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Économie

Souveraineté économique: une voie polonaise?

Telos · mis à jour il y a 8 j

En Pologne, le parti conservateur et eurosceptique Droit et Justice (PiS) est en proie à un conflit interne sur sa ligne politique. Cette lutte intestine oppose les tenants de la ligne traditionnelle, nationale-populiste de Jaroslaw Kaczynski, aux partisans de l’ancien Premier ministre Mateuz Morawiecki désirant attirer un électorat plus centriste, jeune et urbain sur une ligne plus libérale en matière économique.

Conflit politique en Pologne

En Pologne, le parti Droit et Justice (PiS), actuellement dans l'opposition mais au pouvoir entre 2015 et 2023, traverse une crise interne qui oppose deux visions politiques. D'un côté, les partisans de Jaroslaw Kaczynski défendent une ligne national-populiste traditionnelle. De l'autre, les soutiens de l'ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki prônent une approche plus libérale en économie, visant à attirer un électorat jeune et urbain. Cette division dépasse le cadre d'une simple rivalité électorale pour les législatives de 2027. Elle reflète une tension plus large en Europe centrale et orientale autour de la recherche d'une souveraineté économique distincte des modèles rhétoriques ou libéraux classiques. La Pologne pourrait ainsi devenir un laboratoire pour l'Europe, où les populistes tentent de se moderniser face à une coalition libérale pro-européenne dirigée par Donald Tusk.

Nouveau modèle économique polonais

Mateusz Morawiecki a présenté en mars 2026 un rapport intitulé Powered by Poland, proposant une stratégie économique qualifiée de nouveau nationalisme économique. Ce projet vise à transformer la Pologne, jusqu'ici considérée comme l'usine de l'Europe de l'Est (sous-traitante pour l'Allemagne et plateforme logistique), en un acteur technologique et industriel autonome. L'objectif est de passer d'un modèle de croissance basé sur l'insertion dans les chaînes de valeur européennes à une économie capable d'accumuler capital, savoir-faire et propriété intellectuelle sur son territoire. Le rapport s'appuie sur six leviers : mobilisation de l'épargne nationale (3 600 milliards de zlotys dont seulement 1 500 milliards sont actuellement utilisés), nationalisation sélective des marchés publics, garantie d'une énergie compétitive, simplification administrative, incitations ciblées et développement d'un complexe industriel de défense pour stimuler l'innovation duale. Ce programme ambitionne de faire de la Pologne une économie ressource, capable de rivaliser avec les grandes puissances technologiques.

Souveraineté économique pragmatique

Le modèle proposé par Morawiecki se distingue des souverainismes traditionnels en Europe. Contrairement au souverainisme français, qui repose sur la régulation et la commande publique (héritage colbertiste), ou au modèle allemand basé sur l'exportation et l'insertion dans les chaînes de valeur mondiales, la Pologne propose une troisième voie : un souverainisme de négociation. L'idée n'est pas de quitter le marché unique ou de renationaliser l'économie, mais de renégocier les règles européennes depuis une position de force accrue. Ce projet s'inscrit dans une logique de mercantilisme économique, où l'État joue un rôle actif pour renforcer la compétitivité nationale. Il interroge aussi la cohérence du projet d'autonomie stratégique européenne, qui pourrait naître de la somme de souverainetés nationales plutôt que d'une stratégie collective. Le succès ou l'échec de cette approche polonaise aura des répercussions sur la manière dont l'Europe aborde sa souveraineté économique.

Enjeux politiques et européens

Le programme de Morawiecki soulève plusieurs défis majeurs. Sur le plan européen, les mesures comme la nationalisation sélective des marchés publics ou les incitations ciblées entrent en conflit avec les règles de concurrence et d'aides d'État de l'UE, que la Pologne ne peut contourner sans négociation avec Bruxelles. Politiquement, le rapport a exacerbé les tensions au sein du PiS, Morawiecki ayant fondé son propre collectif, Rozwój Plus, ce qui a accentué la division du parti à l'été 2026. Enfin, le texte reste une doctrine d'opposition, élaborée hors du pouvoir, et la coalition libérale de Donald Tusk n'a aucune obligation de l'adopter. Malgré ces obstacles, ce projet révèle une recomposition de la droite européenne, opposant une droite identitaire et culturelle à une droite axée sur la crédibilité économique et la prospérité tangible. Cette division se retrouve dans d'autres pays comme l'Italie ou la France, où certains courants tentent de concilier droite et rigueur budgétaire.

Ce que ça pourrait changer

Le programme *Powered by Poland* est ambitieux mais expose la Pologne à plusieurs risques. Le premier est d'ordre européen : les mesures protectionnistes et les aides sélectives pourraient entrer en contradiction avec les règles du marché unique, nécessitant des négociations complexes avec Bruxelles. Le second risque est partisan : la division au sein du PiS affaiblit la cohésion du parti et rend incertaine la mise en œuvre de ce projet à long terme. Enfin, le troisième risque est gouvernemental : élaboré en opposition, le rapport n'a aucune garantie d'être repris par la coalition au pouvoir, qui privilégie une approche plus libérale et pro-européenne. Ces obstacles soulignent les limites d'une stratégie économique fondée sur une vision nationale, alors que l'UE cherche à promouvoir une autonomie stratégique collective. Le succès de ce modèle dépendra de sa capacité à concilier souveraineté nationale et intégration européenne.

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