La parenthèse ouverte le 11 septembre 2001 s’est-elle jamais refermée ?
Le 11 septembre 2001 a ouvert vingt-cinq années de guerres déclarées au nom de l'anti-terrorisme. On en retient les invasions et leurs échecs, les prisons secrètes et les drones.
Les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué le début d’une période de près de 25 ans de conflits menés au nom de la lutte antiterroriste. Ces guerres, souvent présentées comme des interventions pour la sécurité collective, ont surtout servi les intérêts stratégiques des États-Unis. Parmi les conséquences les plus visibles figurent les invasions de l’Afghanistan (2001) et de l’Irak (2003), ainsi que la création de prisons secrètes et l’utilisation massive de drones. Cependant, l’impact le plus durable réside dans un changement profond de la politique étrangère américaine, caractérisé par une extension des pouvoirs des services de renseignement, une mise sous contrôle des alliés via les réseaux d’information et financiers, et une redéfinition de la sécurité mondiale alignée sur les priorités des États-Unis. Cette dynamique s’illustre encore aujourd’hui, comme en témoigne la guerre contre l’Iran en 2026.
Depuis 2001, les États-Unis ont drastiquement renforcé la confidentialité des documents officiels, limitant l’accès des journalistes et chercheurs à l’information. En 2001, l’administration américaine a classé plus de 33 millions de documents, soit une augmentation de 44 % par rapport à l’année précédente. Parmi ceux-ci, 32,76 millions relevaient de la classification dérivée, une pratique consistant à reclassifier des informations déjà secrètes sous une nouvelle forme. Ce niveau de secret n’a jamais été rétabli à son niveau d’avant 2001, quelle que soit l’administration en place. Parallèlement, les citoyens, américains ou étrangers, ont vu leurs données personnelles devenir accessibles aux services de renseignement, notamment via des outils comme le Patriot Act, adopté six semaines après les attentats. Cette loi a introduit les National Security Letters (NSL), des demandes émises par le FBI pour obtenir des données bancaires, téléphoniques ou internet sans mandat judiciaire, avec une interdiction permanente de divulgation pour les entreprises concernées. Leur nombre est passé d’environ 300 par an avant 2001 à près de 30 000 annuellement dans les années suivantes.
Pour encadrer les écoutes et surveillances des agences de renseignement, les États-Unis disposent de la Foreign Intelligence Surveillance Court (FISC), une cour secrète chargée d’autoriser les demandes de surveillance. Entre 2001 et 2012, cette cour n’a rejeté que 10 demandes sur 20 909 examinées, soit un taux de refus inférieur à 0,05 %. Les juges de la FISC ont admis que ce chiffre ne reflétait que les demandes soumises sous leur forme finale, après des négociations informelles avec l’exécutif. Les dossiers jugés irrecevables étaient rarement déposés. Cette absence de contrôle effectif a permis une surveillance massive, y compris sur les alliés des États-Unis. Par exemple, la NSA a espionné les communications des présidents français Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ainsi que celles de la chancelière allemande Angela Merkel, malgré l’existence d’alliances militaires formelles.
La lutte contre la fuite d’informations classifiées s’est intensifiée depuis 2001. Avant 2009, seulement trois personnes avaient été poursuivies en vertu de l’Espionage Act de 1917 pour avoir transmis des données secrètes à la presse. L’administration Obama a porté ce nombre à huit, soit plus que tous ses prédécesseurs réunis depuis l’adoption de cette loi. Selon l’American Civil Liberties Union (ACLU), ces poursuites ont entraîné 526 mois de détention cumulés pour les lanceurs d’alerte, contre seulement 24 mois pour l’ensemble des cas depuis la création des États-Unis. Cette répression vise à protéger le secret d’État et à décourager toute révélation sur les activités des services de renseignement ou de l’exécutif.
Les États-Unis exercent une domination structurelle sur les alliés grâce à leur contrôle des infrastructures numériques et financières mondiales. En 2015, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a invalidé deux accords (Safe Harbor en 2015 et Privacy Shield en 2020) entre l’UE et les États-Unis, car les lois américaines de surveillance (comme la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act ou le décret présidentiel 12333) ne garantissaient pas un niveau de protection équivalent aux droits européens. Cette dépendance expose les citoyens européens à une surveillance de masse sans recours juridique. Sur le plan financier, le dollar joue un rôle clé. En 2014, la banque française BNP Paribas a été condamnée à une amende de 8,9 milliards de dollars pour avoir effectué des transactions en dollars avec l’Iran, Cuba et le Soudan, bien que ces opérations soient légales en Europe. En 2012, le système de messagerie interbancaire SWIFT, basé en Belgique, a été contraint d’exclure les banques iraniennes sous la pression des États-Unis, provoquant une chute des recettes pétrolières iraniennes de 92,5 à 52 milliards de dollars en un an.
En février 2026, une opération militaire conjointe américano-israélienne, nommée *Fureur épique* côté américain et *Lion rugissant* côté israélien, a frappé plusieurs villes iraniennes sous prétexte de prévenir la prolifération nucléaire. Le même jour, le guide suprême iranien Ali Khamenei est décédé. En représailles, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transite 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Les déclarations du président américain Donald Trump en 2026 révèlent les véritables enjeux : menacer de frapper le terminal pétrolier de l’île de Kharg, proposer de taxer à 20 % les cargaisons transitant par le détroit d’Ormuz pour financer la « sécurité », et revendiquer un rôle de « gardien » de cette route maritime. Ces actions illustrent comment la rhétorique de la sécurité collective sert en réalité à contrôler des ressources stratégiques et à servir les intérêts économiques américains.

