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ENVIRONNEMENT

Nourrir les poissons d'élevage à base d'insectes ou de soja : l'idée miraculeuse qui s'est effondrée

Source unique·il y a 5 j

L’industrie de l’aquaculture a longtemps cru trouver dans les insectes et le soja une solution miracle pour remplacer la farine de poisson, accusée de dégrader les océans et d’alimenter la crise climatique. Pourtant, l’effondrement d’Ynsect, symbole d’une transition protéique présentée comme vertueuse, révèle les limites structurelles de ces alternatives : coûts économiques exorbitants, inefficacité écologique et contradictions réglementaires. Cette enquête interroge la faisabilité même d’une décarbonation de l’alimentation animale sans remise en cause profonde des modèles de production et de consommation.

Pourquoi la farine de poisson est-elle si problématique pour l’environnement et les sociétés ?

Plus d’un tiers des stocks mondiaux de poissons sont surexploités pour produire de la farine de poisson, utilisée massivement en aquaculture. Cette industrie, qui fournit la moitié des produits de la mer consommés dans le monde, engendre des pratiques destructrices : pêche illégale, rejets toxiques, accidents mortels pour les travailleurs, et une consommation disproportionnée de poissons sauvages pour nourrir des espèces carnivores comme le thon ou les crevettes. Un thon d’élevage peut ainsi consommer jusqu’à quinze fois son poids en poissons sauvages, aggravant la pression sur les écosystèmes marins.

Quels obstacles ont précipité l’échec d’Ynsect, malgré des investissements massifs ?

Ynsect a accumulé plus de 105 millions de dollars de pertes dès 2022, avant sa liquidation en décembre 2025. Plusieurs facteurs ont joué : une production surdimensionnée qui n’a pas trouvé de débouchés, des coûts énergétiques élevés (chauffage des élevages à 25-30°C), des réglementations strictes interdisant l’usage de déchets alimentaires pour nourrir les insectes en Europe, et une concurrence directe avec les cultures destinées à l’alimentation humaine ou animale. Les protéines d’insectes se sont avérées bien plus chères que prévu, avec un bilan carbone surestimé (jusqu’à 30,1 kg de CO₂ par kg de protéine contre 2,23 kg pour le soja).

Pourquoi le soja, souvent présenté comme une alternative, pose-t-il autant de problèmes ?

Le soja, cultivé à 40 % pour nourrir le bétail, est une cause majeure de déforestation en Amérique du Sud, notamment au Brésil et en Bolivie, où des millions d’hectares de forêt ont été rasés pour ses cultures. Cette expansion aggrave la crise climatique et les conflits fonciers, tout en ne résolvant pas le problème de la farine de poisson : les poissons d’élevage carnivores (saumon, crevettes) nécessitent toujours des protéines animales, souvent issues de la pêche sauvage. Aucune solution actuelle ne combine durabilité, coût abordable et absence de compromis écologiques majeurs.

Quelles pistes concrètes émergent pour réduire l’impact de l’alimentation animale ?

Les experts proposent deux leviers principaux : d’abord, réserver les cultures comestibles à l’alimentation humaine et nourrir le bétail avec des aliments impropres à la consommation (comme la luzerne ou les féveroles), ce qui pourrait réduire l’empreinte carbone de l’industrie de 10 %. Ensuite, modifier les habitudes alimentaires en privilégiant les mollusques bivalves (huîtres, moules) plutôt que les poissons ou crevettes, dont l’élevage est particulièrement gourmand en ressources. Ces changements supposent une refonte des régimes alimentaires et une régulation plus stricte des chaînes d’approvisionnement.

Ce que ça pourrait changer

L’échec d’Ynsect et les limites du soja montrent que les solutions technologiques ne suffiront pas à verdir l’aquaculture sans une transformation radicale des modèles économiques et des comportements. À court terme, la pression sur les océans pourrait s’aggraver, tandis que les consommateurs et les régulateurs devront arbitrer entre coût, éthique et durabilité. À plus long terme, la viabilité de l’aquaculture dépendra de sa capacité à s’aligner sur des régimes alimentaires moins carnés et à intégrer des protéines locales, plutôt que de miser sur des promesses industrielles non tenues.

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