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Économie

Au Vietnam, la scène punk en dialogue avec les autorités communistes : reportage

LVSL · mis à jour 1 août

Contrairement à de nombreux pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est, le Vietnam n’a pas connu les soulèvements de la génération Z, en dépit de son système autoritaire et des inégalités persistantes. À Hanoï, capitale du pays profondément marquée par l’empreinte communiste, la jeunesse des scènes underground apparaît plus patiente et légitimiste que radicale et portée à la révolte.

Scène underground vietnamienne

Au Vietnam, la scène musicale underground, incluant le rock, le métal et le punk, se développe à Hanoï malgré un système politique autoritaire. Contrairement à d'autres pays d'Asie, cette jeunesse ne se révolte pas massivement contre le Parti communiste vietnamien, qui dirige le pays depuis la Guerre froide. En octobre 2025, le festival No Headliner, dédié à ces genres musicaux, a rassemblé plusieurs centaines de jeunes à Hanoï, marquant un événement culturel majeur. Hoàng, un entrepreneur de 29 ans, organise ce festival depuis plusieurs années, cherchant à faire vivre cette scène malgré les obstacles. Les médias traditionnels vietnamiens ignorent ces musiques, qui ne sont diffusées que lors de concerts. Cette situation contraste avec l'idée reçue selon laquelle le rock et le punk seraient toujours des vecteurs de contestation politique, une vision nuancée par des travaux récents.

Réglementation et autorisations

Organiser un concert au Vietnam, surtout à Hanoï, nécessite de naviguer un parcours administratif complexe. Hoàng, organisateur du festival No Headliner, doit obtenir des autorisations auprès du Ministère de la culture, des sports et du tourisme pour vérifier les paroles des chansons, puis auprès de la police et du Ministère de la sécurité publique pour valider les documents des groupes invités. Les autorités contrôlent strictement les événements pour éviter tout débordement, comme des danses violentes (pogo ou mosh pit), bien que ces pratiques soient tolérées si elles restent dans un cadre sécurisé. Trần, chanteur du groupe No Đùa, souligne que les rassemblements de moins de 200 à 300 personnes ne posent généralement pas de problème. Hoàng insiste sur la nécessité de prouver aux autorités que ces événements peuvent être organisés en toute sécurité, afin de gagner leur confiance et d'obtenir plus de libertés.

Précarité et classe moyenne

La scène musicale underground vietnamienne est majoritairement portée par des jeunes issus de la classe moyenne, souvent précaires financièrement. Les instruments de qualité restent coûteux, et les musiciens doivent souvent cumuler leur activité artistique avec un emploi alimentaire. Hoàng, organisateur de festivals, reconnaît perdre de l'argent en permanence et financer lui-même une partie des événements. Les salles de concert sont rares : Hanoï Rock City, qui a fonctionné pendant 15 ans, a fermé en 2025 pour laisser place à des logements, illustrant la priorité donnée au développement immobilier. Polygon Musik est l'une des rares salles encore actives. Hali, salariée de la plateforme TuneCore et musicienne, confirme que vivre de sa musique est quasi impossible aujourd'hui, bien que des initiatives comme Vietnam Indie Club ou Mõ Music House tentent de soutenir cette scène. Trần déplore cette situation, soulignant que le manque de lieux adaptés limite la croissance de la scène musicale.

Dialogue avec les autorités

Le dialogue entre la scène underground et les autorités communistes vietnamiennes est marqué par une censure ciblée. Les paroles des chansons ne doivent pas contenir de violence, de sexualité explicite ou de critique politique. Trần, chanteur de pop-punk, explique que cette censure n'est pas perçue comme une oppression, mais comme une étape nécessaire pour une liberté progressive. Il compare cette approche à la croissance d'un arbre : il faut d'abord des racines solides avant de pouvoir profiter des fruits. Hoàng partage cette vision, estimant que le Vietnam, pays jeune, doit avancer prudemment pour éviter les dérives comme celles observées en Occident ou en Chine. Cette censure s'est illustrée en 2021 avec le groupe Rap Nhà Làm, accusé d'insulter les bouddhistes, et contraint à des excuses publiques et une amende. Malgré ces contraintes, les musiciens vietnamiens ne rejettent pas le gouvernement, mais cherchent à construire une scène culturelle locale.

Influence des expatriés

Les expatriés, nombreux dans le quartier de Tay Ho à Hanoï, pourraient représenter une source de financement pour la scène musicale locale. Cependant, leurs tentatives d'intégration dans les événements vietnamiens ou inversement n'ont pas abouti, car le public reste fidèle à ses groupes préférés. Hoàng, organisateur de festivals, espère pourtant montrer que la scène underground vietnamienne est un atout culturel et commercial, comme en Thaïlande. Il souhaite développer un modèle équilibré : attirer des expatriés pour des raisons économiques, tout en construisant une scène locale forte. Cette stratégie s'appuie sur la croissance d'une classe moyenne jeune et urbaine, de plus en plus ouverte à la diversité musicale. Hoàng reste optimiste, estimant que cette liberté culturelle pourrait s'étendre d'ici deux ou trois générations.

Ce que ça pourrait changer

La liberté culturelle au Vietnam est perçue comme une *liberté raisonnable*, distincte des modèles occidentaux ou chinois. Trần, chanteur pop-punk, rejette l'idée d'une liberté totale, qu'il associe à la violence, et préfère une approche progressive. Il souligne que le Vietnam, pays jeune, doit d'abord consolider ses fondations avant d'envisager une ouverture plus large. Hoàng partage cette vision, estimant que le dialogue avec les autorités est fragile mais nécessaire pour faire reconnaître la scène underground. Cette liberté limitée permet pourtant une certaine tolérance, comme en témoigne la tenue du festival *No Headliner* en 2025. Les autorités contrôlent toujours les paroles et les contenus, mais leur approche semble évoluer vers une acceptation progressive, à condition que les événements restent dans un cadre sécurisé et apolitique. Hoàng conclut en insistant sur l'optimisme nécessaire pour construire cette scène, malgré les défis.

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