Un trafiquant de cocaïne néerlandais a fait de la Sierra Leone le premier narco-État de la planète
Trafiquant le plus recherché d'Europe et gendre du président sierraléonais, Jos Leijdekkers pourrait étendre son influence sur toute l'Afrique de l'Ouest. Condamné par contumace à plus de 100 ans de prison aux Pays-Bas, le fugitif préfère profiter des boîtes de nuit de la république de Sierra Leone..
En mai 2026, la garde civile espagnole a intercepté 1 279 ballots de cocaïne, soit une masse totale estimée entre 30 et 45 millions de tonnes, à bord du cargo Arconian en provenance de Freetown, la capitale de la Sierra Leone. Cette saisie représente la plus importante jamais enregistrée par les autorités espagnoles. Le navire transportait de la cocaïne emballée dans du plastique, un conditionnement courant pour faciliter le trafic international. Cette découverte illustre l'ampleur des flux de drogue transitant par l'Afrique de l'Ouest, une région devenue un carrefour majeur pour le trafic de cocaïne entre l'Amérique du Sud et l'Europe. Les saisies de cette envergure soulignent l'implication croissante des réseaux criminels dans cette zone géographique, où les États peinent à contrôler les activités illégales.
Jos Leijdekkers, un Néerlandais de 35 ans, est aujourd'hui considéré comme le plus grand trafiquant de cocaïne en Europe. Son influence est telle que ses importations massives perturbent régulièrement le marché européen de la drogue. Selon les services de renseignement, il génère un profit mensuel de 150 millions de dollars (134 millions d'euros), un montant supérieur aux dépenses annuelles de fonctionnement de l'État sierraléonais. Son empire repose en partie sur son mariage avec Agnes Bio, la fille du président sierraléonais Julius Maada Bio, en fonction depuis 2018. Ce lien familial lui a permis de s'implanter durablement en Sierra Leone, où il a progressivement étendu son emprise sur les institutions et l'économie du pays.
Un narco-État est un terme officiel du Larousse désignant un pays où le narcobanditisme a pris une telle ampleur qu'il influence profondément les institutions et empêche l'État de faire respecter la loi ou d'assurer ses fonctions régaliennes, comme la sécurité ou la justice. En Sierra Leone, l'influence de Jos Leijdekkers et de son réseau a conduit des observateurs, dont The Guardian, à qualifier le pays de premier narco-État au monde. Cette situation se caractérise par une corruption généralisée, une infiltration des structures étatiques par des réseaux criminels et une incapacité des autorités à lutter contre le trafic de drogue. Le phénomène s'accompagne souvent d'une hausse de la consommation locale et de problèmes de santé publique liés à la drogue.
Jos Leijdekkers a su gagner la confiance des élites sierraléonaises en adoptant une stratégie d'intégration sociale et politique. Il s'est marié avec la fille du président, Agnes Bio, et a fondé une famille, ce qui lui a ouvert les portes des cercles du pouvoir. Son réseau a également bénéficié de passeports diplomatiques obtenus grâce à des hauts responsables du pays, ainsi que de la complicité d'un agent chargé de lutter contre le trafic de drogue, devenu son compagnon de beuverie. Ces alliances lui ont permis de bénéficier d'une protection quasi officielle, rendant toute action judiciaire contre lui quasi impossible. Son influence s'étend même à l'échelle régionale, puisqu'il est lié à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), dont le président sierraléonais est également à la tête.
Malgré une condamnation par contumace à plus de 100 ans de prison aux Pays-Bas pour des crimes incluant une tentative de meurtre, Jos Leijdekkers bénéficie d'une impunité totale en Sierra Leone. En janvier 2025, les Pays-Bas ont demandé son extradition, mais les autorités sierraléonaises ont nié connaître son existence, confirmant ainsi son statut de protégé. Pour éviter toute arrestation, il a mis en place un dispositif de sécurité sophistiqué : gardes armés, guetteurs, chauffeurs remplacés régulièrement et flotte de véhicules renouvelée. Des équipes de reconnaissance sont même déployées 24 heures avant ses déplacements. Malgré deux tentatives avortées de son arrestation par les forces spéciales néerlandaises, il reste intouchable, craignant surtout les trahisons internes.
Le trafic de cocaïne dirigé par Jos Leijdekkers a transformé la Sierra Leone en plaque tournante pour la drogue, avec des conséquences dramatiques sur la société. Le prix de la cocaïne à Freetown est le plus bas d'Afrique de l'Ouest, ce qui a entraîné une hausse de sa consommation parmi les classes moyennes. Les experts s'inquiètent de l'émergence d'un problème de santé publique, notamment avec l'apparition de crack, une forme de cocaïne moins chère mais extrêmement addictive et dangereuse. Des cas d'overdoses ont déjà été signalés, et des militants antidrogue alertent sur les risques sanitaires et sociaux liés à cette situation. La drogue, autrefois réservée à une élite, se démocratise, aggravant les inégalités et la violence dans le pays.
L'emprise de Jos Leijdekkers sur la Sierra Leone s'accompagne d'une répression des voix critiques. Abdul Kargbo, chef de l'opposition parlementaire, a été menacé après avoir dénoncé des liens entre le trafic d'êtres humains et le réseau du trafiquant. Il affirme avoir reçu des avertissements pour cesser ses investigations : *« Ils ont envoyé des gens pour me conseiller de ne plus aborder ce sujet. »* Ce climat de peur étouffe toute velléité de résistance, tandis que les institutions, infiltrées par le crime organisé, ferment les yeux sur les activités illégales. La corruption et l'intimidation permettent à Jos Leijdekkers de poursuivre son empire sans opposition majeure.

