Le scandale qui pourrait coûter cher à l’extrême droite latinoaméricaine
Fernando Cerimedo, architecte d’une vaste machine de désinformation qui a contribué aux percées électorales de l’extrême droite de l’Argentine à la Bolivie en passant par le Honduras, se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux en Bolivie. Il avait bénéficié de la technologie et des fonds fournis par les proches collaborateurs de Trump dans ses activités politiques.
Le 18 août 2026, Fernando Cerimedo, un Argentin de 45 ans, est arrêté à l'aéroport international de Viru Viru en Bolivie. Il est accusé de tentative de meurtre sur son ex-compagne, l'avocate bolivienne Nadia Beller, qui était enceinte de lui. Les images des caméras de surveillance montrent des hommes déguisés en livreurs tirant à bout portant sur Beller avant de s'enfuir. Cerimedo, figure centrale d'une machine de désinformation ayant servi l'extrême droite latino-américaine, voit ainsi sa carrière s'effondrer. L'affaire dépasse le cadre d'un simple fait divers, car elle révèle des liens troubles entre Cerimedo et des réseaux politiques et criminels en Amérique latine et aux États-Unis.
Fernando Cerimedo est le cerveau d'une vaste campagne de désinformation ayant soutenu l'extrême droite en Amérique latine, de l'Argentine à la Bolivie en passant par le Honduras. Ses méthodes incluaient le marketing politique, le ciblage d'audience via des réseaux de bots (comptes automatisés), des sondages trompeurs, des enquêtes clandestines sur l'opposition et des manipulations par intelligence artificielle. Avec son complice Javier Negre, il a fondé La Derecha Diario, un média en ligne diffusant des contenus sensationnalistes et calomnieux, notamment en associant le préfixe narco à des mouvements progressistes pour les discréditer. Ce média a des éditions régionales au Mexique, en Uruguay, en Équateur et aux États-Unis.
Les activités de Cerimedo étaient financées par un réseau de portefeuilles numériques totalisant 132,8 millions de dollars. Ses alliances s'étendaient aux cercles proches de l'extrême droite américaine, notamment via Miami, où il coordonnait des campagnes électorales latino-américaines avec des organisations cubaines exilées et des membres du Parti républicain. Parmi ses contacts figuraient Damian Merlo, lobbyiste et ancien responsable du contrôle des visas pour le Département d'État américain à La Havane, ainsi que des députés comme Mario Díaz-Balart et Maria Elvira Salazar. Cerimedo a également collaboré avec Brad Parscale, ancien directeur de campagne de Donald Trump, qui lui a fourni des outils technologiques pour manipuler les données électorales.
En Bolivie, Cerimedo occupait un rôle informel mais puissant au sein du gouvernement de droite de Rodrigo Paz, élu en octobre 2025. Bien que non officiellement salarié, il avait un pouvoir de cogouvernance sur des secteurs clés comme la communication, l'appareil gouvernemental et les forces de police. Il échangeait notamment avec le lieutenant-colonel Erik Correa González, directeur du renseignement de la Force spéciale antinarcotiques, pour coordonner des opérations. Cerimedo est également accusé d'enrichissement illicite et de liens avec le trafic de drogue, notamment la cocaïne. Son arrestation révèle ainsi les connexions entre désinformation, crime organisé et politique en Amérique latine.
L'affaire Cerimedo illustre la fragilité des gouvernements d'extrême droite en Amérique latine, souvent élus de justesse et dépendants de méthodes de manipulation. Les victoires électorales au Honduras, au Pérou et en Colombie ont été remportées avec des marges infimes, rendant ces régimes vulnérables à des renversements. Cerimedo, en tant que symbole de cette architecture opaque, est désormais écarté par ses anciens alliés. Son arrestation pour tentative de meurtre et liens avec le narcotrafic montre que la machine de désinformation qu'il a construite se retourne contre lui, révélant les failles d'un système basé sur des alliances improvisées et des technologies incontrôlées.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte de retour de la *doctrine Monroe*, une politique américaine du XIXe siècle visant à affirmer l'influence des États-Unis en Amérique latine. Depuis 2026, l'administration Trump a intensifié ses interventions dans la région, avec des mesures comme des droits de douane punitifs, des bombardements de bateaux de pêche et des enlèvements de chefs d'État. Les gouvernements d'extrême droite élus dans ce contexte, comme ceux de Javier Milei en Argentine ou Rodrigo Paz en Bolivie, ont souvent recours à l'état d'exception pour se maintenir au pouvoir. L'arrestation de Cerimedo pourrait affaiblir davantage ces régimes, déjà fragilisés par des scandales et des manifestations populaires.

