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Économie

Embargo à Cuba : après le pétrole, l’asphyxie alimentaire ?

LVSL · mis à jour il y a 9 j

Après avoir asphyxié Cuba sur le terrain pétrolier, Washington resserre à présent l’étau sur son assiette. En visant, en juillet dernier, l’importateur d’État GECOMEX et l’opérateur portuaire GEMAR, l’administration Trump s’en prend directement à la capacité de l’île à produire, transformer et importer sa propre nourriture.

Embargo pétrolier aggravé

Depuis plusieurs mois, les États-Unis renforcent un embargo contre Cuba en ciblant son approvisionnement en pétrole. Cette mesure a déjà des conséquences dramatiques sur la vie quotidienne des Cubains. Les restrictions ont compromis les conditions d’hygiène de base et la sécurité alimentaire, entraînant la mort de nombreux patients dans les hôpitaux cubains. Une délégation du Congrès américain a qualifié cette situation de « Gaza silencieuse », soulignant son extrême gravité. Cet embargo s’ajoute à un blocus historique imposé par les États-Unis depuis des décennies, visant à isoler économiquement et politiquement l’île.

Sanctions contre GECOMEX et GEMAR

En juillet 2026, l’administration Trump a annoncé de nouvelles sanctions économiques contre Cuba, ciblant spécifiquement GECOMEX (l’importateur d’État cubain) et GEMAR (l’opérateur portuaire). Ces mesures limitent la capacité de Cuba à acheter des produits agricoles et du matériel de transformation alimentaire auprès de pays tiers. GECOMEX est chargé de l’importation et de l’exportation de marchandises, tandis que GEMAR gère les opérations portuaires. Ces sanctions risquent de paralyser les chaînes d’approvisionnement alimentaire, déjà fragilisées par l’embargo pétrolier.

Risques de non-conformité

Les nouvelles sanctions imposent des risques juridiques aux entreprises étrangères qui commercent avec GECOMEX et GEMAR. Par exemple, une entreprise suisse comme Bühler, spécialisée dans le matériel agricole, pourrait être sanctionnée si elle vend du matériel de mouture de céréales à Cuba. De même, des compagnies maritimes comme Hapag-Lloyd ou CMA CGM risquent des poursuites si elles paient des redevances d’accostage à GEMAR. Plus de 7 000 conteneurs à destination de La Havane sont déjà bloqués dans les Caraïbes en raison de ces restrictions.

Dépendance alimentaire accrue

Cuba importe aujourd’hui entre 70 % et 80 % de ses besoins alimentaires, une dépendance qui s’est aggravée ces dernières années. Par exemple, la récolte nationale de riz a chuté de plus de 50 % entre 2018 et 2023. Les États-Unis restent l’un des principaux fournisseurs de denrées alimentaires à Cuba, avec 828 millions de dollars d’exportations en 2025. Cependant, Washington impose des restrictions strictes, limitant les choix d’approvisionnement de Cuba et renforçant sa dépendance envers les États-Unis.

Histoire agricole de Cuba

Après la révolution cubaine, le gouvernement a nationalisé les grandes exploitations agricoles et a encouragé les petites exploitations familiales. Pendant la « Période spéciale » (années 1990), après l’effondrement de l’Union soviétique, Cuba a développé des pratiques agroécologiques pour assurer sa souveraineté alimentaire. Les organopónicos (jardins urbains) ont permis de produire plus de 50 % des fruits et légumes consommés à La Havane. Cependant, avec le retour à une agriculture plus conventionnelle, ces avancées ont été partiellement abandonnées.

Effondrement des rendements

Les rendements agricoles à Cuba étaient déjà en baisse avant la crise actuelle, en raison de la dégradation des sols et de la dépendance aux intrants pétroliers. Entre 2018 et 2023, la production de cultures de base comme le riz a chuté de plus de 50 %. Le blocus pétrolier actuel a réduit la production agricole nationale de 60 %, aggravant une situation déjà critique. Par exemple, Cuba produit désormais moins de 1 % de la volaille qu’elle consomme, et son secteur porcin s’est effondré, passant de 200 000 tonnes à seulement 9 000 tonnes par an.

Potentiel de l'agroécologie

L’agroécologie, qui vise à produire des aliments de manière durable et locale, pourrait réduire la dépendance de Cuba aux importations alimentaires de 35 % à 70 %. Cependant, cette transition est freinée par le manque de carburant pour le transport des biofertilisants et des cultures, ainsi que par les sanctions américaines. Les coopératives agricoles, qui gèrent 69 % des terres agricoles cubaines, pourraient jouer un rôle clé dans cette transition, mais leur efficacité est limitée par les restrictions imposées par l’embargo.

Ce que ça pourrait changer

Les États-Unis maintiennent une politique agressive envers Cuba, limitant sa capacité à commercer librement et à s’approvisionner en carburant. En 2025, les importations alimentaires de Cuba provenaient principalement des États-Unis (403 millions de dollars), de l’Argentine (328 millions) et du Brésil (282 millions). Cependant, Cuba importe 85 % de son blé du Canada et dépend fortement des États-Unis pour d’autres denrées essentielles. Cette dépendance est renforcée par le lobby agricole américain, qui s’oppose à toute tentative de Cuba pour développer une production locale.

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