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Économie

La crise finale du libéralisme

LVSL · mis à jour il y a 6 h

La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt et sa progression fulgurante en Allemagne a une nouvelle fois alimenté les commentaires sur le retour des années 1930 et les sempiternels appels au « barrage » pour « sauver la démocratie », jusqu’à envisager l’interdiction du parti. Des mots d’ordre vains tant l’essor de l’extrême-droite se nourrit d’un rejet profond du libéralisme politico-économique.

Montée extrême droite Allemagne

En septembre 2026, l’Allemagne fait face à une progression fulgurante du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD), notamment en Saxe-Anhalt où il remporte des victoires électorales. Cette dynamique s’inscrit dans un rejet croissant du libéralisme politico-économique, un système qui combine démocratie représentative et économie de marché. Depuis les années 1980, les gouvernements allemands ont réduit les impôts pour les entreprises et les plus riches, tout en augmentant la dette publique pour financer des dépenses sociales et des infrastructures. Cependant, cette stratégie atteint ses limites : les taux d’intérêt élevés rendent le remboursement de la dette de plus en plus difficile, et les promesses de maintien des services publics deviennent impossibles à tenir. Les citoyens, confrontés à des services publics dégradés (transports, logements, éducation) et à des inégalités croissantes, se tournent vers des partis anti-système comme l’AfD, perçus comme une alternative face à l’échec des partis traditionnels.

Polycrise : définition causes

Le sociologue allemand Wolfgang Streeck utilise le terme de polycrise pour décrire la situation actuelle des pays riches, marquée par une accumulation de crises interconnectées. Cette polycrise se caractérise par un fossé croissant entre les coûts engendrés par le capitalisme (besoins en infrastructures, éducation, santé, transition écologique) et la capacité de l’État à les financer. Depuis les années 1970, les dépenses publiques nécessaires au bon fonctionnement du système capitaliste (recherche, formation, environnement) augmentent, tandis que les recettes fiscales stagnent ou diminuent. Les États ont compensé ce déséquilibre en s’endettant massivement auprès des marchés financiers, mais cette solution atteint ses limites. En Allemagne, par exemple, la dette publique explose en raison des allègements fiscaux pour les entreprises, du vieillissement de la population et des coûts liés à l’immigration. Les infrastructures (routes, chemins de fer) sont négligées, les loyers augmentent, et les inégalités se creusent.

Dette publique : seuil critique

Le niveau d’endettement des États occidentaux a atteint un seuil critique où les marchés financiers doutent de leur capacité à rembourser leurs dettes. Aux États-Unis, la charge d’intérêts sur la dette fédérale dépasse désormais le budget de la défense, pourtant le plus élevé de l’histoire du pays, y compris pendant la Seconde Guerre mondiale. En Allemagne, la dette publique a augmenté à cause des fonds spéciaux du gouvernement Merz, qui financent des infrastructures au-delà des limites constitutionnelles d’endettement, et d’un budget militaire illimité. Lorsque les États empruntent, ils doivent payer des taux d’intérêt plus élevés en raison du risque perçu par les investisseurs. Cela aggrave encore leur situation financière, créant un cercle vicieux. Les États doivent alors choisir entre réduire drastiquement les dépenses sociales (austérité) ou risquer une perte de confiance des marchés, ce qui peut mener à une crise économique.

Austérité : impasse politique

Face à la polycrise, les gouvernements occidentaux, dont l’Allemagne, se retrouvent dans une impasse politique. Les partis traditionnels (CDU, SPD) ont longtemps évité de prendre des mesures d’austérité explicites, préférant une austérité invisible (sous-investissement dans les services publics). Mais aujourd’hui, les promesses de maintien des services publics (retraites, santé, éducation) sont impossibles à tenir sans augmenter les impôts ou réduire les dépenses, ce qui est politiquement risqué. Les partis du centre se retrouvent donc dans une situation où ils ne peuvent ni résoudre la crise budgétaire ni rassurer les électeurs. En Allemagne, la CDU et le SPD, qui ont gouverné ensemble pendant des années, brouillent les lignes politiques et évitent les débats publics. Cette stratégie affaiblit la démocratie, car les citoyens perdent confiance dans les institutions et se tournent vers des partis anti-système comme l’AfD.

Extrême droite : symptôme ou cause

L’essor de l’extrême droite en Allemagne et en Europe est souvent présenté comme une menace pour la démocratie, mais il est aussi le symptôme d’un système politique et économique en crise. Les partis comme l’AfD capitalisent sur le mécontentement des citoyens face à la dégradation des services publics, à la hausse du coût de la vie et à l’incapacité des gouvernements à résoudre les problèmes structurels. Les mesures prises pour contrer l’extrême droite (manifestations, boycotts, menaces d’interdiction) n’ont pas réussi à freiner sa progression. En Saxe-Anhalt, l’AfD a remporté les élections malgré ces tentatives. Le problème n’est pas l’AfD en soi, mais les causes profondes de son ascension : austérité, inégalités, déclin des services publics. Interdire l’AfD ou le marginaliser ne résoudra pas ces problèmes, qui continueront de nourrir le rejet des partis traditionnels.

Capitalisme : limites démocratiques

Le capitalisme contemporain est confronté à une contradiction fondamentale : il a besoin d’un État fort pour financer les infrastructures, l’éducation et la transition écologique, mais il limite la capacité de cet État à lever des impôts, notamment sur les entreprises et les plus riches. Depuis les années 1980, les États ont compensé ce déséquilibre en s’endettant, mais cette solution n’est plus viable. Le sociologue John Kenneth Galbraith avait déjà souligné dans les années 1950 le fossé entre la richesse privée et la misère publique. Aujourd’hui, ce fossé s’est creusé : les entreprises et les plus aisés paient moins d’impôts, tandis que les dépenses publiques augmentent. La mondialisation et la financiarisation ont permis au capital de se soustraire à l’impôt, affaiblissant encore les États. Cette situation menace la légitimité du système capitaliste, car les citoyens perçoivent de moins en moins les bénéfices de la croissance économique.

Ce que ça pourrait changer

La polycrise menace la démocratie en affaiblissant la capacité des États à répondre aux besoins de leurs citoyens. Les partis traditionnels, incapables de résoudre les problèmes structurels (dette, austérité, inégalités), se retrouvent dans un *cartel partisan* où ils évitent les débats publics et les mesures impopulaires. En Allemagne, la CDU et le SPD ont gouverné ensemble pendant des années, brouillant les lignes politiques et affaiblissant la confiance dans les institutions. Les citoyens, confrontés à des services publics dégradés et à une austérité croissante, se tournent vers des partis anti-système comme l’AfD. La *démocratie militante*, qui vise à protéger la démocratie en interdisant les partis extrémistes, est perçue comme une solution, mais elle ne résout pas les causes profondes de la crise. Elle risque même d’aggraver le mécontentement en censurant les opposants plutôt qu’en répondant à leurs revendications.

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