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Économie

«Mettre la dette au frigo»: une bonne idée si…

Telos · mis à jour il y a 18 j

En 2014, nous avons proposé un plan pour «mettre au frigo» une partie des dettes publiques des pays membres de la zone euro, conçu pour être acceptable politiquement (d’où son titre PADRE, Politically Acceptable Debt Restructuring in the Eurozone). Et voilà que Jean-Luc Mélenchon semble faire la même proposition.

Origine de l'idée

En 2014, deux économistes, Pierre Pâris et Charles Wyplosz, ont proposé un mécanisme appelé PADRE (Politically Acceptable Debt Restructuring in the Eurozone) pour gérer la dette publique des pays de la zone euro. Leur idée, surnommée « mettre la dette au frigo », visait à geler une partie de cette dette pour la rendre moins coûteuse tout en imposant une discipline budgétaire stricte. L’objectif était double : réduire la pression des marchés financiers sur les États et éviter l’accumulation de déficits publics, source des dettes. En 2026, cette proposition resurgit dans le débat public, notamment portée par Jean-Luc Mélenchon, qui s’en inspire sans en reprendre tous les garde-fous.

Fonctionnement du 'frigo'

Le mécanisme du « frigo » repose sur un principe simple : une partie de la dette publique est transférée à la banque centrale du pays concerné. Cette dette n’est pas annulée, mais elle ne coûte plus rien, car les intérêts versés par l’État à sa banque centrale lui reviennent sous forme de profits. Ainsi, la dette « tourne en rond » sans peser sur le budget. Cependant, ce système ne fonctionne que si l’État respecte une règle absolue : ne plus accumuler de déficits publics. Dans le projet initial de Pâris et Wyplosz, si un pays persiste à dépenser plus qu’il ne gagne, sa banque centrale est tenue de sortir la dette du « frigo » et de la replacer sur les marchés financiers, ce qui déclencherait une crise financière immédiate.

Risques de la proposition

La proposition de Jean-Luc Mélenchon, inspirée du « frigo », ignore un élément clé : la discipline budgétaire. Pour les auteurs de l’article, les déficits publics sont toujours justifiés, et les marchés financiers sont présentés comme des acteurs cupides. Pourtant, l’histoire montre que financer des déficits sans limite via la banque centrale mène à des crises financières ou à une inflation galopante. Par exemple, en 2015, le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait envisagé de quitter l’euro pour financer ses déficits, mais a finalement dû adopter un plan de rigueur après avoir réalisé l’impossibilité de cette option. En France, une telle approche pourrait aussi conduire à une crise institutionnelle, car la Banque centrale européenne (BCE) est seule compétente pour décider de telles mesures, selon le Traité de Maastricht.

Détails techniques ignorés

Deux aspects techniques sont souvent négligés dans le débat sur le « frigo ». D’abord, la Banque de France, bien qu’appartenant à l’État, ne peut pas décider seule de geler la dette : les décisions importantes, comme l’achat de dettes publiques, relèvent de la BCE. Ensuite, depuis 2022, les banques centrales de la zone euro rémunèrent les dépôts des banques commerciales à un taux proche de celui des intérêts versés par les États. Résultat : les profits des banques centrales, et donc ceux des gouvernements, ont disparu. La « dette au frigo » ne rapporte plus rien, et les intérêts versés profitent désormais aux banques commerciales. Pour contourner ce problème, il faudrait soit annuler les intérêts (ce qui équivaudrait à un défaut de paiement), soit empêcher les banques de placer leur argent ailleurs (ce qui perturberait la politique monétaire). Ces choix ne peuvent être pris que par la BCE, pas par un État seul.

Conséquences politiques

Si Jean-Luc Mélenchon ou ses soutiens mettent en œuvre le « frigo » sans respecter les règles de discipline budgétaire, la France s’exposerait à une crise financière et institutionnelle majeure. En effet, violer le Traité de Maastricht pourrait entraîner une sortie de la zone euro, voire de l’Union européenne, comme l’a montré l’exemple grec en 2015. François Mitterrand avait déjà fait face à une situation similaire en 1983, après une crise provoquée par des politiques de dépenses excessives. Il avait dû adopter un « tournant de la rigueur », marquant un changement radical de cap. Mélenchon, s’il était élu, pourrait donc se retrouver dans une impasse : soit il accepte les règles européennes, soit il prend le risque d’un Frexit déguisé, avec des conséquences économiques et politiques imprévisibles.

Ce que ça pourrait changer

Le projet *PADRE* de Pâris et Wyplosz se distingue de la proposition de Mélenchon par sa rigueur. Dans *PADRE*, le *« frigo »* est conditionnel : la dette gelée ne peut rester indéfiniment si l’État continue à dépenser plus qu’il ne gagne. La menace de sortir la dette du *« frigo »* et de la replacer sur les marchés sert de levier pour imposer une discipline budgétaire. En revanche, Mélenchon propose un gel de la dette sans contrepartie, ce qui équivaudrait à une annulation partielle de la dette sans effort de réduction des déficits. Cette approche, qualifiée de *« vieille attaque idéologique contre les marchés financiers »*, est jugée irréaliste par les auteurs de l’article, car elle ne serait soutenue ni par la BCE ni par la majorité des pays de la zone euro.

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