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Économie

Le retour de la « doctrine Monroe » et l’escalade militaire en Amérique latine

LVSL · mis à jour il y a 16 j

Une nouvelle apologie de la « doctrine Monroe ». Le 11 août, le département d'État américain diffusait une vidéo traçant une ligne directe entre le message de James Monroe au Congrès en 1823 (appelant les Européens à se retirer d'Amérique latine) et l'enlèvement de Nicolás Maduro en janvier dernier, sur ordre de Donald Trump.

Doctrine Monroe revisitée

En août 2026, le département d’État américain a publié une vidéo sur X (ex-Twitter) affirmant que la doctrine Monroe, énoncée en 1823 par le président James Monroe, reste d’actualité sous l’administration Trump. Cette doctrine, historiquement présentée comme une protection des pays d’Amérique latine contre les empires européens, est désormais explicitement décrite comme un outil de domination américaine dans l’hémisphère occidental. La vidéo établit un lien direct entre cette doctrine et des événements récents, comme l’enlèvement de Nicolás Maduro au Venezuela en janvier 2026. Elle proclame que « la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », marquant une rupture avec des décennies de discours diplomatique plus nuancé. Cette affirmation publique d’une politique hégémonique a suscité des réactions vives en Amérique latine, où elle est perçue comme une menace directe à la souveraineté des États de la région.

Corollaire Roosevelt

En 1904, le président Theodore Roosevelt a ajouté un corollaire à la doctrine Monroe, transformant un simple avertissement aux puissances européennes en une autorisation pour les États-Unis d’intervenir militairement dans les pays d’Amérique latine. Ce corollaire a servi de justification aux occupations américaines dans les Caraïbes et en Amérique centrale, ainsi qu’à des interventions comme les coups d’État soutenus par Washington pendant la guerre froide. Historiquement, cette doctrine a été utilisée pour légitimer des actions allant de la diplomatie de la canonnière (menaces militaires pour imposer des traités inégaux) à la diplomatie du dollar (influence économique par le prêt ou le contrôle des ressources), en passant par le soutien à des régimes autoritaires. L’article souligne que cette évolution a réduit la doctrine Monroe à un instrument de contrôle américain, loin de son objectif initial de protection contre le colonialisme européen.

Réactions brésiliennes

Le Brésil, premier pays d’Amérique du Sud à soutenir officiellement la doctrine Monroe en 1824, est particulièrement concerné par cette réaffirmation de l’hégémonie américaine. Celso Amorim, conseiller en politique étrangère du président Lula da Silva, a dénoncé la vidéo du département d’État comme une remise en cause de la souveraineté de tous les pays latino-américains, même si le Brésil n’y est pas explicitement nommé. Amorim a également mis en garde contre l’utilisation de qualifications comme terroriste ou narcoterroriste pour justifier des interventions militaires, citant l’exemple récent de la désignation de factions criminelles brésiliennes comme organisations terroristes par Washington. Face à cette menace, le Brésil envisage d’augmenter ses dépenses militaires à près de 2 % de son PIB et de renforcer sa stratégie autour des minerais critiques, dont le pays possède les deuxièmes plus grandes réserves mondiales de terres rares. Ces mesures visent à dissuader toute agression américaine.

Contexte historique

Dès 1817, des responsables américains comme Henry M. Brackenridge avaient perçu l’ambiguïté de la doctrine Monroe. Bien que présentée comme une protection des républiques nouvellement indépendantes d’Amérique latine, certains y voyaient déjà une opportunité pour les États-Unis de dominer la région. Le Brésil, indépendant depuis 1822, a été le premier pays à reconnaître officiellement cette doctrine en 1824, espérant en tirer une garantie d’autonomie face aux empires européens. Cependant, l’histoire a montré que cette doctrine a surtout servi les intérêts américains, légitimant des interventions militaires et des ingérences politiques. Simón Bolívar et les diplomates brésiliens des années 1820 avaient déjà compris que les États-Unis plaçaient leurs propres intérêts avant tout principe abstrait, une réalité que la vidéo de 2026 vient confirmer.

Menaces et enjeux actuels

L’administration Trump a annoncé en novembre 2025 un corollaire Trump à la doctrine Monroe, interdisant à toute puissance extérieure à l’hémisphère (notamment la Chine) de s’implanter en Amérique latine et considérant les ressources stratégiques de la région comme relevant de la sécurité nationale américaine. Cette politique s’est concrétisée en 2026 par des actions comme l’enlèvement de Nicolás Maduro au Venezuela, qualifié par Amorim de violation du droit international comparable à l’invasion de l’Irak en 2003. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a déclaré sans ambiguïté que Washington ne tolérera aucune « soupape de sécurité » pour les pays de la région. Ces mesures, combinées à des tensions commerciales et à des sanctions accrues (comme celles imposées à Cuba), créent un climat de crise en Amérique latine, où la souveraineté de plusieurs États est désormais directement menacée.

Ce que ça pourrait changer

Les Brésiliens doivent se rendre aux urnes en octobre 2026 dans un contexte marqué par des tensions avec les États-Unis : droits de douane arbitraires imposés pour des raisons politiques, désignations de groupes criminels comme terroristes, et une déclaration ouverte de domination américaine sur l’hémisphère. Celso Amorim a souligné que le Brésil ne peut rivaliser militairement avec les États-Unis, la Chine ou la Russie, mais peut augmenter le coût d’une éventuelle agression en renforçant ses capacités de défense. Le ministre brésilien de la Défense a admis qu’un Brésil désarmé n’aurait d’autre choix que de « ouvrir le portail » en cas d’invasion américaine. Ces déclarations reflètent une prise de conscience : la souveraineté des pays latino-américains est désormais directement en jeu, et leur capacité à résister aux pressions extérieures dépendra de leurs choix politiques et économiques dans les mois à venir.

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