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Programmes déclarés « sérieux » ou « intenables » : rendre les hypothèses économiques discutables est un enjeu démocratique pour 2027

Source unique·il y a 4 j

En 2027, les programmes économiques des candidats à la présidentielle seront évalués à l’aune de modèles macroéconomiques dont les hypothèses, souvent invisibilisées, prédéterminent ce qui sera jugé « sérieux » ou « intenable ». Cet arbitrage technique, loin d’être neutre, pose un défi démocratique majeur : comment rendre discutables les choix de modélisation qui façonnent l’espace des possibles politiques avant même que le débat public ne s’engage ?

Pourquoi les modèles macroéconomiques utilisés pour évaluer les programmes politiques ne sont-ils pas neutres ?

Ces modèles reposent sur des hypothèses techniques — comme la représentation d’un « agent représentatif » ou la rigidité des salaires — qui orientent les résultats en faveur de certaines politiques plutôt que d’autres. Par exemple, un modèle supposant une économie déjà à plein régime conclura qu’un investissement dans la transition écologique réduit l’activité ailleurs, tandis qu’un modèle intégrant des capacités inutilisées y verra un levier de croissance. Ces choix, rarement exposés au débat, transforment des questions politiques en verdicts économiques.

Quels écarts concrets ont déjà révélé ces modèles lors d’évaluations passées ?

En 2022 et 2024, deux modèles appliqués à des programmes similaires de gauche ont abouti à des conclusions opposées sur l’impact sur la dette publique : l’un prévoyait une hausse de plus de cinq points de PIB, l’autre une baisse de dix points. Ces divergences s’expliquent principalement par des différences dans la structure des modèles et leurs hypothèses sous-jacentes, restées largement hors du débat public.

Quels acteurs institutionnels mobilisent ces modèles en France, et comment cela influence-t-il les politiques publiques ?

En France, ces outils sont utilisés par les ministères, l’Insee, la Banque de France ou des laboratoires de recherche pour évaluer les réformes avant leur mise en œuvre. Leur adoption par ces institutions contribue à définir le champ des politiques jugées réalistes, en légitimant certains scénarios économiques au détriment d’autres, sans que les hypothèses fondatrices ne soient systématiquement questionnées.

Comment rendre ces modèles plus démocratiques, selon l’article ?

L’article propose deux pistes : d’abord, instaurer une transparence totale via un inventaire public des modèles employés, documentés par des fiches détaillant leurs hypothèses, limites et conditions de calibration ; ensuite, privilégier le pluralisme en confrontant systématiquement plusieurs traditions de modélisation, comme le fait déjà l’IPBES pour les questions écologiques. L’objectif est de rendre lisibles les choix techniques qui sous-tendent les évaluations économiques.

Ce que ça pourrait changer

Si ces propositions étaient mises en œuvre, les programmes politiques pourraient être évalués sur la base de critères explicites et contestables, réduisant l’arbitraire des verdicts économiques. À l’inverse, leur absence risque de perpétuer une technocratie où les débats démocratiques se trouvent préemptés par des modèles dont les biais restent invisibles. À l’approche de 2027, la question n’est plus seulement technique, mais bien politique : qui contrôle la fabrique des hypothèses économiques qui structurent le débat public ?

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