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DROIT

L'injonction de payer, une fausse bonne idée ? Par Guillaume Garcia, Avocat.

Source unique·il y a 22 j

La réforme de 2026 du décret n° 2026-96, entrée en vigueur le 1er avril 2026, a profondément modifié la procédure d’injonction de payer en France, sans pour autant résoudre ses failles structurelles. L’article de Guillaume Garcia, avocat, décrypte pourquoi cette procédure, souvent présentée comme une solution simple et rapide, s’avère en réalité risquée pour les créanciers, malgré les ajustements législatifs. Entre délais allongés, incertitudes sur la signification à personne et complexité accrue en cas d’opposition, l’analyse révèle un déséquilibre persistant entre efficacité et sécurité juridique.

Pourquoi l’injonction de payer, malgré sa réputation de simplicité, est-elle considérée comme une « fausse bonne idée » par l’auteur ?

L’injonction de payer expose le créancier à des risques majeurs malgré sa procédure réputée simple. D’abord, l’ordonnance ne devient un titre exécutoire qu’après un délai de deux mois suivant la signification, et non dès son obtention, ce qui retarde toute action coercitive. Ensuite, la signification à personne est un impératif : si elle échoue (par exemple en cas de signification à domicile), le délai d’opposition est réouvert, annulant l’avantage initial. Enfin, en cas d’opposition, le créancier doit souvent engager une procédure au fond avec constitution d’avocat, doublant les coûts et les délais, sans garantie de succès.

Quels sont les changements concrets apportés par le décret de 2026 à la procédure d’injonction de payer, et en quoi sont-ils insuffisants ?

Le décret a réduit le délai de signification de l’ordonnance de six à trois mois, mais cela ne change pas la pratique des créanciers diligents. Le principal bouleversement réside dans l’ajout d’un délai de deux mois après la signification avant que l’ordonnance ne devienne exécutoire, prolongeant l’incertitude. Cependant, le décret n’a pas modifié les règles fondamentales de signification à personne ni les mécanismes de réouverture du délai d’opposition, qui restent les principaux points de fragilité de la procédure. La clause attributive de compétence, par exemple, reste inopérante à ce stade.

Pourquoi la clause attributive de compétence, souvent négociée par les créanciers, perd-elle son efficacité dans le cadre d’une injonction de payer ?

La compétence territoriale pour une injonction de payer est déterminée par le lieu de résidence du débiteur, et non par une clause contractuelle. Cette règle, d’ordre public, rend toute clause attributive inopérante au stade de la requête. Elle ne retrouve son effet qu’après une opposition, lorsque le tribunal statue sur le fond. Ainsi, un créancier qui a soigneusement négocié une clause attributive renonce à son avantage en optant pour cette procédure, sauf à espérer que le débiteur ne s’oppose pas.

En quoi l’assignation en paiement apparaît-elle comme une alternative plus sûre que l’injonction de payer, selon l’auteur ?

L’assignation permet d’éviter les pièges de la signification à personne et des délais suspensifs, car le débiteur est directement assigné et le tribunal examine la demande dans un cadre contradictoire. La clause attributive de compétence redevient alors efficace, et le jugement obtenu est définitif, sans risque de réouverture de délai. De plus, les coûts et délais peuvent être comparables, voire inférieurs, car l’assignation concentre l’ensemble des étapes (assignation, jugement, exécution) en une seule procédure, contrairement à l’injonction de payer qui peut se transformer en deux procédures distinctes en cas d’opposition.

Ce que ça pourrait changer

Cette réforme pourrait inciter les créanciers à privilégier l’assignation en paiement pour les créances entre professionnels, jugée plus sécurisée et économiquement plus rentable. Les tribunaux de commerce, déjà sollicités pour les litiges commerciaux, pourraient voir leur charge augmenter, tandis que les créanciers devront adapter leurs stratégies de recouvrement. À plus long terme, cette tendance pourrait affaiblir l’attractivité de l’injonction de payer, malgré sa simplicité apparente, et renforcer le rôle des avocats dans les procédures de recouvrement.

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