NapseflowNapseflow
Économie

Arménie : malgré la perte du Haut-Karabagh, la longévité de Pachinian

LVSL · mis à jour il y a 10 j

Prise entre un Azerbaïdjan expansionniste et une Russie qui ouvre les portes à ses troupes, l’Arménie de Nikol Pachinian a engagé un déplacement marqué vers Bruxelles et Washington. Le nouveau pari repose sur l’ouverture économique, et transfère une part non négligeable des infrastructures stratégiques du pays à des intérêts occidentaux.

Révolution de velours

En avril 2018, l’Arménie connaît un mouvement de contestation pacifique appelé la révolution de velours, mené par Nikol Pachinian. Ce terme désigne une mobilisation citoyenne massive qui a conduit à la démission de Serzh Sargsyan, alors président et premier ministre depuis près de deux décennies. Pachinian, issu de l’opposition, devient une figure centrale de ce soulèvement. Son surnom l’homme aux 7% fait référence à son score électoral initial, jugé marginal avant la révolution. Cette période marque un tournant politique en Arménie, avec un rejet de l’ancien système et une volonté de changement. La révolution aboutit à une transition démocratique et à l’arrivée de Pachinian au pouvoir, d’abord comme premier ministre puis comme président.

Perte du Haut-Karabagh

En septembre 2023, l’Azerbaïdjan reprend le contrôle du Haut-Karabagh, une région arménienne autoproclamée indépendante depuis 1991, aussi appelée Artsakh. Cette enclave était peuplée majoritairement d’Arméniens et soutenue par l’Arménie depuis des décennies. La chute du Haut-Karabagh entraîne l’exode de plus de 100 600 Arméniens vers l’Arménie, soit près de 4 % de la population du pays. Cette défaite militaire est un choc pour l’Arménie, qui perd un territoire stratégique et voit son influence régionale diminuer. Elle marque aussi un tournant dans la politique étrangère arménienne, poussant le gouvernement à reconsidérer ses alliances traditionnelles.

Rôle de la Russie

Avant 2018, l’Arménie était fortement liée à la Russie, notamment à travers l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire régionale, et l’Union économique eurasiatique, un marché commun dirigé par Moscou. La Russie détenait une base militaire en Arménie (à Gyumri) et jouait un rôle clé dans les secteurs énergétique et commercial. En 2025, la Russie représentait encore environ 35 % du commerce extérieur arménien. Cependant, après la perte du Haut-Karabagh en 2023, l’Arménie remet en cause cette dépendance. La Russie, perçue comme passive lors du blocus puis de l’offensive azérie, perd sa crédibilité comme garant de la sécurité arménienne. Pachinian accélère alors le rapprochement avec l’Occident.

Stratégie de Pachinian

Nikol Pachinian, malgré la défaite militaire de 2020 et la perte du Haut-Karabagh en 2023, maintient une forte popularité en Arménie. Sa stratégie repose sur deux axes principaux : la normalisation avec l’Azerbaïdjan et le rapprochement avec l’Occident, notamment l’Union européenne et les États-Unis. Il mise sur des investissements publics massifs, comme le programme 300 écoles, 500 jardins d’enfants, qui a permis de construire ou rénover 122 écoles et 280 établissements préscolaires d’ici fin 2025. Le budget de l’éducation est passé de 128,3 milliards de drams en 2018 à 311,4 milliards en 2025, soit une hausse de 143 %. Pachinian promet aussi de ne plus envoyer les jeunes Arméniens à la guerre, un argument électoral fort après des décennies de conflit.

Économie et croissance

L’économie arménienne connaît une croissance exceptionnelle depuis 2022, portée par l’arrivée de capitaux et de travailleurs russes fuyant la guerre en Ukraine. En 2026, le budget de l’État atteint 3 628 milliards de drams, dont 704 milliards (5,9 % du PIB) sont consacrés aux dépenses d’investissement. Le taux de pauvreté, qui touchait 27 % des Arméniens en 2020, est officiellement passé à 21,7 % en 2024, bien que la Banque mondiale estime que deux tiers de la population restent en situation de pauvreté ou de vulnérabilité. Cette amélioration des indicateurs sociaux, couplée à des infrastructures modernisées, renforce la légitimité de Pachinian auprès des électeurs.

Opposition affaiblie

L’opposition arménienne est aujourd’hui très fragmentée et peu crédible aux yeux des électeurs. Le principal adversaire de Pachinian en 2026, Samvel Karapetyan, leader de l’alliance Strong Armenia, est assigné à résidence depuis juin 2025 pour des accusations de tentative de coup d’État et de fraude fiscale. D’autres figures de l’opposition, comme Robert Kotcharian (ancien président pro-russe) ou Gagik Tsarukian, sont aussi discréditées par des affaires judiciaires. Aucun parti d’opposition ne parvient à fédérer le vote hostile à Pachinian, qui conserve ainsi une majorité stable malgré une baisse de son score (49,75 % en 2026 contre 54 % en 2021).

Rapprochement occidental

En avril 2025, l’Arménie adopte une loi lançant officiellement le processus d’adhésion à l’Union européenne, une première pour le pays. Ce choix politique s’accompagne d’un rapprochement avec les États-Unis, illustré par un accord controversé signé en août 2025 à la Maison-Blanche. Cet accord prévoit le contrôle par une entreprise américaine des infrastructures énergétiques, logistiques et de fibre optique du sud de l’Arménie pour une durée de 99 ans. En échange, les États-Unis lèvent la section 907, une loi qui limitait depuis 2003 l’aide américaine à l’Azerbaïdjan. Ce partenariat renforce la présence occidentale en Arménie et réduit sa dépendance à la Russie.

Ce que ça pourrait changer

La perte du Haut-Karabagh et l’invasion russe de l’Ukraine ont profondément transformé la société arménienne. Plus de 100 000 Russes ont fui vers l’Arménie après 2022, tandis que plus de 100 600 Arméniens du Haut-Karabagh ont rejoint le pays après 2023. Cette arrivée massive de populations a dynamisé l’économie, notamment à Erevan, où les grues et les chantiers se multiplient. Les restaurants et les commerces reflètent cette diversité, avec une clientèle russe, américaine et européenne. Cependant, les inégalités sociales restent fortes, même si le gouvernement met en avant des réalisations concrètes comme les écoles rénovées ou les infrastructures modernisées.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.