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Géopolitique

Le chaînon manquant : les réseaux sociaux au cœur de « l’attaque » contre Ceuta

Le Grand Continent · mis à jour il y a 1 h

La plus grave crise migratoire de l'histoire récente de l'Espagne s'est coordonnée sur Facebook et WhatsApp, toutes deux propriétés de Mark Zuckerberg. L’article Le chaînon manquant : les réseaux sociaux au cœur de « l’attaque » contre Ceuta est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Crise migratoire majeure

En août 2026, l'Espagne a connu la plus grave crise migratoire de son histoire récente avec plus de 70 000 personnes franchissant la frontière entre le Maroc et la ville espagnole de Ceuta. Cet événement s'est produit en moins de 24 heures, submergeant les autorités espagnoles. Initialement, les responsables espagnols ont évoqué un « effet d'appel », suggérant que les migrants avaient été incités à venir en raison d'une politique migratoire perçue comme trop laxiste. Cependant, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a rapidement recentré le débat sur la désinformation numérique et les réseaux sociaux, excluant toute implication des autorités marocaines dans l'organisation de cette traversée. Cette crise a révélé des tensions politiques internes en Espagne, notamment au sein de la coalition gouvernementale, où les positions divergent sur les responsabilités à attribuer.

Rôle des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux, notamment Facebook et WhatsApp (tous deux propriétés de Meta, la maison mère de Mark Zuckerberg), ont joué un rôle central dans la coordination de cette traversée massive. Des groupes privés sur ces plateformes, comptant jusqu'à 400 000 membres, ont propagé des informations trompeuses. Par exemple, une décision de la Cour suprême espagnole, confirmant que les refoulements à chaud (expulsions immédiates sans procédure légale) ne s'appliquent pas aux migrants traversant la frontière à la nage, a été déformée. Présentée comme un « feu vert » pour traverser sans risque, cette information a déclenché une vague de mobilisation. Les messages incluaient des consignes dangereuses, comme des indications sur les zones les moins profondes ou la vente de bouées, ainsi que des rumeurs infondées sur les droits des migrants en Espagne. Ces groupes étaient alimentés par des comptes coordonnés, utilisant des identités usurpées et des pseudos changeants pour masquer leur origine.

Désinformation et ingérences

Des organismes de vérification comme Maldita ont confirmé la présence de faux comptes opérant de manière coordonnée pour diffuser de fausses informations. Plusieurs acteurs étrangers ont été pointés du doigt pour leur implication dans des campagnes de désinformation. Le gouvernement espagnol accuse notamment des réseaux russes et israéliens d'avoir exploité la crise pour affaiblir l'Espagne. Selon Pedro Sánchez, ces ingérences seraient une réponse à la position espagnole sur la guerre à Gaza et à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Des comptes liés au Kremlin ont touché plus de 500 000 utilisateurs, tandis qu'en Israël, des influenceurs ont utilisé des hashtags comme #FreeMelilla pour critiquer la politique espagnole et présenter Ceuta et Melilla comme des territoires coloniaux. Le Maroc a également été impliqué, avec des comptes affiliés diffusant des récits présentant ces villes comme occupées. Cependant, aucune preuve directe ne lie ces campagnes à des États organisés.

Responsabilités des plateformes

L'article souligne la responsabilité des géants du numérique, en particulier Meta (Facebook et WhatsApp), dans la propagation de ces contenus dangereux. Meta détient un quasi-monopole de la messagerie instantanée au Maroc et en Espagne, avec WhatsApp présent sur les téléphones de plus des deux tiers des citoyens dans ces deux pays. Les algorithmes de ces plateformes ont amplifié des messages incitant à des actions mortelles, comme traverser une frontière à la nage dans des conditions dangereuses. Les experts, comme Marcelino Madrigal, estiment que les plateformes n'ont pas rempli leurs obligations élémentaires de modération et de prévention. Cette situation rappelle d'autres cas où les réseaux sociaux ont été accusés de favoriser des contenus nuisibles, comme l'incitation à l'automutilation ou à la haine. Les autorités espagnoles et marocaines, bien que capables de surveiller ces réseaux, n'ont pas empêché la diffusion de ces messages.

Ce que ça pourrait changer

Cette crise a eu des conséquences dramatiques : au moins 88 personnes sont mortes en tentant de traverser la frontière. Les témoignages recueillis sur place confirment que l'idée d'une frontière ouverte ou d'une traversée sans risque s'est répandue via les réseaux sociaux bien avant d'être relayée par les médias traditionnels. Sur le plan politique, la crise a exacerbé les divisions au sein du gouvernement espagnol. La ministre de la Défense affirme que les services de renseignement avaient alerté l'exécutif, tandis que le ministre de l'Intérieur le nie. L'aile gauche de la coalition, composée d'écologistes et de communistes, accuse le Maroc d'avoir une responsabilité active ou passive. Enfin, cette affaire a mis en lumière l'influence des réseaux sociaux sur les mouvements de jeunesse, comme la *Génération Z* marocaine, qui utilise ces plateformes pour s'organiser, comme ce fut le cas lors de manifestations pro-démocratie en 2025.

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