Les banques doivent rembourser davantage les fraudés, juge une majorité de Canadiens
Neuf répondants sur dix à un sondage plaident aussi pour que les plateformes numériques soient tenues responsables..
Une écrasante majorité de Canadiens, soit 87 % des répondants, estiment que les banques devraient rembourser les victimes de fraude bancaire, à condition que ces dernières n’aient pas fait preuve de négligence grave. Au Québec, cette proportion atteint 88 %. Cette position est défendue par l’organisme Option consommateurs, qui a mené un sondage en ligne du 2 au 5 octobre 2026 auprès de 1 519 Canadiens âgés de 18 ans et plus. La fraude bancaire désigne ici des actes malveillants visant à soutirer de l’argent ou des informations personnelles à un client, souvent via des techniques sophistiquées comme le phishing (hameçonnage) ou l’usurpation d’identité. Les banques, en tant qu’intermédiaires, sont perçues comme responsables de protéger leurs clients, même face à des fraudes complexes. Pourtant, selon Alexandre Plourde, analyste chez Option consommateurs, certaines banques refusent de rembourser en accusant les victimes de négligence, une pratique jugée injuste par 85 % des sondés.
Les Canadiens sont également très critiques envers les plateformes numériques qui diffusent des publicités frauduleuses. Selon le même sondage, 89 % des répondants estiment que ces plateformes devraient être tenues de rembourser les victimes d’arnaques propagées via leurs services. Les plateformes numériques, comme les réseaux sociaux ou les moteurs de recherche, sont considérées comme des portes d’entrée majeures pour les fraudes, notamment celles liées aux investissements ou à l’usurpation d’identité de personnalités publiques. Par exemple, des fraudes utilisant l’intelligence artificielle (IA) pour imiter des voix ou des visages de célébrités sont de plus en plus fréquentes. Alexandre Plourde souligne que ces plateformes ont un rôle clé à jouer dans la prévention des fraudes, en filtrant les contenus suspects ou en collaborant avec les autorités.
Face à l’augmentation des fraudes au Canada, qualifiée d’épidémie par Alexandre Plourde, une large majorité de Canadiens (87 %) souhaite que les gouvernements fassent de la lutte contre ce fléau une priorité. De plus, 73 % des sondés estiment que les lois actuelles ne protègent pas suffisamment les victimes. Actuellement, le Canada n’a pas de cadre législatif aussi strict que certains pays européens. Par exemple, au Royaume-Uni, depuis octobre 2024, les banques sont obligées de rembourser les victimes de fraudes par paiement autorisé (des transactions effectuées sans fraude apparente du côté de la victime) jusqu’à 85 000 livres sterling, soit environ 160 000 dollars canadiens. Plourde, qui est également avocat, propose d’inspirer la législation canadienne sur ce modèle britannique pour mieux protéger les consommateurs.
Le sondage révèle des différences marquées entre les jeunes adultes (18-34 ans) et les personnes de 55 ans et plus concernant la perception des fraudes. Par exemple, 91 % des plus de 55 ans estiment que les banques devraient rembourser les victimes, contre seulement 79 % des jeunes adultes. De plus, 79 % des 55 ans et plus se disent personnellement inquiets par la fraude bancaire, contre 67 % des 18-34 ans. Alexandre Plourde émet l’hypothèse que les jeunes pourraient être plus insouciants face à ces risques, peut-être en raison d’une confiance accrue dans les technologies ou d’une méconnaissance des dangers. Cependant, il rappelle que personne n’est à l’abri, quel que soit son âge, face à des fraudes de plus en plus sophistiquées.

