Après le Liban, Netanyahou veut-il porter la guerre en Syrie ?
À deux mois des élections législatives, Benyamin Netanyahou cherche-t-il à provoquer l'ouverture d'un nouveau front en Syrie ? La frappe israélienne contre la base d’Abu al-Duhur (nord, proche d'Idlib) a été justifiée par la supposée présence de forces turques en territoire syrien. Elle s'inscrit dans une série de provocations contre la Syrie (régulièrement bombardée) et contre la Turquie (son chef d'Etat été récemment qualifié de dictateur antisémite par Benjamin Netanyahou), alors que le Likoud effectue de mauvaises performances sondagières.
En août 2026, deux mois avant les élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou multiplie les frappes militaires en Syrie et au Liban. Ces opérations s'inscrivent dans une stratégie de provocation envers plusieurs pays voisins : l'Iran, le Hezbollah (mouvement armé libanais), le Hamas (mouvement palestinien) et désormais la Turquie. Par exemple, le 18 août 2026, l'aviation israélienne a bombardé la base militaire d'Abu al-Duhur, dans la province syrienne d'Idlib, officiellement pour empêcher un enracinement militaire turc vers le sud. Cette frappe marque une escalade, car elle cible pour la première fois une installation du gouvernement syrien, et non un groupe armé. La Syrie, dirigée depuis décembre 2024 par Ahmed al-Sharaa avec le soutien des États-Unis, avait pourtant abandonné ses objectifs antisionistes pour obtenir la levée des sanctions économiques.
Netanyahou et son parti, le Likoud, font face à une situation politique difficile. Les sondages d'août 2026 leur attribuent entre 49 et 53 sièges sur 120, contre 68 actuellement, ce qui ne leur permettrait pas d'obtenir une majorité absolue. L'opposition pourrait atteindre 67 à 70 sièges. Les primaires du Likoud du 17 août ont révélé une division interne : 54,9 % des électeurs du parti souhaitent un gouvernement centriste, mais seulement un tiers des militants partagent cette préférence. Cette droiteisation du Likoud est critiquée, mais surtout sur des questions de politique intérieure. Pourtant, Netanyahou mise sur une stratégie de bellicisme pour séduire l'électorat : 69 % des Israéliens interrogés en avril 2026 soutiennent la poursuite des opérations militaires contre le Hezbollah, même sans lien avec la guerre contre l'Iran. Cette approche semble fonctionner auprès de son camp, mais pas dans le nord du pays, où seuls 23 % des électeurs envisagent de voter pour le Likoud en juin 2026, malgré leur demande d'une action plus dure contre le Hezbollah.
Les frappes israéliennes en Syrie et au Liban s'appuient sur des justifications variables. Au Liban, Israël refuse de fixer une date pour la prochaine étape des discussions avec Beyrouth et poursuit ses opérations dans le secteur d'Ali al-Taher, malgré un accord-cadre négocié sous médiation américaine fin juin 2026. Cet accord prévoyait la création de deux zones pilotes dans le sud du Liban, où l'armée libanaise devait prendre le relais. Pourtant, les bombardements israéliens se poursuivent : 11 personnes ont été tuées en une journée le 15 août 2026, marquant la plus importante série de frappes depuis le renouvellement du cessez-le-feu en juin. En Syrie, Israël cible désormais des installations gouvernementales, comme la base d'Abu al-Duhur, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Les États-Unis, par la voix de Tom Barrack, l'émissaire américain pour la Syrie, contestent la justification israélienne, affirmant qu'aucune installation militaire turque n'était prévue sur le site.
Les actions israéliennes suscitent des tensions avec les États-Unis, traditionnellement alliés d'Israël. Tom Barrack a contesté publiquement la justification de la frappe d'Abu al-Duhur, affirmant qu'Israël n'avait pas prévenu Washington avant l'opération. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a démenti cette affirmation. Le Financial Times et le journal israélien Haaretz rapportent que la stratégie syrienne de Netanyahou pourrait être motivée par des raisons électorales et visait à provoquer une confrontation avec la Turquie. Cette approche inquiète jusqu'à Washington, où l'administration Trump semble en désaccord avec Tel-Aviv. Par ailleurs, la normalisation des relations entre la Syrie et les États-Unis, symbolisée par l'utilisation d'une carte Visa par le président syrien Ahmed al-Sharaa le 27 août 2026, pourrait être remise en cause par les frappes israéliennes, réactivant les tensions antisionistes.
Les frappes israéliennes en Syrie et au Liban pourraient avoir des répercussions durables, même après les élections d'octobre 2026. Netanyahou, s'il perd le scrutin, laissera derrière lui un appareil militaire déployé sur plusieurs fronts (Liban, Syrie, Iran), ainsi qu'une opinion publique israélienne convaincue que la survie de l'État passe par une militarisation continue. Cette stratégie, qui consiste à *produire de la menace* pour mobiliser l'électorat, pourrait contraindre son successeur à perpétuer les opérations militaires, même en cas de changement de gouvernement. En effet, 90 % des électeurs du camp gouvernemental soutiennent l'intensification des opérations, contre 65 % parmi l'opposition. Cette militarisation de la politique israélienne dépasse désormais les clivages partisans, rendant toute désescalade difficile à envisager.

