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Environnement

Nourrir les poissons d'élevage à base d'insectes ou de soja : l'idée miraculeuse qui s'est effondrée

Reporterre · mis à jour il y a 5 j

Pour en finir avec la farine de poissons sauvages, l'aquaculture mise sur celles à base de soja et d'insectes pour nourrir ses poissons d'élevage. Elles sont loin d'être l'alternative miraculeuse qui permettrait de verdir une industrie anti-écologique et antisociale.

Échec d'Ynsect

Ynsect, la plus grande ferme d’insectes au monde située en France, a fermé en décembre 2025 après avoir accumulé plus de 105 millions de dollars de pertes et déposé une demande de redressement judiciaire en septembre 2024. Spécialisée dans l’élevage de larves de ténébrions bruns transformées en poudre protéinée pour l’alimentation animale, l’entreprise visait à remplacer la farine de poisson, responsable de la surexploitation des océans. Malgré des investissements publics et privés dépassant 670 millions de dollars (dont 170 millions d’euros d’argent public français), Ynsect n’a jamais réussi à rentabiliser sa production, faute de trouver un marché viable pour ses protéines d’insectes.

Problèmes des insectes

L’élevage d’insectes pour nourrir les poissons pose plusieurs défis majeurs. D’abord, les règles européennes interdisent de nourrir les insectes avec des déchets alimentaires pour éviter la propagation de maladies, ce qui force les producteurs à utiliser des céréales de qualité alimentaire, comme des fruits, légumes ou céréales. Résultat, 75 % des éleveurs d’insectes en Europe utilisent des cultures comestibles, entrant en concurrence directe avec l’alimentation humaine. Ensuite, ces élevages nécessitent un chauffage constant entre 25 et 30 °C, ce qui augmente leur empreinte carbone. Une étude de 2025 révèle que la farine d’insectes émet entre 12,9 et 30,1 kg de CO₂ par kilo de protéine, contre 7,15 kg pour la farine de poisson et 2,23 kg pour le soja.

Farine de poisson

La farine de poisson, issue de la transformation de poissons sauvages, est un ingrédient clé pour l’alimentation des poissons d’élevage, notamment pour les espèces carnivores comme le saumon ou le thon. Cependant, cette pratique aggrave la surpêche : un thon d’élevage peut consommer jusqu’à 15 fois son poids en poissons sauvages. L’industrie de la farine de poisson est aussi associée à des problèmes sociaux et environnementaux, comme la pêche illégale, le travail forcé et le déversement de déchets toxiques dans les cours d’eau. En 2026, plus d’un tiers des stocks mondiaux de poissons sont surexploités, et 20 % de la faune marine pêchée est transformée en farine de poisson.

Soja et déforestation

Le soja est une autre alternative à la farine de poisson, mais son utilisation massive pose des problèmes écologiques et sociaux. Environ 40 % des terres arables mondiales sont dédiées à la production d’aliments pour animaux, principalement du soja. Au Brésil, premier producteur mondial, l’expansion de cette culture a entraîné la déforestation de 890 000 hectares entre 2001 et 2021, souvent au détriment des terres autochtones. En Amérique du Sud, les surfaces consacrées au soja couvrent une zone plus vaste que la France, dont une grande partie correspond à d’anciens espaces forestiers défrichés. Cette dynamique contribue à la crise climatique et aux violations des droits humains.

Solutions envisagées

Face aux limites des alternatives comme les insectes ou le soja, des experts proposent des solutions pour réduire l’impact environnemental de l’alimentation animale. Le WWF suggère de réserver les cultures comestibles à l’alimentation humaine et d’utiliser des aliments impropres à la consommation humaine pour nourrir le bétail, comme la luzerne ou les féveroles. Cette approche pourrait économiser des millions d’hectares de terres et réduire l’empreinte carbone de l’industrie de 10 %. Jennifer Jacquet, professeure à l’université de Miami, souligne aussi que modifier nos régimes alimentaires, en privilégiant les mollusques (huîtres, moules) plutôt que les poissons ou les crevettes, pourrait contribuer à une aquaculture plus durable.

Ce que ça pourrait changer

L’aquaculture, présentée comme une solution pour réduire la pression sur les ressources marines, a elle-même des effets pervers. Pour nourrir les poissons d’élevage, l’industrie utilise souvent des poissons sauvages, ce qui aggrave la surpêche. Par ailleurs, les alternatives comme les insectes ou le soja, censées remplacer la farine de poisson, introduisent de nouveaux problèmes : concurrence avec l’alimentation humaine, déforestation ou forte empreinte carbone. Selon un rapport de 2023, il n’existe pas de solution miracle pour une alimentation animale durable à l’échelle mondiale. La transition vers une aquaculture plus responsable nécessiterait donc des changements profonds dans nos habitudes alimentaires et dans les pratiques industrielles.

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