Alanna Hare, médecin : « Les scores de sommeil sur votre montre ou votre bague connecté sont complètement inventés »
Les montres et bagues connectées promettent d’analyser la qualité de notre sommeil via des scores automatisés, présentés comme des indicateurs fiables de notre santé nocturne. Pourtant, selon Alanna Hare, médecin spécialiste du sommeil, ces données seraient largement inventées : des algorithmes opaques et des capteurs limités brouilleraient toute interprétation scientifique. Cette révélation interroge la frontière entre quantification bien-être et marketing technologique, alors que ces dispositifs s’imposent comme des références dans l’autosurveillance individuelle.
Quels sont les principaux reproches formulés par Alanna Hare envers les dispositifs connectés de mesure du sommeil ?
Alanna Hare critique avant tout l’absence de validation scientifique des scores proposés par les montres et bagues connectées. Selon elle, ces appareils s’appuient sur des algorithmes propriétaires non transparents, qui extrapolent des données brutes (mouvements, fréquence cardiaque) pour en déduire des phases de sommeil ou des évaluations de qualité. Ces interprétations, bien que présentées comme objectives, relèveraient davantage de la construction marketing que de la médecine fondée sur des preuves.
Pourquoi les capteurs de ces dispositifs sont-ils jugés inadaptés à une analyse rigoureuse du sommeil ?
Les capteurs utilisés (accéléromètres, photopléthysmographes) mesurent des paramètres indirects comme les mouvements ou le rythme cardiaque, mais ne peuvent pas distinguer avec précision les différentes phases du sommeil (léger, profond, paradoxal). De plus, leur placement (poignet, doigt) limite leur capacité à capter des signaux physiologiques clés, comme l’activité cérébrale enregistrée par un polysomnographe en laboratoire. Ces limites techniques rendent les données produites a minima approximatives.
En quoi cette critique remet-elle en cause la crédibilité des dispositifs connectés dans le domaine de la santé ?
Elle souligne un paradoxe central : ces outils, souvent présentés comme des aides à la santé, s’appuient sur des méthodologies non reproductibles et non validées par des pairs. Leur popularité repose sur une promesse de science grand public, mais leur manque de rigueur risque de banaliser des conseils erronés (sur la durée idéale de sommeil ou les troubles à surveiller), avec des conséquences potentielles sur les comportements individuels et la relation patient-médecin.
Ce que ça pourrait changer
Cette remise en cause pourrait freiner l’adoption massive de ces dispositifs comme outils de diagnostic ou de suivi médical, au profit d’une approche plus critique de la quantification de soi. À l’inverse, elle pourrait aussi accélérer la demande de régulation des algorithmes de santé grand public, ou inciter les fabricants à collaborer avec des institutions médicales pour valider leurs méthodes. Une chose est sûre : la confiance des utilisateurs dans ces technologies dépendra désormais de leur capacité à démontrer une réelle utilité clinique.

