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Économie

Guerre en Ukraine : les illusions mutuelles des deux camps

LVSL · mis à jour il y a 12 j

Alors que le champ de bataille est toujours aussi figé en Ukraine, les attaques de drones et de missiles toujours plus loin des deux côtés de la frontière font redouter de franchir un nouveau palier dans la guerre. L’ardeur de la propagande poutinienne prétendant qu’une « victoire » est possible n’a d’égale que celle du pouvoir ukrainien et des alliés européens, dont les discours sont tout aussi irréalistes.

Guerre figée

Depuis plusieurs années, le conflit en Ukraine est dans une impasse militaire où ni la Russie ni l’Ukraine ne parviennent à prendre un avantage décisif. Les attaques de drones et de missiles s’intensifient des deux côtés, mais les lignes de front restent stables. Les deux camps nourrissent des illusions sur une victoire rapide, malgré les échecs répétés. Pour la Russie, cela signifie croire en une défaite ukrainienne ou en un retrait soudain du soutien occidental. Pour l’Ukraine et ses alliés, l’espoir repose sur une avancée russe impossible ou un effondrement économique en Russie. Pourtant, les technologies modernes comme les drones et les satellites rendent ces scénarios improbables. Les experts militaires occidentaux, qui affirment que l’Ukraine a « renversé la tendance », ignorent les leçons de la guerre et les capacités russes à s’adapter. Par exemple, la Russie a compensé la perte de 13 % de sa production pétrolière grâce à des raffineries moins vulnérables, tandis que l’Ukraine subit des destructions massives de ses infrastructures énergétiques et logistiques.

Illusions des camps

Les deux camps, russe et ukrainien, entretiennent des croyances irréalistes sur leurs capacités militaires. En Russie, les ultranationalistes affirment pouvoir s’emparer d’Odessa, une ville portuaire ukrainienne, malgré la destruction de la flotte russe de la mer Noire par les missiles ukrainiens. En Ukraine, certains médias et experts occidentaux croient que Kiev pourrait reprendre la Crimée, une péninsule annexée par la Russie en 2014, alors que l’Ukraine ne dispose ni de la marine ni des moyens nécessaires pour une telle opération. Ces fantasmes sont renforcés par une propagande intense des deux côtés. Par exemple, la Russie prétend que le nord-ouest du Donbass est stratégique pour l’approvisionnement en eau de Donetsk et Lougansk, alors que des sources russes reconnaissent en privé que cette justification est artificielle. L’objectif réel serait de justifier la guerre comme une victoire, malgré des pertes colossales et des gains territoriaux limités.

Échec militaire russe

Malgré des gains territoriaux limités, comme la création d’un corridor terrestre vers la Crimée et la prise de villes comme Donetsk et Lougansk, l’armée russe a globalement échoué à atteindre ses objectifs initiaux. En février 2022, le Kremlin visait une victoire rapide et une soumission de l’Ukraine, mais après quatre ans et demi de guerre, les avancées sont minimes. La Russie a perdu une grande partie de sa flotte de la mer Noire, ses infrastructures logistiques sont fragilisées, et ses pertes humaines sont estimées à plusieurs centaines de milliers de soldats. Les tactiques utilisées, comme les vagues humaines d’assaut, se sont révélées inefficaces face aux défenses ukrainiennes renforcées par des armes occidentales. Les analystes soulignent que Poutine n’aurait probablement pas lancé la guerre s’il avait anticipé l’ampleur de ces échecs. Les succès russes restent marginaux comparés aux quatre siècles de domination historique de l’Ukraine par Moscou.

Enjeux du Donbass

Le conflit actuel se concentre sur une petite zone du Donbass, représentant environ 11 % de la région, soit 5 000 kilomètres carrés. Cette zone, qui abrite des villes fortifiées comme Pokrovsk, est présentée comme stratégique par les deux camps. Pour l’Ukraine, ces villes sont essentielles à sa défense contre une future offensive russe. Pour la Russie, elles pourraient servir de base pour une contre-offensive ukrainienne. Cependant, les gains territoriaux dans cette région sont disproportionnés par rapport aux pertes : près de 100 000 soldats auraient péri pour contrôler Pokrovsk, une ville auparavant ignorée lors des trajets entre Dnipropetrovsk et Donetsk. Les deux camps justifient leur position par des arguments militaires, mais des analystes russes admettent que la véritable raison est politique : conserver ce territoire permettrait à Moscou de prétendre à une victoire symbolique, malgré l’échec global de la guerre.

Crise ukrainienne

La guerre a profondément transformé l’Ukraine, avec des conséquences dramatiques. Environ 100 000 jeunes Ukrainiens ont perdu la vie, l’économie est en ruine, et des millions de personnes ont fui vers l’Europe de l’Ouest, probablement de manière permanente. Le taux de natalité a chuté, aggravant les défis démographiques. Malgré cela, une majorité d’Ukrainiens (50 % selon des sondages récents) considère désormais que la « victoire » consiste à mettre fin à la guerre sans nouvelles concessions territoriales, et à rétablir une « vie normale ». L’espoir de reprendre les territoires occupés par la Russie s’est largement dissipé. Pourtant, le gouvernement ukrainien, dirigé par Volodymyr Zelensky, refuse catégoriquement de céder les territoires encore sous contrôle ukrainien dans le Donbass, par conviction morale et politique. Cette position rend toute négociation de paix difficile, car elle implique que l’Ukraine ne reconnaîtra jamais la légitimité de l’annexion russe.

Soutien occidental fragile

Les alliés occidentaux de l’Ukraine, notamment les États-Unis et les pays européens, soutiennent massivement Kiev, mais cette solidarité pourrait s’effriter. Aux États-Unis, l’administration Trump, engagée dans un conflit avec l’Iran, semble se contenter de laisser l’Europe financer les livraisons d’armes à l’Ukraine. Les démocrates américains, majoritaires au Congrès, s’opposent à toute paix de compromis et prônent une victoire ukrainienne totale. En Europe, les gouvernements (Royaume-Uni, France, Allemagne) ont adopté une position intransigeante lors d’une réunion à Londres en juin 2026, exigeant un cessez-le-feu immédiat, le déploiement d’une « force multinationale pour l’Ukraine » et l’adhésion future de l’Ukraine à l’OTAN. Ces conditions, jugées inacceptables par la Russie, équivalent à un veto sur tout accord de paix. Cette rigidité reflète un conformisme politique qui rend toute solution négociée improbable, malgré les risques économiques et sociaux pour l’Europe.

Ce que ça pourrait changer

Les dirigeants des deux camps et leurs soutiens occidentaux semblent prêts à laisser la guerre se poursuivre indéfiniment, par crainte des conséquences politiques et sociales d’une paix négociée. Ils espèrent un épuisement mutuel qui mènerait à un cessez-le-feu précaire, similaire à celui du Cachemire depuis 1948 ou de l’est de l’Ukraine entre 2015 et 2022. Une telle issue serait désastreuse pour l’Ukraine et l’Europe. Elle empêcherait l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne (UE), déjà compromise par les difficultés économiques que cela engendrerait pour des pays comme la Pologne ou la France. Les subventions agricoles européennes devraient être réaffectées au développement de l’Ukraine, menaçant la stabilité de secteurs entiers. Une paix instable maintiendrait aussi une insécurité chronique, avec des risques de reprise des combats à tout moment. Les deux camps craignent par-dessus tout les défis de la reconstruction et de la réintégration des soldats traumatisés, ce qui explique leur réticence à engager des négociations sérieuses.

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