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Économie

Iran : comment le fiasco des États-Unis contribue à remodeler l’équilibre des forces

LVSL · mis à jour il y a 22 j

Les objectifs annoncés par l'administration américaine, au lancement de l'opération Epic Fury, semblent bien loin : démantèlement du programme nucléaire iranien, récupération de l'uranium enrichi, destruction des capacités balistiques du pays, voire renversement du « régime »... Au-delà du fiasco diplomatique et militaire pour les Etats-Unis, la séquence - toujours en cours - annonce une recomposition des rapports de force au Moyen-Orient.

Échec de l'opération Epic Fury

L’opération Epic Fury, lancée par les États-Unis en 2026 pour démanteler le programme nucléaire iranien et affaiblir le régime de Téhéran, s’est soldée par un échec cuisant. Les objectifs initiaux – destruction des capacités balistiques, récupération de l’uranium enrichi et renversement du régime – n’ont pas été atteints. Selon une étude du CSIS, cette opération a coûté entre 34 et 42 milliards de dollars aux États-Unis, dont 26 milliards pour les munitions comme les missiles Tomahawk et les systèmes d’interception Patriot, THAAD et SM-2/3/6. Ces dépenses ont fragilisé la crédibilité financière et politique de Washington, notamment auprès de son électorat. Un sondage Reuters/Ipsos révèle que seulement 24 % des Américains estiment que cette guerre était justifiée, un rejet qui pourrait influencer les élections de mi-mandat de novembre 2026.

Crédibilité américaine ébranlée

L’échec d’Epic Fury a profondément ébranlé la crédibilité des États-Unis au Moyen-Orient. Les alliés régionaux, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, ont réalisé que la présence militaire américaine ne les protégeait pas des frappes iraniennes, même sur des installations bien défendues. Pour compenser, Washington a dû relocaliser des équipements militaires de pointe depuis la Corée du Sud et l’Europe vers le Golfe, ce qui a nourri un sentiment de méfiance envers l’allié américain. De plus, le Memorandum of Understanding (MoU) signé le 17 juin 2026 avec l’Iran, perçu comme une capitulation par une partie de la base républicaine, a affaibli la position des États-Unis dans les négociations ultérieures, notamment sur le sort de l’uranium enrichi et la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz.

Stratégie asymétrique iranienne

L’Iran a su exploiter une stratégie asymétrique pour imposer un coût élevé à ses adversaires. Malgré des sanctions économiques sévères, Téhéran a préservé l’essentiel de ses stocks de missiles balistiques et développé une production massive de drones, comme les Shahed-136, fabriqués à bas coût (entre 20 000 et 50 000 $ l’unité) dans des usines dissimulées. Cette capacité contraste avec la production américaine limitée à environ 600 intercepteurs Patriot par an. En ciblant les pays abritant des bases américaines, l’Iran a forcé Washington à négocier dans des conditions défavorables. Le CSIS souligne que cette stratégie repose sur la géographie iranienne, ses missiles, ses drones et sa capacité à perturber le trafic maritime, notamment dans le détroit d’Ormuz, où transitent 10 % du pétrole mondial.

Pouvoir de nuisance maritime

Le contrôle du détroit d’Ormuz confère à l’Iran un pouvoir de nuisance disproportionné par rapport à sa puissance militaire réelle. Ce passage stratégique, large de seulement 27 km, voit transiter 10 % du pétrole mondial et 30 % du commerce de biens conteneurisés. L’Iran peut y bloquer le trafic en cas de conflit, comme l’ont montré les attaques des Houthis au Yémen en 2024, qui avaient paralysé le trafic dans le détroit de Bab-el-Mandeb. Un blocage combiné des deux détroits pourrait avoir des conséquences dramatiques sur l’économie mondiale. Cette capacité de nuisance rend toute escalade militaire particulièrement risquée pour les États-Unis et leurs alliés.

Fragilité des pays du Golfe

La guerre en Iran a révélé la vulnérabilité des pays du Golfe, qui dépendent encore massivement du soutien américain pour leur sécurité. Les frappes iraniennes sur leur territoire, malgré la présence de bases américaines, ont ébranlé leur confiance dans Washington. Cette situation pourrait freiner leur stratégie de multi-alignement, qui les pousse à diversifier leurs partenariats avec la Chine, le Pakistan ou la Turquie. Le ministre omanais des Affaires étrangères a même qualifié la politique d’endiguement de l’Iran, menée depuis des décennies par les États-Unis et Israël, de mythe. Pour ces pays, la véritable menace régionale n’est plus l’Iran, mais bien Israël, dont l’isolement diplomatique s’est accentué.

Israël isolé et affaibli

Israël est sorti militairement renforcé du conflit, mais s’est retrouvé diplomatiquement isolé. Depuis 2023, le pays a mené des interventions militaires tous azimuts, révélant des capacités de frappe insoupçonnées, mais les exactions de ses Forces de défense ont provoqué un rejet mondial sans précédent. Les tensions entre Israël et les États-Unis se sont également aggravées, avec des déclarations virulentes attribuées à Donald Trump envers le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, suggérant une dégradation durable des relations. Encerclé dans une logique belliciste, le gouvernement Netanyahou n’a pas réussi à transformer sa supériorité militaire en gains stratégiques durables, ni à proposer une solution politique à Gaza ou au Liban.

Ce que ça pourrait changer

Malgré une perte d’influence au Liban, où le *Hezbollah* ne joue plus son rôle de paratonnerre, l’Iran sort globalement renforcé du conflit. Le pays a su s’adapter à la guerre, réorganiser son appareil de décision et transformer sa survie politique en victoire symbolique. Une nouvelle génération de dirigeants iraniens, plus pragmatique, émerge, comme Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur avec les États-Unis. Cependant, l’Iran entre dans une phase de paupérisation : 307 infrastructures de santé ont été détruites ou endommagées, plusieurs millions d’Iraniens ont perdu leur emploi, et la guerre a aggravé les problèmes de stress hydrique et de pollution. Aucun vainqueur absolu n’a émergé, mais le conflit a confirmé les limites de la puissance américaine et la résilience iranienne.

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