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Société

Les crottes de chevaux sont meilleures que les crottes de mouton et on vous explique pourquoi

Slate FR · mis à jour il y a 5 j

On pensait tout savoir sur l'impact de l'élevage sur nos paysages. Mais en observant de très près ce qui se passe dans les crottins des hautes steppes de Lozère, des chercheurs ont découvert un phénomène totalement inattendu qui remet en question la façon dont nous devons protéger la planète..

Paysages européens changés

Depuis la sédentarisation de l’humain, les paysages européens ont été profondément modifiés par le remplacement des ongulés sauvages (comme les aurochs, bisons ou chevaux sauvages) par des herbivores domestiques. Ces derniers sont contrôlés en termes de reproduction, alimentation et santé, ce qui a transformé le fonctionnement des écosystèmes. Même avec des méthodes d’élevage extensif comme le pastoralisme, ces changements persistent. La question se pose alors : que se passe-t-il lorsque les herbivores sont gérés de manière plus libre, ou lorsque des ongulés sauvages sont réintroduits ? Ces interrogations sont au cœur d’une étude menée dans le Causse Méjean, en Lozère, où cohabitent des chevaux de Przewalski, des brebis et des chevaux domestiques.

Le Causse Méjean

Le Causse Méjean, en Lozère, est un plateau calcaire culminant à 1 250 mètres où vit une population de chevaux de Przewalski depuis 1993. Ces chevaux, aussi appelés takhi, étaient autrefois sauvages en Asie centrale mais ont été préservés en captivité jusqu’en 1992. Depuis leur réintroduction, ils vivent de manière autonome dans le parc national des Cévennes. À leurs côtés, des brebis pâturent depuis plus de 1 000 ans, et des chevaux domestiques sont élevés pour les courses d’endurance. Cette cohabitation unique permet de comparer l’impact de ces différents herbivores sur la biodiversité locale, notamment sur les bousiers, des insectes coprophages essentiels au recyclage des déjections.

Rôle des bousiers

Les bousiers sont des coléoptères coprophages qui se nourrissent des déjections des herbivores. Certains pondent leurs œufs directement dans les excréments ou à proximité, tandis que d’autres déplacent et enterrent des fragments de matière fécale pour y déposer leurs larves. Ces insectes jouent un rôle clé dans les écosystèmes pâturés en recyclant les nutriments contenus dans les déjections, ce qui enrichit le sol et favorise la croissance des plantes. Leur activité permet ainsi de rendre les nutriments plus accessibles aux végétaux. Les bousiers sont particulièrement sensibles aux variations des pratiques d’élevage, comme la temporalité du pâturage, la pression exercée par les herbivores ou la nature de leur alimentation.

Composition des déjections

Les déjections des brebis, des chevaux domestiques et des chevaux de Przewalski présentent des différences marquées en termes de composition physique et chimique. Les excréments de brebis sont moins humides et contiennent moins de fibres végétales non digérées, mais sont plus riches en azote. Cela s’explique par le fait que les brebis sont des ruminants, capables d’extraire davantage de nutriments des plantes grâce à une double digestion. À l’inverse, les crottins des chevaux domestiques contiennent une fraction plus importante de fibres végétales non digérées. Les crottins des chevaux de Przewalski, plus autonomes et moins soumis à des apports alimentaires ou à des soins vétérinaires, se situent entre ces deux extrêmes. Leur microbiome plus diversifié pourrait expliquer cette particularité.

Impact sur les bousiers

L’étude a révélé que les communautés de bousiers étaient globalement similaires dans les trois types de pâturage, mais que leur abondance variait selon les espèces d’herbivores. Les brebis concentrent leurs déjections après des phases de repos, ce qui favorise certaines espèces de bousiers. Les chevaux domestiques, en revanche, répartissent leurs crottins de manière plus uniforme dans le temps et l’espace, ce qui influence la répartition des bousiers. Les chevaux de Przewalski, organisés en groupes familiaux, produisent des piles de crottins pouvant atteindre un mètre de diamètre, un comportement absent chez les chevaux domestiques. Ces différences modulent l’abondance et l’activité des bousiers, avec des impacts variables sur le recyclage des déjections.

Dégradation des crottes

Contrairement aux attentes, un grand nombre de bousiers présents dans un pâturage n’est pas nécessairement corrélé à une dégradation plus rapide des déjections. Par exemple, bien que les crottins de chevaux domestiques abritent plus de bousiers, leur dégradation est plus lente que celle des crottes de brebis. Les crottes de brebis, plus facilement assimilables, sont davantage visitées par des espèces exportant rapidement les matières fécales. À l’inverse, les chevaux de Przewalski, avec leurs piles de crottins, attirent des espèces de bousiers pondant directement dans les déjections, ce qui modifie la dynamique de dégradation. Ces résultats montrent que le type d’herbivore influence non seulement la composition des communautés de bousiers, mais aussi leur rôle dans le recyclage de la matière organique.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude souligne que le type d’herbivore au pâturage n’a pas un impact drastique sur la composition globale des communautés de bousiers, mais que des différences dans leur gestion et la nature des déjections produites modulent l’abondance de certaines espèces. Ces variations ont un impact visible sur le recyclage de la matière organique et, par conséquent, sur le fonctionnement des écosystèmes pâturés. Plutôt que de privilégier un seul type de pâturage ou une seule espèce d’herbivore, les auteurs recommandent d’encourager la cohabitation de différents ongulés et modes de gestion. Cette diversité permet de maintenir à la fois la biodiversité, la restauration des écosystèmes anciens et une production alimentaire locale. Les acteurs clés de cette étude incluent l’association Takh pour les chevaux de Przewalski, ainsi que des éleveurs locaux pour les chevaux domestiques et les brebis.

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