Les crottes de chevaux sont meilleures que les crottes de mouton et on vous explique pourquoi
La gestion des herbivores dans les écosystèmes européens, autrefois dominée par des ongulés sauvages, repose aujourd’hui sur des pratiques d’élevage qui en modifient profondément le fonctionnement. Une étude menée sur le Causse Méjean, où coexistent chevaux de Przewalski, brebis et chevaux domestiques, révèle comment la nature des déjections et les comportements des herbivores influencent indirectement la biodiversité via leur impact sur les communautés de bousiers. Ces coléoptères, acteurs clés du recyclage des nutriments, deviennent ainsi des indicateurs des effets différenciés des modes de pâturage sur les écosystèmes.
Pourquoi les déjections des chevaux de Przewalski, des brebis et des chevaux domestiques diffèrent-elles autant, alors qu’ils se nourrissent sur le même territoire ?
Les différences s’expliquent d’abord par leur physiologie digestive : les brebis, ruminants, extraient davantage de nutriments des plantes, ce qui rend leurs excréments plus riches en azote mais moins fibreux. À l’inverse, les chevaux domestiques, monogastriques, rejettent des crottins plus riches en fibres non digérées. Les chevaux de Przewalski, en revanche, présentent un profil intermédiaire, probablement lié à leur microbiome plus diversifié, lui-même favorisé par leur autonomie alimentaire et sanitaire — contrairement aux chevaux domestiques soumis à des apports contrôlés et à des soins antiparasitaires.
Comment les bousiers, ces coléoptères coprophages, réagissent-ils à ces variations de déjections selon le type d’herbivore ?
Les bousiers ne répondent pas uniquement à la qualité nutritive des déjections, mais aussi à leur répartition spatio-temporelle. Les brebis, dont les excréments sont plus assimilables, concentrent leurs déjections à des moments précis (après le repos), favorisant des espèces capables de prélever rapidement des fragments pour les enterrer ailleurs. Les chevaux domestiques, dont les crottins sont dispersés toute la journée, attirent davantage d’individus mais dégradent moins efficacement la matière fécale. Les takhi, enfin, forment des piles de crottins grâce à leurs comportements sociaux, ce qui attire des espèces spécialisées dans l’enfouissement de déjections en amas.
L’étude montre que le nombre de bousiers présents n’est pas corrélé à une dégradation plus rapide des déjections. Pourquoi cette apparente contradiction ?
La dégradation des déjections dépend moins de l’abondance des bousiers que de leur spécialisation écologique. Les espèces qui pondent directement dans les crottins ou les entassements (comme ceux des takhi) assurent un recyclage localisé, tandis que celles qui fragmentent et dispersent les excréments (comme pour les brebis) favorisent une diffusion plus large des nutriments. Ainsi, une communauté de bousiers peut être nombreuse sans pour autant accélérer la décomposition globale, car les espèces dominantes n’ont pas le même rôle fonctionnel.
Quelles leçons cette étude apporte-t-elle pour la gestion des écosystèmes pâturés en Europe ?
Elle souligne que la diversité des herbivores et des modes de pâturage est un levier essentiel pour préserver les fonctions écologiques des milieux. Plutôt que de privilégier un seul type d’herbivore ou un mode de gestion unique, la cohabitation d’espèces aux impacts complémentaires (comme les takhi, les brebis et les chevaux domestiques) permet de maintenir à la fois la biodiversité, la résilience des écosystèmes et les activités économiques locales, comme l’élevage extensif.
Ce que ça pourrait changer
Cette recherche invite à repenser les stratégies de réensauvagement ou de restauration écologique en intégrant la complexité des interactions entre herbivores et coprophages. Elle met en lumière l’importance de ne pas uniformiser les pratiques, mais au contraire de diversifier les approches pour préserver des fonctions écologiques essentielles, comme le recyclage des nutriments. À l’échelle des politiques publiques, cela pourrait encourager des modèles agricoles plus résilients, combinant conservation de la biodiversité et production alimentaire durable.

