En Chine, une compétition scolaire impitoyable
Absolument déterminant pour l'avenir des jeunes, le gaokao, l'examen chinois d'entrée à l'université est l'un des plus sélectifs au monde. Une compétition scolaire impitoyable qui reflète celle du marché du travail dans l'Empire du Milieu..
En Chine, le gaokao (高考) est l'examen national d'entrée à l'université, équivalent à notre baccalauréat mais bien plus déterminant. Pour la majorité des élèves chinois, il scelle leur avenir professionnel et social. Chaque année, plus de dix millions de candidats s'y présentent, mais leur note n'a pas d'importance en soi : ce qui compte, c'est leur classement par rapport aux autres élèves de leur province. Ce système repose sur une logique de jeu à somme nulle, où la réussite des uns dépend de l'échec des autres. Contrairement à la France, où l'expérience professionnelle ou un diplôme supérieur peut atténuer l'impact d'un mauvais résultat initial, en Chine, le gaokao influence toute la carrière. Une mauvaise note ferme définitivement les portes des meilleures universités et des carrières prestigieuses. Selon les économistes Ruixue Jia et Hongbin Li, auteurs de The Highest Exam, fréquenter une université d'élite a un impact économique durable sur toute une vie.
Les enjeux du gaokao poussent les familles chinoises à investir massivement dans l'éducation de leurs enfants, dès le plus jeune âge. En Chine, l'école primaire et le collège sont gratuits, mais le lycée est payant, avec des frais de scolarité, d'uniformes, de logement et de pension qui représentent une part majeure des dépenses. Les cours particuliers, indispensables pour réussir, coûtent très cher, surtout dans les zones urbaines. Pour contourner les règles d'admission dans les meilleures écoles primaires, certaines familles fortunées versent des sommes exorbitantes, jusqu'à 65 000 euros, soit quatorze fois le revenu médian annuel chinois. Ces dépenses poussent les ménages à consacrer en moyenne 17 % de leurs revenus à l'éducation, un fardeau particulièrement lourd pour les familles modestes, qui y consacrent 57 % de leurs revenus annuels. Cette pression financière et sociale génère une crise de santé mentale chez les élèves, touchant même des enfants de sept ans.
Le gaokao reflète les inégalités du marché du travail chinois, marqué par une concurrence féroce. Le taux de chômage des jeunes atteint 18 %, un niveau proche de celui de la France pour les 15-24 ans, mais bien supérieur à celui des États-Unis. Pour les emplois les plus recherchés, entre 150 et 250 CV sont soumis par offre, illustrant la rareté des postes qualifiés. Les postes dans la fonction publique, très convoités, offrent des avantages sociaux rares comme le logement ou l'éducation, inaccessibles à la majorité. Malgré ses défauts, le gaokao est perçu comme plus méritocratique que d'autres mécanismes de sélection, comme le népotisme ou la corruption, qui favorisent les plus riches. Pourtant, ce système légitime les inégalités : 25 % seulement des Chinois estiment qu'une redistribution des richesses est nécessaire, et la pauvreté est souvent attribuée à des défaillances individuelles plutôt qu'à des structures sociales.
Le *gaokao* n'est pas seulement un examen, mais un symptôme des problèmes structurels de la Chine. Il prépare les élèves à un marché du travail capitaliste où seul le gagnant obtient tout, reproduisant une logique de compétition permanente. Les inégalités extrêmes, la corruption et l'absence de filets sociaux universels aggravent la pression sur les familles. Une réforme purement éducative ne suffirait pas à résoudre ces problèmes : il faudrait des mesures plus larges, comme un système fiscal progressif ou des services sociaux accessibles à tous. En l'absence de telles réformes, les familles chinoises n'ont d'autre choix que de s'engager dans une « course à l'armement éducatif », coûteuse et stressante, pour tenter de donner un avenir à leurs enfants. Le *gaokao* devient ainsi un mécanisme de sélection qui renforce les inégalités plutôt que de les réduire.

