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Économie

Guerre commerciale États-Unis - Canada: la Chine en embuscade

Telos · mis à jour il y a 17 j

Dans la guerre commerciale que Donald Trump a déclarée au reste du monde, un pays est maltraité avec une intensité particulière: le Canada, pays pourtant allié historique et cosignataire d’un accord de libre-échange. Mark Carney, le Premier ministre à Ottawa, a décidé de faire de la résistance et annoncé des rétorsions si les taxes américaines sont appliquées.

Déclenchement conflit

En mars 2018, Donald Trump impose des taxes de 25% sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada, invoquant des raisons de sécurité nationale. En mars 2025, il étend ces droits de douane à 10% sur le pétrole et les produits énergétiques, puis à 25% sur tous les autres produits canadiens importés aux États-Unis. Le 20 juillet 2026, la Maison Blanche annonce des tarifs de 50% sur 20 milliards de dollars de produits canadiens, incluant des produits laitiers, sucres, sirop, alcool, bois et papier. La justification avancée est que le Canada traiterait de manière discriminatoire les automobiles, produits laitiers et alcool américains. Mark Carney, Premier ministre canadien, refuse cette décision et menace de rétorsions, tandis que Trump évoque des contre-mesures. Ces tensions surviennent dans un contexte où les États-Unis et le Canada sont liés par un accord de libre-échange, l’ALENA, signé en 1994.

Déséquilibre économique

Donald Trump mise sur un rapport de force économique largement en faveur des États-Unis pour faire plier le Canada. En 2026, le PIB américain s’élève à 27 360 milliards de dollars contre 2 140 milliards pour le Canada, soit un écart de 12,8 fois. La population des États-Unis est de 343 millions d’habitants contre 40 millions pour le Canada, un ratio de 8,6. Cependant, le Canada est bien plus dépendant des échanges avec les États-Unis que l’inverse : 75% de ses exportations de biens et services sont destinées à son voisin, contre seulement 15% pour les États-Unis. De plus, le degré d’ouverture économique du Canada atteint 33%, contre 12,1% pour les États-Unis. Cette dépendance accrue du Canada le place dans une position de vulnérabilité face à une guerre commerciale.

Demandes humiliantes

Mark Carney, Premier ministre canadien, révèle que les États-Unis ont formulé des demandes supplémentaires en dernière minute, qui ont conduit à l’arrêt des négociations. Ces demandes incluent l’arrêt du soutien à l’utilisation de la langue française au Canada et l’alignement de la politique commerciale canadienne sur celle des États-Unis. Ces propositions, si elles étaient acceptées, constitueraient une humiliation politique pour le Canada, comparable à une capitulation. Le dilemme pour Ottawa est donc le suivant : accepter des conditions humiliantes pour éviter une récession économique ou risquer une guerre commerciale aux conséquences potentiellement désastreuses pour l’économie canadienne.

Stratégie canadienne

Paul Krugman, économiste et prix Nobel, compare la situation à l’histoire biblique de David contre Goliath, suggérant que le Canada pourrait l’emporter malgré sa taille réduite. Le Canada dispose en effet de ressources stratégiques dont les États-Unis sont fortement dépendants : pétrole, électricité, uranium, nickel, potasse, aluminium, cuivre, zinc, cobalt, niobium et graphite. Par exemple, en 2025, seulement 7% de l’uranium consommé par les centrales nucléaires américaines provenait des États-Unis, contre 32% importé du Canada. De même, 79% des importations américaines de potasse entre 2021 et 2024 provenaient du Canada, qui est le premier producteur mondial de ce fertilisant. Ces ressources pourraient servir de levier pour le Canada dans un conflit commercial.

Risques économiques

Une guerre commerciale totale entre les deux pays aurait des conséquences économiques graves pour les deux économies, bien que le Canada soit plus vulnérable. Selon Chad Bown, économiste, les pertes seraient si importantes pour les États-Unis qu’ils pourraient connaître une victoire à la Pyrrhus, c’est-à-dire une victoire coûteuse au point de menacer leur stabilité économique. Les deux pays sont en effet profondément intégrés commercialement, avec des chaînes de valeur imbriquées, notamment dans le secteur automobile autour des Grands Lacs. Par exemple, 48% des exportations du Montana, 41% de celles du Dakota du Nord et 36% de celles du Michigan sont destinées au Canada. Une guerre commerciale pourrait entraîner une hausse des prix des automobiles pour les ménages américains et une perte de parts de marché au profit de la Chine.

Dépendance mutuelle

L’intégration économique entre les États-Unis et le Canada est telle que le Canada dépend des États-Unis pour 127 produits, souvent à plus de 90% et sans substituts faciles. À l’inverse, les États-Unis dépendent du Canada pour 35 produits, notamment le pétrole, les produits énergétiques, certains minerais stratégiques, les fertilisants, le bois et les produits forestiers. Par exemple, le Canada fournit environ la moitié des importations de pétrole brut des États-Unis. Cette interdépendance rend une guerre commerciale particulièrement risquée, car elle pourrait perturber des secteurs clés des deux économies. Selon le CEPII, les deux pays ont créé des chaînes de valeur très imbriquées depuis 1994, date de la création de l’ALENA, rendant toute rupture coûteuse pour les deux parties.

Enjeux politiques

Mark Carney bénéficie d’un soutien populaire important au Canada, avec 60% d’approbation contre 31% de mécontentement. Cependant, ce soutien pourrait s’éroder en cas de guerre commerciale prolongée et de récession économique. Les décisions de politique commerciale sont plus complexes dans une démocratie comme le Canada que dans une dictature comme la Chine. La comparaison avec David contre Goliath, bien que séduisante, est trompeuse car elle ignore les réalités économiques et politiques des deux pays. Une guerre commerciale prolongée pourrait affaiblir la position de Carney et diviser la population canadienne, rendant la gestion du conflit encore plus difficile.

Ce que ça pourrait changer

Si une guerre commerciale éclate entre les États-Unis et le Canada, la Chine pourrait en tirer profit. En 2025, la Chine avait déjà réussi à faire reculer les États-Unis en suspendant ses exportations d’aimants en terres rares, une ressource stratégique. Le Canada, avec ses ressources en minerais et matières premières, pourrait adopter une stratégie similaire. Cependant, une telle mesure aurait des conséquences économiques graves pour le Canada, notamment pour des provinces comme l’Alberta, le Québec ou l’Ontario, qui dépendent fortement des exportations vers les États-Unis. La Chine, en profitant de la situation, pourrait renforcer sa position sur le marché nord-américain, notamment dans le secteur automobile.

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