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Économie

« L’art du deal » de Trump bute sur la résistance du Canada

LVSL · mis à jour il y a 14 j

Les exigences commerciales de Donald Trump face au Canada, qui auraient entraîné la disparition de secteurs entiers de l'économie productive, comme celui de l'automobile, étaient inacceptables pour Ottawa. L'échec des négociations ouvre la voie à une stratégie industrielle démocratique rejetant le libre-échange..

Échec des négociations

En août 2026, le Premier ministre canadien Mark Carney a rappelé son équipe de négociateurs à Washington, mettant fin aux discussions commerciales avec les États-Unis sous l’administration de Donald Trump. Cette décision surprise marque un tournant après des mois de tensions, où Ottawa avait initialement tenté de négocier pour éviter des mesures protectionnistes américaines. Les exigences de Trump, jugées inacceptables par le Canada, prévoyaient notamment un droit de douane de 15% sur les véhicules automobiles importés du Canada, un secteur clé pour l’économie nord-américaine. Ce taux, même réduit à 7-9% après déduction de la valeur des pièces américaines, aurait rendu la production automobile canadienne non compétitive, risquant la fermeture d’usines et la perte de millions d’emplois.

Propositions inacceptables

Les propositions américaines incluaient aussi des droits de douane élevés sur l’acier (50% réduits à 25%) et l’aluminium, ainsi qu’un maintien partiel des tarifs sur le bois d’œuvre. Ces mesures auraient pénalisé des secteurs industriels majeurs, notamment en Ontario et au Québec, où l’automobile et la forêt sont des piliers économiques. Les premiers ministres de ces provinces, ainsi que le syndicat Unifor représentant les travailleurs de l’automobile, ont rejeté ces conditions. De plus, Trump exigeait des concessions en matière de politique numérique et culturelle, comme l’abandon de mesures québécoises et fédérales protégeant la langue française, similaires à celles acceptées par d’autres pays dans des accords avec les États-Unis.

Souveraineté économique priorité

Le Canada a choisi de rejeter l’accord proposé par Trump pour préserver sa souveraineté économique, une condition jugée préalable à toute stratégie industrielle démocratique. Cette position s’appuie sur un large consensus politique et public, avec 76% des Canadiens favorables à la fin des négociations selon un sondage du 23 août 2026. Bien que 89% des sondés craignent les répercussions économiques de la guerre commerciale, 66% estiment que le Canada en sortira renforcé à long terme. L’opinion publique a intégré l’idée qu’un accord défavorable perpétuerait l’insécurité économique et soumettrait le pays à des réinterprétations constantes des règles par Washington.

Réactions politiques internes

Le Parti conservateur canadien, traditionnellement pro-américain, est divisé face à cette crise. Jason Kenney, ancien premier ministre de l’Alberta, a critiqué la gestion du conflit par Trump, tandis que le chef du parti Pierre Poilievre et le magnat des médias Conrad Black exhortent le gouvernement à tenir bon. Le chroniqueur conservateur Andrew Coyne a qualifié les négociations de «racket» et estimé que le Canada n’aurait jamais dû engager de discussions avec une administration qui cherche à «vassaliser» le pays. Cette vision, partagée par une partie de la gauche et des Red Tories (conservateurs modérés des années 1980), prône un développementalisme national favorisant les ressources et industries locales.

Enjeux pour les lobbys

Malgré le consensus politique, les lobbys patronaux et les grandes entreprises canadiennes restent attachés à l’accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA), successeur de l’ALENA signé en 1994. Certains proposent un «grand compromis» incluant des droits de préemption sur les minerais et énergies «stratégiques», ainsi qu’une augmentation des marchés publics militaires. Cette approche, soutenue par le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, vise à attirer des investissements américains dans des projets miniers et énergétiques, malgré leur impact environnemental. Les banques canadiennes, en revanche, ont accueilli avec optimisme l’échec des négociations, profitant de la hausse des cours du pétrole et de l’or, bien que cette situation pourrait se retourner en cas de crise.

Opportunité pour la gauche

La gauche canadienne, historiquement opposée au libre-échange, voit dans cet échec une opportunité de repenser la stratégie économique du pays. Le gouvernement de Justin Trudeau avait d’abord tenté de négocier avec Trump pour obtenir un traitement de faveur, avant d’adopter une position plus ferme face à ses exigences. Mark Carney, bien que technocrate et peu progressiste, pourrait être contraint d’explorer des alternatives au modèle de croissance actuel, axé sur le marché et le libre-échange. Cette rupture ouvre la voie à une stratégie industrielle démocratique, valorisant les ressources nationales et profitant à toutes les régions, y compris les populations autochtones et les défenseurs de l’environnement, souvent marginalisés dans les politiques actuelles.

Ce que ça pourrait changer

Une idée émerge parmi les premiers ministres de l’Alberta et de la Saskatchewan, ainsi que dans d’autres cercles politiques, pour taxer les exportations énergétiques canadiennes vers les États-Unis plutôt que de les offrir gratuitement. Cette proposition vise à réduire la dépendance du Canada à son voisin du Sud et à renforcer sa position dans un contexte de tensions commerciales. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la nécessité de protéger les industries stratégiques et de diversifier les partenariats économiques, notamment face à la domination américaine. Le Canada pourrait ainsi construire une politique industrielle plus autonome, alignée sur ses intérêts nationaux.

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