Raphaël Glucksmann : d’où vient le héraut de la bourgeoisie progressiste ?
Mettant fin au suspense, Raphaël Glucksmann a donc officialisé sa candidature à l'élection présidentielle. Sa non-déclaration, le 26 mai 2026 (sur le plateau de TF1, il se donnait « trois mois » pour prendre une décision), avait maintenu la France en haleine.
Raphaël Glucksmann, né le 15 octobre 1979, est issu d’une famille intellectuelle influente. Son père, André Glucksmann, était un philosophe médiatique appartenant au courant des nouveaux philosophes. Ces derniers, anciens militants de gauche ayant flirté avec le maoïsme, ont ensuite orienté leur engagement contre l’Union soviétique. André Glucksmann, aux côtés d’autres figures comme Alain Finkielkraut ou Bernard-Henri Lévy, a marqué l’intelligentsia française par ses prises de position libérales et pro-occidentales. Raphaël Glucksmann a donc grandi dans un environnement où le débat intellectuel et l’engagement politique étaient centraux, ce qui a influencé sa trajectoire future.
Raphaël Glucksmann a suivi un parcours scolaire et universitaire prestigieux. Il a étudié au lycée Henri-IV à Paris, un établissement réputé pour son excellence académique, puis à Sciences Po Paris, une grande école française spécialisée en sciences politiques et en relations internationales. Ces formations lui ont permis d’acquérir une solide culture politique et une connaissance des enjeux internationaux, qui seront déterminantes dans sa carrière ultérieure d’essayiste, de réalisateur de documentaires et de figure politique.
Entre 2009 et 2012, Raphaël Glucksmann a conseillé le président géorgien Mikhaïl Saakachvili, un dirigeant pro-occidental en conflit avec la Russie. Sous son influence, la Géorgie a mis en place des réformes économiques libérales, comme l’abolition du salaire minimum, la réduction des impôts sur les sociétés (de 20 % à 15 %) et sur les dividendes (de 10 % à 5 %). En 2009, la Géorgie était classée par Forbes comme le quatrième pays avec la pression fiscale la plus faible au monde. Ces réformes, ainsi que l’alignement de la Géorgie sur les intérêts américains, ont fait de Tbilissi une plaque tournante du renseignement occidental. Glucksmann a également soutenu la révolution orange en Ukraine en 2004 et a milité pour l’intégration de ce pays dans l’OTAN et l’Union européenne.
Raphaël Glucksmann s’est fait connaître du grand public en traitant de conflits internationaux sous un angle humanitaire, notamment en réalisant des documentaires sur la Tchétchénie, la Géorgie et le génocide rwandais. Il a été inspiré par Bernard-Henri Lévy (BHL), une figure médiatique proche de sa famille. Glucksmann a collaboré avec des médias comme France Info et France Inter, où il a occupé le rôle de chroniqueur. Son engagement pro-occidental et son activisme contre la Russie de Vladimir Poutine lui ont valu une visibilité accrue, ainsi que des soupçons d’être influencé par les réseaux atlantistes, selon des sources comme Libération.
En novembre 2018, Raphaël Glucksmann a cofondé le parti Place Publique, une initiative politique visant à occuper l’espace laissé vacant par l’affaiblissement du Parti socialiste. Ce parti se positionne comme progressiste, pro-européen et libéral sur le plan économique, tout en défendant des valeurs sociétales modernes. Aux élections européennes de mai 2019, la liste Place Publique, alliée au Parti socialiste et à d’autres petits partis de gauche, a obtenu 6,19 % des voix, permettant à Glucksmann d’être élu député européen. Ce score reflétait un électorat urbain, éduqué et attaché à l’Union européenne, mais peu sensible aux revendications sociales radicales.
Raphaël Glucksmann défend une vision libérale et pro-européenne, avec une emphase sur la lutte contre les régimes autoritaires et les ingérences étrangères. Il a présidé une Commission spéciale sur l’ingérence étrangère et la désinformation au Parlement européen, dont les conclusions ont été publiées dans un livre intitulé La grande confrontation. Comment Poutine fait la guerre à nos démocraties. Cependant, cette commission a été critiquée pour son manque d’équilibre : elle mentionne la Russie 66 fois dans son rapport, mais seulement trois fois le Qatar, malgré le scandale de corruption impliquant une vice-présidente du Parlement européen, Eva Kaili, liée à ce pays. Glucksmann a également été accusé de double standard dans ses prises de position, notamment sur la question palestinienne.
Raphaël Glucksmann a été critiqué pour ses positions ambiguës sur plusieurs sujets. Concernant la guerre à Gaza, il a refusé de qualifier de génocide les bombardements israéliens, malgré les morts de près de 3 000 civils palestiniens selon les décomptes officiels. Il a voté contre des amendements qualifiant ces actions de crimes de guerre et s’est opposé à des sanctions contre Israël. En revanche, il utilise le terme génocide sans réserve pour dénoncer le traitement des Ouïghours par la Chine. Sur la question iranienne, il a minimisé les accords nucléaires de 2015, signés par l’Iran et plusieurs puissances mondiales, et a insisté sur la menace supposée d’une arme nucléaire iranienne, malgré l’absence de preuves indépendantes étayant cette affirmation.
En août 2026, Raphaël Glucksmann a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle française. Son parcours, marqué par une proximité avec les milieux d’affaires et une image de *héraut de la bourgeoisie progressiste*, suscite des interrogations. Les médias ont souligné son ancrage dans l’intelligentsia libérale, son engagement pro-occidental et ses liens avec des figures controversées. Sa candidature intervient dans un contexte politique marqué par une recomposition du paysage politique français, où les partis traditionnels sont en déclin et où de nouveaux acteurs émergent, comme Emmanuel Macron en 2017. Glucksmann mise sur une stratégie similaire, combinant un discours progressiste et une alliance avec les élites économiques.

