En néerlandais, ne parlez plus des “lèvres de la honte”
Aux Pays-Bas, les féministes militent pour que le terme “lèvres de la vulve” remplace celui de “lèvres de la honte” dans le lexique néerlandais. C’est en bonne voie : “vulvalippen” va faire son entrée dans le dictionnaire de référence..
Le dictionnaire néerlandais de référence, le Dikke Van Dale, va intégrer le terme vulvalippen (littéralement « lèvres de la vulve ») dans son édition mise à jour. Cette décision fait suite à une campagne menée par des collectifs féministes pour remplacer le terme existant schaamlippen (littéralement « lèvres de la honte »). Le média public NOS a annoncé cette modification le 7 août, confirmant ainsi l’évolution du vocabulaire néerlandais vers une terminologie plus neutre et moins stigmatisante. Le dictionnaire, souvent considéré comme l’autorité en matière de langue néerlandaise, reflète ainsi les changements sociétaux et les revendications portées par des mouvements pour une meilleure représentation du corps féminin.
La campagne pour l’adoption du terme vulvalippen a été initiée par la sexologue Ellen Laan, décédée entre-temps, qui a milité pour une approche plus positive et décomplexée des parties génitales féminines. En 2022, la plateforme Schaamteloos (« sans honte ») a relancé ce combat en s’associant à l’artiste Esther van der Valk et au mouvement féministe Dolle Mina’s. Leur objectif était de sensibiliser le public, notamment les enfants, à l’importance d’un vocabulaire adapté. Des œuvres artistiques représentant des vulves, des affiches dans les abribus et des lettres envoyées aux médecins ont été utilisées comme supports pour diffuser leur message. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de normaliser la discussion autour du corps et de la sexualité.
Les promoteurs de cette campagne soulignent l’importance d’un vocabulaire neutre dès l’enfance pour éviter une association négative avec les parties génitales. Selon eux, des termes comme schaamlippen (« lèvres de la honte ») renforcent l’idée que ces zones du corps seraient honteuses ou taboues. Esther van der Valk, porteuse du projet, a expliqué au journal De Volkskrant que les enfants qui entendent ces mots peuvent développer une vision dépréciative de leur propre anatomie. L’objectif est donc de remplacer ces termes par des expressions neutres comme vulvalippen, afin de promouvoir une éducation sexuelle plus saine et moins stigmatisante. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de déconstruction des tabous autour du corps et de la sexualité.
Plusieurs acteurs ont joué un rôle clé dans cette campagne. La sexologue Ellen Laan, pionnière de cette initiative, a posé les bases du débat. La plateforme Schaamteloos, l’artiste Esther van der Valk et le mouvement Dolle Mina’s ont ensuite amplifié la mobilisation en 2024. Leurs méthodes incluaient des œuvres d’art, des affiches dans les espaces publics et des communications ciblées vers les professionnels de santé. Ces actions visaient à toucher un large public, des enfants aux adultes, en passant par les institutions médicales. Leur approche combinait créativité et militantisme pour changer les mentalités et faire évoluer le langage.
L’ajout du terme *vulvalippen* dans le *Dikke Van Dale* marque une étape symbolique dans la lutte contre la honte associée aux parties génitales féminines aux Pays-Bas. Cette décision reflète une prise de conscience collective sur l’importance du langage dans la construction de l’estime de soi et de la santé sexuelle. Elle s’inscrit dans un contexte où les mouvements féministes et les associations de santé publique cherchent à promouvoir une éducation plus inclusive et moins culpabilisante. Bien que cette modification soit avant tout linguistique, elle pourrait avoir des répercussions sur les pratiques éducatives et médicales dans le pays.

