NapseflowNapseflow
Économie

L’Europe dans son moment Meiji: construire le concept de bien public stratégique

Telos · mis à jour il y a 13 j

L’Europe de 2026 souffre d’un retard économique et technologique qui renforce sa dépendance envers les États-Unis et déséquilibre la relation transatlantique. Une option à considérer est celle du Japon Meiji: s’inspirer sélectivement du modèle américain pour renforcer la puissance économique de l’UE sans renoncer à ses valeurs.

L’Europe face aux États-Unis

En 2026, l’Union européenne (UE) se trouve dans une situation comparable à celle du Japon en 1853, lorsque les canonnières américaines ont forcé son ouverture au commerce mondial. Aujourd’hui, les États-Unis dominent économiquement l’Europe, avec un écart de PIB passé de 15 % en 2002 à environ 30 % en 2026. Washington exerce une influence disproportionnée, comme en témoigne l’accord de Turnberry de juillet 2025, qui illustre les privilèges exorbitants dénoncés par Valéry Giscard d’Estaing dans les années 1970. L’UE, comme le Japon à l’ère Meiji (1868-1912), cherche à moderniser ses structures pour réduire cette dépendance sans renoncer à ses valeurs. Le rapport Draghi, publié en 2025, souligne ce retard technologique et économique.

Le concept de BPS

Pour répondre à cette dépendance, l’article propose le concept de bien public stratégique (BPS), défini par la Banque de France en 2025. Un BPS est un investissement européen qui répond à trois critères : il doit être non rival (son utilisation par un pays n’empêche pas son utilisation par un autre), rare (les États membres ne peuvent le produire seuls à l’échelle européenne) et dépendant (son accès peut être suspendu par un fournisseur extérieur, comme les États-Unis). Par exemple, le système satellitaire Galileo, qui permet une navigation indépendante de GPS américain, est un BPS typique. Ce concept permet à l’UE de financer des infrastructures collectives sans violer les règles de l’OMC, contrairement aux subventions américaines comme l’Inflation Reduction Act (IRA), qui favorisent les entreprises nationales.

Exemples concrets de BPS

L’article identifie trois secteurs prioritaires pour les BPS : la défense, le cloud et l’euro numérique. En défense, l’Europe dépense 380 milliards d’euros en 2025, mais 78 % des acquisitions entre 2022 et juin 2024 ont été réalisées hors UE, dont 60 % auprès des États-Unis. Cette dépendance est renforcée par la réglementation ITAR, qui donne à Washington un droit de regard sur les technologies exportées. Les capacités habilitantes, comme les avions de transport stratégique ou les systèmes de renseignement, sont actuellement louées à des fournisseurs étrangers. Pour le cloud, la part des fournisseurs européens est passée de 26 % à 16 % entre 2017 et 2020, au profit d’entreprises américaines. Enfin, l’euro numérique, s’il était adopté, permettrait à l’UE de réduire sa dépendance aux systèmes de paiement américains comme Visa ou Mastercard, soumis au CLOUD Act, une loi américaine autorisant l’accès aux données stockées par des entreprises américaines, où qu’elles soient.

Financement et gouvernance

Pour financer ces BPS, l’UE pourrait s’appuyer sur des ressources propres, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), actuellement bloqué par l’unanimité au Conseil. L’article propose de créer un fonds permanent, alimenté par un emprunt commun, pour financer les capacités habilitantes et autres BPS. Ce fonds serait géré par la Commission européenne, sous le contrôle du Conseil et d’une commission parlementaire dédiée. Cette approche permettrait de contourner le poison du juste retour, une règle héritée de Margaret Thatcher en 1984, qui oblige chaque pays à recevoir autant qu’il contribue financièrement. Les BPS, en tant que biens indivisibles, évitent ce problème en répartissant les bénéfices selon l’usage plutôt que selon la contribution. Les instruments existants, comme ASAP ou EDIRPA, pourraient être unifiés dans ce cadre.

Ce que ça pourrait changer

Adopter le paradigme des BPS offre plusieurs avantages. D’abord, cela permet à l’UE de préserver son modèle économique basé sur le respect du droit international, contrairement aux subventions américaines qui favorisent les entreprises nationales. Ensuite, cela réduit la dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis, en développant des infrastructures européennes autonomes. Enfin, cela limite l’influence des lobbies nationaux, en répartissant les bénéfices selon l’usage plutôt que selon les contributions financières. Cependant, la gouvernance des BPS pose un défi majeur : la nécessité d’unanimité au Conseil pour toute nouvelle ressource propre, comme le MACF, rend leur financement incertain. L’article souligne que cette approche, inspirée de l’ère Meiji japonaise, pourrait permettre à l’Europe de rééquilibrer ses relations avec les États-Unis sans sacrifier ses valeurs.

Sujets complémentaires
La crise finale du libéralisme
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt et sa progression fulgurante en Allemagne a une nouvelle fois alimenté les commentaires sur le retour des années 1930 et les sempiternels appels au « barrage » pour « sauver la démocratie », jusqu’à envisager l’interdiction du parti. Des mots d’ordre vains tant l’essor de l’extrême-droite se nourrit d’un rejet profond du libéralisme politico-économique. Ayant abusé de l’endettement public pour compenser les baisses d’impôts des grandes entreprises et des grandes fortunes, ce régime a de plus en plus de mal à assurer le contrat social de base tant les taux d’intérêt deviennent élevés. La recette austéritaire, déjà appliquée depuis des décennies, et le pari du réarmement pour relancer l’économie, sont des impasses. Pour le sociologue allemand Wolfgang Streeck, le monde occidental est arrivé au stade final de la « polycrise » et seule une rupture économique profonde peut lui permettre d’éviter le règne de l’extrême-droite.
Réformer plutôt que taxer plus: sortir enfin du cercle vicieux français
La France est enfermée dans deux cercles vicieux qui se renforcent mutuellement. Le premier est économique: la progression continue des dépenses appelle des prélèvements toujours plus élevés et davantage de dette lorsque l’accroissement des taxes deviennent plus difficilement acceptables. Cette dynamique pèse progressivement sur la croissance, l’investissement, la compétitivité et le taux d’emploi, réduisant finalement la capacité même du pays à financer son modèle social. Le second est démocratique: l’accumulation des déficits, la dégradation relative des performances publiques malgré des moyens croissants et l’endettement nourrissent une défiance grandissante envers les pouvoirs publiques et les institutions. Cette défiance rend les réformes plus difficiles, ce qui entretient à son tour les déséquilibres économiques.

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.