guerres déclarées au nom de l'anti-terrorisme. On en retient les invasions et leurs échecs, les prisons secrètes et les drones. Au risque d'oublier ce qui s'est révélé le plus durable : un basculement structurel dans le rapport des États-Unis au reste du monde, qui n'a jamais cessé de s'appliquer depuis - prérogatives étendues pour les services de renseignement, mise sous tutelle des alliés via les réseaux d'information et de finance, et imposition d'une définition de la sécurité collective calquée sur les seuls intérêts américains. La guerre menée cette année contre l'Iran, et la ruée diplomatique qu'elle a provoquée, n'en sont que la dernière déclinaison.

Le Canada déprovincialise-t-il l’Union européenne?
<p><em>Le discours de Mikhaïl Gorbatchev sur la « Maison commune européenne » au Parlement de Strasbourg en 1989 permettait d’imaginer une Europe plus large que la Communauté européenne; à sa manière, dans le même hémicycle, Mark Carney semble imaginer une Union européenne au-delà de l’adhésion. </em></p>

L’Amérique peut elle rapatrier la production de ses médicaments génériques?
<p>Le 22 juillet, le Président Trump a annoncé sur la plateforme Truth Social que les médicaments génériques seront frappés d’un tarif de 100% dès août 2028 pendant un an et de 200% par la suite. L’objectif déclaré consiste à rapatrier la fabrication de ces produits. Mais la faiblesse des marges et la forte concentration des chaînes d’approvisionnement en Asie rendent cette stratégie peu réaliste. Le problème est pourtant réel. Y a-t-il des alternatives?</p>
« Les survivants du Che » : la patrie ou la mort !
Avec Les survivants du Che, présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, Christophe Dimitri Réveille narre la fuite rocambolesque des guérilleros qui avaient suivi Che Guevara en Bolivie pour exporter la révolution cubaine. Une œuvre hétéroclite qui met en lumière le rôle des combattants ordinaires dans les processus historiques et qui retrace une cavale épique à laquelle la France n’est pas totalement étrangère.

L’IA et l’avenir de la recherche économique: de Galilée à Socrate
<p>La recherche en économie a longtemps été freinée par le manque de temps, de main-d’œuvre et d’accès aux données et aux méthodes. L’IA contribue à lever cette contrainte mais elle risque également d’exacerber les défis auxquels la profession est déjà confrontée. Cela appelle une réflexion sur ce que devraient faire les institutions, mais aussi sur les évolutions possibles du processus de découverte scientifique.</p>

Jeunesse: déclassement ou cellule de dégrisement?
<p>Pour expliquer le spleen ou la colère des nouvelles générations diplômées, et ce faisant leur attirance vers l’extrême-gauche, l’argument le plus fréquemment avancé est celui du déclassement. Encouragés à poursuivre le plus loin leurs études, si possible jusqu’au master, ils estiment que cet effort se rentabilise peu en termes d’emploi. Cette appréciation semble justifiée. Pourtant le déclassement est-il le premier carburant de la radicalisation de la jeunesse?</p>

Les 5000 dollars de Trump: un modèle du genre
<p>La promesse de verser 5000 dollars aux Américains si les Républicains conservent la majorité aux deux Chambres du Congrès ressemble à un achat de votes sans précédent. Mais est-elle vraiment si différente des innombrables promesses électorales destinées à séduire telle ou telle catégorie d’électeurs? Trump pousse simplement jusqu’à la caricature une pratique devenue ordinaire dans nos démocraties. Le vrai problème est ailleurs: ces promesses sont rarement chiffrées, financées ou sérieusement évaluées. L’exemple des Pays-Bas montre pourtant qu’il est possible d’obliger les partis à davantage de transparence et de responsabilité.</p>
Le scandale qui pourrait coûter cher à l’extrême droite latinoaméricaine
Fernando Cerimedo, architecte d’une vaste machine de désinformation qui a contribué aux percées électorales de l’extrême droite de l’Argentine à la Bolivie en passant par le Honduras, se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux en Bolivie. Il avait bénéficié de la technologie et des fonds fournis par les proches collaborateurs de Trump dans ses activités politiques. Accusée d’avoir commandité une tentative d’assassinat visant son ex-compagne, il a vu sa carrière brisée par une procédure judiciaire - qui pourrait avoir un retentissement bien au-delà du cas Cerimedo. Par Kurt Hackbarth, traduction Alexandra Knez.

La guerre sans fin d’Anastasia Fomitchova
<p>Rien ne semblait prédestiner Anastasia Fomitchova à participer à la guerre en Ukraine. Née à Kyiv en 1993 puis arrivée en 1995 en France avec sa mère pour fuir un pays dévasté par la corruption et les crises économiques, elle suit un parcours universitaire à Paris puis au Canada. Mais la guerre qui survient la ramène en Ukraine. Elle en tire un récit saisissant.</p>

L’ère des centenaires
<p>Illustration spectaculaire de la progression de l’espérance de vie et du vieillissement de la population, l’augmentation du nombre de centenaires signe l’entrée de la France dans une société de longévité. À l’ère des centenaires, les probabilités d’atteindre un tel âge grandissent significativement. Chacun peut faire ses calculs, en prenant en considération des disparités élevées, tout particulièrement entre hommes et femmes.</p>
L’Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan ont-ils créé leur propre OTAN ?
Le 7 août, Riyad, Ankara et Islamabad ont scellé, dans la ville la plus sainte de l'islam, un pacte de défense mutuelle. Derrière la rhétorique martiale de l'« OTAN islamique » se joue une redistribution plus profonde : celle d'un ordre moyen-oriental fondé, depuis trois quarts de siècle, sur l'illusion que la puissance américaine garantissait la stabilité, quand elle a surtout produit autoritarisme, dépendance budgétaire et guerre. Reste à savoir si ce Moyen-Orient sans tuteur saura éviter que le déclin d'un empire ne s'accompagne de l'émergence d'un autre, sous une forme régionale.

Pour une décentralisation radicale
<p>La crise démocratique française est aussi une crise de la centralisation. Face à des citoyens qui réclament davantage de prise sur les décisions qui les concernent, l’État jacobin apparaît de plus en plus distant, uniforme et impuissant à répondre à la diversité des territoires. Plutôt que de céder à la tentation populiste de tout traiter par référendum, une décentralisation radicale pourrait permettre de rapprocher le pouvoir des citoyens et de redonner souffle et légitimité à la démocratie représentative.</p>

Le beau Danube sec
<p><em>La valse de Johann Strauss demeure l’une des bandes-son les plus fameuses de l’Europe. Mais à l’été 2026, ce n’est plus le bleu du fleuve qui marque les esprits: ce sont ses absences. À mesure que les eaux se retirent, le Danube révèle un continent confronté à trois réalités: sa vulnérabilité géopolitique, sa fragilité écologique et la profondeur de sa mémoire historique. </em></p>

Les ruptures du parti démocrate américain
<p>En juillet et août, plusieurs primaires ont mis en lumière les divisions et conflits internes au sein du parti démocrate, à deux mois de midterms qui pourraient lui donner la majorité à la Chambre et peut être au Sénat. Au fil des mois la gauche du parti, qui se qualifie fréquemment de socialiste, s’est affrontée souvent avec succès aux centristes qui sont aujourd’hui largement majoritaires dans le parti. La progression des démocrates socialistes constitue-t-elle une menace ou un atout pour un parti qui ambitionne de reconquérir le pouvoir?</p>

L’Europe dans son moment Meiji: construire le concept de bien public stratégique
<p>L’Europe de 2026 souffre d’un retard économique et technologique qui renforce sa dépendance envers les États-Unis et déséquilibre la relation transatlantique. Une option à considérer est celle du Japon Meiji: s’inspirer sélectivement du modèle américain pour renforcer la puissance économique de l’UE sans renoncer à ses valeurs. Pour y parvenir, il nous faut investir dans des biens publics stratégiques européens, c’est-à-dire des capacités essentielles aujourd’hui dépendantes des États-Unis.</p>
« L’art du deal » de Trump bute sur la résistance du Canada
Les exigences commerciales de Donald Trump face au Canada, qui auraient entraîné la disparition de secteurs entiers de l'économie productive, comme celui de l'automobile, étaient inacceptables pour Ottawa. L'échec des négociations ouvre la voie à une stratégie industrielle démocratique rejetant le libre-échange.

Pensions de réversion: un système devenu incohérent et inéquitable
<p>La pension de réversion fait partie de ces dispositifs que tout le monde connaît de nom mais que peu de personnes comprennent réellement. Dans le débat public, elle est généralement présentée comme un acquis social essentiel, permettant de protéger les veuves et de réduire les écarts de retraite entre les hommes et les femmes. Pourtant, lorsqu'on examine son fonctionnement concret, son coût (39 milliards d’euros) et son évolution dans le temps, une autre réalité apparaît: celle d'un système devenu extrêmement complexe, parfois incohérent, et de moins en moins adapté aux transformations de la société française.</p>

Le coton, une fibre géopolitique
<p>Avec <em>Géopolitique du coton</em> (Le Cavalier Bleu, 2025), Michaël Levystone propose bien davantage qu’une simple étude sectorielle. Cette fibre végétale qui fait vivre près de 300 millions de personnes dans le monde permet de saisir les grandes dynamiques de la mondialisation contemporaine, depuis les rapports de puissance entre États jusqu’aux enjeux environnementaux, industriels et commerciaux. À travers le coton, c’est toute la complexité des interdépendances mondiales qui apparaît.</p>
Chaos climatique, impuissance politique
Incendies géants, canicules sans fin, sécheresse généralisée… La France ne sortira pas indemne de l’été 2026. L’impréparation totale du pays aura coûté cher et inquiète, alors que ces catastrophes vont s’amplifier à l’avenir. Mais quelles leçons politiques en ont été tirées ? Si le marché a démontré son incapacité à répondre aux enjeux environnementaux et accentue le « chacun pour soi », le centre continue d’en faire le cœur de ses propositions. L’extrême droite considère elle l’écologie comme peu payante électoralement et combat la transition écologique par tous les moyens. Bien plus engagée sur le sujet, la gauche fourmille de propositions, mais devra les rendre désirables et crédibles et renoncer à certaines lubies.

Le vote Mélenchon, un vote utile mais pour qui?
<p>À moins d’un an de la présidentielle, les sondages placent Jean-Luc Mélenchon en position de disputer à Édouard Philippe l’accès au second tour face à Marine Le Pen. Mais si le leader de LFI peut revendiquer le «vote utile» à gauche, les projections du second tour renversent la proposition: sa qualification assurerait une victoire de madame Le Pen. Bénéficiant de meilleurs reports de voix, Edouard Philippe n‘est cependant pas assuré de l‘emporter. </p>

Guerre commerciale États-Unis - Canada: la Chine en embuscade
<p>Dans la guerre commerciale que Donald Trump a déclarée au reste du monde, un pays est maltraité avec une intensité particulière: le Canada, pays pourtant allié historique et cosignataire d’un accord de libre-échange. Mark Carney, le Premier ministre à Ottawa, a décidé de faire de la résistance et annoncé des rétorsions si les taxes américaines sont appliquées. Donald Trump a récemment envisagé des contre-représailles. Le rapport des forces paraît déséquilibré mais, tel David contre Goliath, le Canada dispose d'une fronde.</p>
En Chine, une compétition scolaire impitoyable
Absolument déterminant pour l'avenir des jeunes, le gaokao, l'examen chinois d'entrée à l'université est l'un des plus sélectifs au monde. Une compétition scolaire impitoyable qui reflète celle du marché du travail dans l'Empire du Milieu.

«Mettre la dette au frigo»: une bonne idée si…
<p>En 2014, nous avons proposé un plan pour «mettre au frigo» une partie des dettes publiques des pays membres de la zone euro, conçu pour être acceptable politiquement (d’où son titre PADRE, Politically Acceptable Debt Restructuring in the Eurozone). Et voilà que Jean-Luc Mélenchon semble faire la même proposition. «Semble», car il manque à cette idée séculaire l’essentiel pour éviter la catastrophe habituelle.</p>

La France en solitaire
<p>Le sentiment et, surtout, le fait d’être seul gagnent du terrain. Entretenue maintenant<br /> par une omniprésence numérique, dont on dit qu’elle isole plus qu’elle ne rapproche, la<br /> solitude, subie ou choisie, prend une place plus importante dans le débat public. Le<br /> sujet, nourri aussi d’interrogations sur la monoparentalité, le célibat ou encore la<br /> progression des animaux de compagnie et des IA «compagnons», inquiète. À juste titre.</p>
Le scandale Nestlé, avec Alexandre Ouizille
Une affaire à plusieurs milliards d’euros, des pratiques industrielles opaques et des défaillances dans le contrôle des eaux embouteillées : que révèle l’enquête parlementaire sur l’affaire Nestlé Waters ? Dans cet entretien, Alexandre Ouizille, sénateur de l’Oise et rapporteur de la commission d’enquête du Sénat sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille, revient sur les principales conclusions de ses travaux. Au cœur de l’enquête : le recours, par certains industriels, à des traitements interdits pour les eaux minérales naturelles, notamment des procédés de filtration et de désinfection. Le rapport s’intéresse également à la manière dont les pouvoirs publics auraient été informés de certaines pratiques, ainsi qu’aux éventuels dysfonctionnements dans leur contrôle. Cet entretien a été réalisé et enregistré en janvier 2025.

Le débat sur les inégalités entre générations
<p>La publication de plusieurs études mettant en parallèle les revenus ou le niveau de vie des jeunes (ou plus largement des actifs) et des retraités a relancé un vieux débat. Mais celui-ci est biaisé si on ne prend pas en compte l’effet de l’âge et le diagnostic est alors très incertain. Au-delà de l’aspect comptable du niveau de vie, un objectif politique légitime pourrait être de donner la priorité à la jeunesse et à l’éducation en considérant que l’avenir du pays en dépend.</p>
Les « caisses sont vides » : comment le choc pétrolier a créé le mythe de la pénurie
Alors que la guerre en Iran maintient le prix du baril à un prix élevé, les appels à l'austérité se multiplient. Retour au choc pétrolier de 1973 ? Cette époque est riche d'enseignements. Le récit dominant veut que les États-providence occidentaux se soient effondrés sous leur propre poids dans les années 1970, contraignant les gouvernements à choisir entre inflation et chômage. La réalité est toute autre : un effondrement monétaire orchestré depuis Washington, une guerre pétrolière dont les États-Unis ont su tirer profit, et des taux d'intérêt portés à des niveaux punitifs pour briser le pouvoir de négociation des travailleurs. De cette reconstruction est né un argument idéologique toujours actif - celui d'un État nécessairement à court de moyens - que la guerre en Ukraine, puis la crise du détroit d'Ormuz, permettent aujourd'hui de réactiver. Par Oskar Brandt, historien, auteur de Överlevnad - för samhället och människorna (La survie - pour la société et son peuple, 2023).

Délibération et décision. Réponse à Emmanuel Dupont
<p><em>Notre article «L'autodestruction de la démocratie du public» soutenait que la mutation du régime médiatique détruit la délibération démocratique et érode les quatre principes du gouvernement représentatif analysés par Bernard Manin. Emmanuel Dupont lui a adressé une critique argumentée, que nous publions ici et dont nous le remercions: pour lui, la crise vient non des médias et des réseaux sociaux, qui ne font que la révéler, mais de l'incapacité de nos démocraties à décider — et notre proposition de régulation ouvrirait la voie à la censure. Sur trois points au moins, sa critique repose sur une lecture que nous croyons erronée: de Bernard Manin d'abord, de l'histoire des relations entre démocraties et médias ensuite, et enfin de la relation entre délibération et décision.</em></p>

Une crise de la décision, pas de la délibération
<p>Après avoir lu l’article de Gérard Grunberg et Jean-Louis Missika sur l’autodestruction de la démocratie du public, l’auteur a souhaité répondre de manière argumentée, en avançant l’idée que nos démocraties souffrent avant tout d’une incapacité à prendre des décisions politiques: c’est faute de décider que nos démocraties sombrent dans ce mélange d’hystérie et d’apathie que l’espace public, et notamment les réseaux sociaux, ne fait que révéler.</p>
Après le Liban, Netanyahou veut-il porter la guerre en Syrie ?
À deux mois des élections législatives, Benyamin Netanyahou cherche-t-il à provoquer l'ouverture d'un nouveau front en Syrie ? La frappe israélienne contre la base d’Abu al-Duhur (nord, proche d'Idlib) a été justifiée par la supposée présence de forces turques en territoire syrien. Elle s'inscrit dans une série de provocations contre la Syrie (régulièrement bombardée) et contre la Turquie (son chef d'Etat été récemment qualifié de dictateur antisémite par Benjamin Netanyahou), alors que le Likoud effectue de mauvaises performances sondagières. La coalition au pouvoir semble bien miser - une fois de plus - sur l'embrasement du Moyen-Orient comme stratégie électorale. Mais elle pourrait être prise à son propre jeu. Après près de trois ans d'escalade sur trois fronts majeurs, le militarisme n'est plus le monopole de la droite : une majorité d'Israéliens, bien au-delà du Likoud, souhaite voire se poursuivre les affrontements.
Raphaël Glucksmann : d’où vient le héraut de la bourgeoisie progressiste ?
Mettant fin au suspense, Raphaël Glucksmann a donc officialisé sa candidature à l'élection présidentielle. Sa non-déclaration, le 26 mai 2026 (sur le plateau de TF1, il se donnait « trois mois » pour prendre une décision), avait maintenu la France en haleine. Entre-temps, les médias se sont penchés sur ce nouveau compétiteur, l'homme au « cap clair » mais au programme plutôt nébuleux. La presse people a couvert son « histoire d'amour engagée » avec la journaliste Léa Salamé, tandis que les titres plus sérieux se sont enquis des deep fakes qui ciblent le candidat. Les médias ont été moins diserts sur le passé de Raphaël Glucksmann : d'où vient donc ce nouveau héraut de la bourgeoisie progressiste, qui a depuis quelques années « la cote dans les milieux d'affaires », selon le quotidien pro-business l'Opinion ?
Embargo à Cuba : après le pétrole, l’asphyxie alimentaire ?
Après avoir asphyxié Cuba sur le terrain pétrolier, Washington resserre à présent l’étau sur son assiette. En visant, en juillet dernier, l’importateur d’État GECOMEX et l’opérateur portuaire GEMAR, l’administration Trump s’en prend directement à la capacité de l’île à produire, transformer et importer sa propre nourriture. La stratégie est limpide : faire de la dépendance alimentaire cubaine un levier de pression politique, quitte à aggraver une crise déjà qualifiée de « Gaza silencieuse » par une délégation du Congrès. Entre effondrement des rendements agricoles et promesses inabouties de l’agroécologie, c’est la souveraineté alimentaire de l’île qui s'effondre. Par Logan McMillen, traduction Alexandra Knez.
Arménie : malgré la perte du Haut-Karabagh, la longévité de Pachinian
Prise entre un Azerbaïdjan expansionniste et une Russie qui ouvre les portes à ses troupes, l’Arménie de Nikol Pachinian a engagé un déplacement marqué vers Bruxelles et Washington. Le nouveau pari repose sur l’ouverture économique, et transfère une part non négligeable des infrastructures stratégiques du pays à des intérêts occidentaux. Pour l’heure, cette dépendance ne semble guère inquiéter les électeurs : après la perte de l’Artsakh, la priorité paraît avoir changé. À défaut de récupérer les territoires perdus, Pachinian leur promet ce que les gouvernements précédents n’avaient jamais réussi à assurer durablement : ne plus envoyer leurs enfants à la guerre. Le président Nikol Pachinian, huit ans après la « révolution de velours », en récolte les fruits.
Un an après notre financement participatif, faisons le point
Guerre en Ukraine : les illusions mutuelles des deux camps
Alors que le champ de bataille est toujours aussi figé en Ukraine, les attaques de drones et de missiles toujours plus loin des deux côtés de la frontière font redouter de franchir un nouveau palier dans la guerre. L’ardeur de la propagande poutinienne prétendant qu’une « victoire » est possible n’a d’égale que celle du pouvoir ukrainien et des alliés européens, dont les discours sont tout aussi irréalistes. Pour le journaliste et professeur au Quincy Institute Anatol Lieven, la persistance de ce conflit ingagnable tient beaucoup aux craintes mutuelles de Poutine et de Zelensky quant à l’après-guerre dans leurs pays, ainsi qu’aux certitudes absurdes des dirigeants européens.
Le retour de la « doctrine Monroe » et l’escalade militaire en Amérique latine
Une nouvelle apologie de la « doctrine Monroe ». Le 11 août, le département d'État américain diffusait une vidéo traçant une ligne directe entre le message de James Monroe au Congrès en 1823 (appelant les Européens à se retirer d'Amérique latine) et l'enlèvement de Nicolás Maduro en janvier dernier, sur ordre de Donald Trump. Celui-ci serait ainsi le plus récent gardien d'une doctrine qui avait longtemps pris soin de se présenter en protectrice, plutôt qu'en maîtresse de l'hémisphère. Une telle réaffirmation de la force sur le droit a conduit plusieurs pays à envisager un réarmement à marche forcée - et notamment le Brésil. Pour ce pays, qui fut le premier pays en Amérique du Sud à saluer l'énoncé de Monroe, et qui n'a jamais rompu avec Washington, le message du Département d'Etat ne laisse guère de doute sur ses intentions. À quelques mois d'un scrutin présidentiel où Lula concourt contre le fils de Jair Bolsonaro, c'est bien la souveraineté du pays qui se trouve mise en question.
La bataille de Gaulle : une lecture anticolonialiste de la Résistance
En montrant la Résistance sous son jour le plus héroïque, La bataille de Gaulle d'Antonin Baudry rompt avec des décennies de films centrés sur la collaboration. Retour au cinéma « résistancialiste » d'après-guerre ? Cette hagiographie du général de Gaulle est bien davantage. Les Alliés américains y sont dépeints sous un jour inédit : force d'occupation autant qu'armée de libération, dont les volontés hégémoniques constituent le fil rouge du récit. Le diptyque de Baudry fait ressortir la dimension anticolonialiste de la Résistance française, confrontée aux troupes nazies, mais aussi au suzerain de Washington. Il a ainsi rouvert un débat, politique autant qu'historique, sur la Résistance et la collaboration, l'insurrection et la souveraineté, de Gaulle et l'Amérique. Analyse.
Marée noire en Iran : les cicatrices écologiques de la guerre
Plus que jamais, c'est au détroit d'Ormuz que se trouve l'épicentre stratégique du pétrole. Ce goulet stratégique n'est cependant pas réductible aux enjeux énergétiques, car la guerre déclenchée par les États-Unis y ajoute son lot de catastrophes écologiques et de marées noires, dont celle qui menace aujourd'hui l'île de Qeshm. Si le Détroit décide du sort d'innombrables barils et tankers, il irrigue aussi des mangroves, des récifs et des usines de dessalement dont dépend toute une partie du Proche-Orient. Avec la guerre, c'est le risque d'un stress hydrique renforcé. Analyse de Nima Shokri, codirecteur exécutif de l'Institute for Water, Environment and Health (UNU-INWEH), Université des Nations unies.
L’étrange disparition de l’extrême gauche française
Jointe aux scores de la France insoumise, la régularité des mouvements sociaux qui agitent le pays conduit régulièrement nombre de commentateurs à s’inquiéter d’une poussée de l’extrême gauche. L’étude des deux dernières décennies de vie politique française invite pourtant à formuler un constat rigoureusement différent : sous quelque angle qu’on l’envisage – organisationnel, électoral ou idéologique, l’extrême gauche semble au contraire avoir pratiquement disparue dans l’hexagone. Différentes hypothèses pourraient permettre d’expliquer l’évaporation d’un espace politique qui agrège des forces considérables au seuil des années 2000.
Iran : comment le fiasco des États-Unis contribue à remodeler l’équilibre des forces
Les objectifs annoncés par l'administration américaine, au lancement de l'opération Epic Fury, semblent bien loin : démantèlement du programme nucléaire iranien, récupération de l'uranium enrichi, destruction des capacités balistiques du pays, voire renversement du « régime »... Au-delà du fiasco diplomatique et militaire pour les Etats-Unis, la séquence - toujours en cours - annonce une recomposition des rapports de force au Moyen-Orient. Et à l'échelle mondiale, l'Iran a rendu au pétrole son statut d'arme de guerre, avec une intensité jamais vue depuis les années 1970.
Le siècle du « rêve chinois »
Après le « siècle de l’humiliation » puis les erreurs de Mao Zedong, la Chine a finit par rattraper son retard de développement sur l'Occident à une vitesse incroyablement rapide. Après l'urbanisation de masse, la maîtrise de toutes les filières industrielles et la fin de l'extrême pauvreté, l'Empire du milieu entend désormais être une « civilisation écologique » et a réalisé de vrais progrès en ce sens. Si les critiques occidentales sur le manque de libertés et l'aliénation sociale restent vraies, l'expression de « rêve chinois » n'est pas infondée. Pour le journaliste allemand Fabian Scheidler, il est temps de s'intéresser réellement à la Chine, au-delà des clichés, et de comprendre en quoi consiste le « socialisme aux caractéristiques chinoises ».
Régis Debray, Pierre Assouline, Antoine Gallimard – « Lectures d’hier, lectures de demain ? »
L'ère de la littérature est-elle terminée ? Pour Régis Debray, elle régnait en maître à l'époque de la « graphosphère », où l'écriture était le medium privilégié de représentation et d'expression. Elle a été reléguée à une place subalterne avec l'émergence de la « vidéosphère » : le livre cesse le support principal de l'imaginaire collectif. Cette dépréciation de la littérature a des implications en cascade sur la société, la création et l'esthétique, que l'oeuvre de Régis Debray s'est attachée à explorer. Il revient sur ces transformations en compagnie de Pierre Assouline, écrivain et journaliste, et d'Antoine Gallimard, éditeur, dans une conférence animée par Alban Cerisier.
Au Vietnam, la scène punk en dialogue avec les autorités communistes : reportage
Contrairement à de nombreux pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est, le Vietnam n’a pas connu les soulèvements de la génération Z, en dépit de son système autoritaire et des inégalités persistantes. À Hanoï, capitale du pays profondément marquée par l’empreinte communiste, la jeunesse des scènes underground apparaît plus patiente et légitimiste que radicale et portée à la révolte. Reportage.

IA, paresse et masochisme
<p><em>Les réseaux sociaux et les médias regorgent désormais de textes et d'images générés par IA, notamment pour dénoncer les dérives de nos sociétés. Mais le faire en s’appuyant sur ces outils, c’est un peu comme éteindre un incendie avec de l’essence. Entre gaspillage, plagiat et aliénation, le recours systématique à l’IA pose question. Et si la vraie résistance, c’était d’abord de s’en passer quand elle n'est pas indispensable?</em></p>
Moldavie : derrière le rapprochement avec l’Union européenne
Le 15 juin 2026, la Moldavie et l’Union européenne (UE) ont formellement entamé les négociations en vue d’une adhésion. Déterminée à conduire son pays sur une voie européenne, la Présidente moldave Maia Sandu milite activement pour une adhésion rapide. Si la guerre en Ukraine et les tentatives russes d’ingérence ont accentué la volonté européenne d’offrir des perspectives d’adhésion à la Moldavie, des difficultés persistent. La population moldave voit d'un mauvais oeil l'engagement européen en Ukraine et la fin du gaz russe, perçu comme un facteur de renchérissement des prix de l'énergie et d'accroissement de l'inflation. Si la Moldavie affiche une volonté transpartisane de rester neutre, les derniers fonds européens impliquent une refonte de sa politique de Défense qui la rapproche de facto de l'OTAN.

États baltes: trois pays mobilisés face à la menace russe
<p>Depuis 2022 et la rupture radicale du lien Russie-Europe provoquée par la décision du Kremlin de procéder à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont en première ligne des tensions qui traversent l’Europe. Les Baltes ont désormais coutume de dire que, s’ils ne sont pas en guerre, ils ne sont plus tout à fait en paix non plus.</p>

Souveraineté économique: une voie polonaise?
<p>En Pologne, le parti conservateur et eurosceptique Droit et Justice (PiS) est en proie à un conflit interne sur sa ligne politique. Cette lutte intestine oppose les tenants de la ligne traditionnelle, nationale-populiste de Jaroslaw Kaczynski, aux partisans de l’ancien Premier ministre Mateuz Morawiecki désirant attirer un électorat plus centriste, jeune et urbain sur une ligne plus libérale en matière économique. Ces polémiques révèlent une tension qui traverse toute l’Europe: la recherche d’une souveraineté économique opérationnelle, distincte à la fois du souverainisme rhétorique et de l’intégration libérale orthodoxe.</p>
L’Union européenne, obstacle ou sous-marin pour l’internationale trumpiste ?
L’extrême droite gouverne déjà plusieurs pays, domine la vie politique dans d’autres et influence désormais les principales décisions de l’Union européenne. Les partis conservateurs traditionnels abandonnent progressivement le « cordon sanitaire » qui les séparait des mouvements à leur droite, et construisent avec eux des majorités parlementaires de plus en plus systématiques. Au sein de l'Union européenne, Ursula von der Leyen s'appuie désormais sur le groupe parlementaire dirigé par Giorgia Meloni, qui progresse jusque dans l'antre de la Commission. Dans le même temps, Donald Trump, lui, ne cache pas sa volonté de soutenir une extrême droite européenne qui lui est vassalisée, malgré toute sa rhétorique souverainiste. Analyse de ces recompositions, à l'heure où la question européenne a quasiment disparu du débat public .

