L’Union européenne, obstacle ou sous-marin pour l’internationale trumpiste ?
L’extrême droite gouverne déjà plusieurs pays, domine la vie politique dans d’autres et influence désormais les principales décisions de l’Union européenne. Les partis conservateurs traditionnels abandonnent progressivement le « cordon sanitaire » qui les séparait des mouvements à leur droite, et construisent avec eux des majorités parlementaires de plus en plus systématiques.
L’extrême droite a connu une progression électorale marquée en Europe ces 15 dernières années. En 2026, elle gouverne plusieurs pays comme l’Italie (Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni), la Finlande, la Croatie, la Slovaquie ou la République tchèque. En Suède, les Démocrates de Suède soutiennent un gouvernement minoritaire. En Belgique, le parti nationaliste flamand N-VA, membre du groupe ECR (dirigé par Meloni) au Parlement européen, dirige le gouvernement fédéral. En France, le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen est la première force électorale, tandis qu’en Autriche, le FPÖ arrive en tête des législatives de 2024. Aux Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders est deuxième en 2025. En Allemagne, l’AfD obtient 20,8 % aux législatives de février 2025, devenant la deuxième force politique. En Hongrie, le Fidesz de Viktor Orbán, bien que battu en 2026, reste une force majeure.
Les partis traditionnels conservateurs abandonnent progressivement le cordon sanitaire, une règle non écrite qui les empêchait de s’allier avec l’extrême droite. En 2024, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s’appuie sur le groupe ECR (dirigé par Giorgia Meloni) pour former une majorité. Ce groupe obtient des postes clés : un vice-président exécutif de la Commission, ainsi que la présidence de trois commissions parlementaires (agriculture, budget, pétitions). Les trois groupes parlementaires d’extrême droite (ECR, Patriotes pour l’Europe de Marine Le Pen et Viktor Orbán, et Europe des Nations Souveraines de l’AfD) totalisent 196 députés au Parlement européen. Si ces groupes s’unissaient, ils deviendraient la première force, devant le Parti Populaire européen (PPE), traditionnellement dominant.
Une coalition de droite, regroupant le PPE, le groupe ECR et les autres groupes d’extrême droite, émerge pour contourner la gauche. Cette majorité alternative, d’environ 390 sièges, permet de faire adopter des politiques conservatrices : durcissement des règles migratoires, augmentation des budgets de défense, dérégulation industrielle et abandon des engagements environnementaux. Un exemple marquant est le vote du 26 mars 2026 sur un nouveau règlement migratoire, où le PPE a obtenu le soutien de l’extrême droite pour faire passer un texte très répressif, malgré l’opposition de la gauche, des écologistes et des centristes. Ce texte prévoit un durcissement drastique des expulsions de migrants en situation irrégulière.
L’extrême droite européenne s’intègre dans un réseau transnational lié à Donald Trump, appelé l’internationale trumpiste. Ce réseau repose sur des espaces de coordination comme la Conservative Political Action Conference (CPAC), un grand rendez-vous annuel de l’extrême droite américaine qui s’est internationalisé depuis les années 2020. Des dirigeants européens (AfD, Vox, RN, Fidesz, etc.) y participent aux côtés de Trump et de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance). La CPAC diffuse des thèmes communs : rejet du multilatéralisme, hostilité à l’UE, obsession migratoire, climatoscepticisme et attaques contre les droits des minorités. En parallèle, le parti Vox en Espagne joue un rôle central via le Foro Madrid, une plateforme qui rassemble des partis d’extrême droite européens et latino-américains (Milei, Bolsonaro, etc.).
L’extrême droite européenne se revendique *souverainiste*, c’est-à-dire qu’elle prône l’indépendance nationale face aux institutions internationales comme l’UE. Pourtant, elle s’aligne de plus en plus sur les positions de Donald Trump, qui promeut une vision impérialiste et unilatérale des relations internationales. Cette vassalisation se manifeste par des soutiens idéologiques, des alliances politiques et des échanges de financements ou de stratégies électorales. Par exemple, Trump encourage les partis européens d’extrême droite à promouvoir un *renouveau civilisationnel* en Europe, tout en soutenant leurs politiques répressives. Cette contradiction entre souveraineté affichée et soumission aux États-Unis interroge : jusqu’où l’extrême droite européenne acceptera-t-elle de jouer un rôle subalterne dans l’*internationale trumpiste* ?

