L’Amérique peut elle rapatrier la production de ses médicaments génériques?
Le 22 juillet, le Président Trump a annoncé sur la plateforme Truth Social que les médicaments génériques seront frappés d’un tarif de 100% dès août 2028 pendant un an et de 200% par la suite. L’objectif déclaré consiste à rapatrier la fabrication de ces produits.
Le 22 juillet 2026, le président américain Donald Trump a annoncé sur Truth Social l’instauration de tarifs douaniers de 100 % dès août 2028 sur les médicaments génériques importés aux États-Unis, puis de 200 % par la suite. Cette mesure vise à inciter les entreprises à relocaliser leur production sur le sol américain. Les entreprises qui ne construiront pas d’usines aux États-Unis dans un délai imparti pourraient subir des sanctions non précisées. Cette annonce s’ajoute à une mesure similaire prise en avril 2026 concernant les médicaments brevetés, taxés à 100 %, mais avec un taux réduit à 20 % pour les laboratoires s’engageant à relocaliser leur production en quatre ans. Des dérogations existent pour les entreprises participant aux initiatives de baisse des prix de l’administration.
Les médicaments génériques sont des copies moins chères de médicaments dont le brevet est expiré. Aux États-Unis, ils représentent 90 % des prescriptions médicales, mais seulement 12 % des dépenses en médicaments. Leur coût moyen par dose est de 4 dollars, contre 157 dollars pour les médicaments brevetés. Ces médicaments jouent un rôle clé dans l’accès aux soins, notamment pour les populations les plus vulnérables. Leur production s’est progressivement déplacée vers l’Inde et la Chine au cours des vingt dernières années, en raison de coûts de production plus bas et de normes environnementales moins strictes dans ces pays.
La production mondiale de médicaments génériques repose sur une chaîne d’approvisionnement très concentrée. L’Inde domine l’assemblage final des médicaments, tandis que la Chine fournit 70 % à 80 % des ingrédients pharmaceutiques actifs (API) nécessaires à leur fabrication. Cette dépendance crée une vulnérabilité stratégique, car les États-Unis importent 83 % de leurs 100 médicaments génériques les plus prescrits sans source nationale d’API. Par exemple, la Chine contrôle 94 % de l’amoxicilline, 74 % de l’héparine et 70 % de l’acétaminophène (paracétamol) sur le marché américain. Cette situation expose les approvisionnements à des risques en cas de tensions géopolitiques ou de crises sanitaires.
Les tarifs douaniers de 100 % à 200 % sur les médicaments génériques importés pourraient aggraver les coûts pour le système de santé américain, déjà sous pression. Les marges des fabricants de génériques étant très faibles, ils auront du mal à absorber ces surcoûts. Cela pourrait entraîner des pénuries, car certains fabricants pourraient renoncer à exporter vers les États-Unis ou réduire la qualité de leurs produits pour maintenir leurs marges. De plus, relocaliser la production aux États-Unis prendrait entre 8 et 10 ans, un délai trop long pour répondre aux besoins immédiats. Enfin, la Chine, principale cible des tarifs, dispose de moyens de rétorsion économiques et politiques, comme le montre sa maîtrise des flux de minéraux critiques lors des tensions commerciales de 2025.
Plutôt que de recourir à des tarifs douaniers, une politique industrielle ciblée et une coopération internationale pourraient mieux sécuriser l’approvisionnement en médicaments génériques. Cela inclut des subventions pour soutenir la production locale, des contrats d’achat pluriannuels garantissant des volumes et des prix viables, et la diversification des sources d’API avec des partenaires comme l’Inde, l’Union européenne ou la Suisse. La constitution de stocks stratégiques pour les médicaments essentiels et leurs intrants critiques permettrait aussi d’amortir les ruptures de livraison. Une transparence accrue sur l’origine des API et une réforme du système de remboursement, intégrant des critères de résilience et de qualité, sont également recommandées.
La gestion des risques liés aux médicaments génériques nécessite une approche coordonnée entre pays alliés. Les États-Unis pourraient s’inspirer de l’initiative sur les terres rares, qui vise à diversifier les sources d’approvisionnement pour réduire les dépendances critiques. Une telle coopération permettrait de mutualiser les coûts et de reproduire les économies d’échelle nécessaires à une production de masse à moindre coût. L’objectif n’est pas d’exclure la Chine, mais de réduire les risques systémiques en diversifiant les fournisseurs et en renforçant la résilience des chaînes d’approvisionnement.

