Le bore-out : quand l’ennui au travail devient une souffrance invisible
Longtemps éclipsé par le burn-out, le bore-out émerge comme une souffrance psychique aussi insidieuse que sous-estimée. Derrière l’ennui chronique et le sentiment d’inutilité se cache un risque psychosocial dont les mécanismes organisationnels restent méconnus. Comment un manque de stimulation professionnelle peut-il produire des effets comparables à ceux d’une surcharge de travail, et pourquoi ce phénomène peine-t-il à être reconnu ?
Qu’est-ce que le bore-out et en quoi diffère-t-il du burn-out ?
Le bore-out désigne un épuisement psychologique lié à l’insuffisance, la monotonie ou l’absence de sens au travail, contrairement au burn-out qui résulte d’une surcharge. Les deux partagent pourtant des conséquences similaires : fatigue émotionnelle, anxiété, désengagement et parfois des symptômes dépressifs. Leur point commun réside aussi dans la culpabilité éprouvée par les salariés, qu’elle soit liée à l’incapacité de « tenir » ou, à l’inverse, à l’absence de tâches stimulantes.
Quelles sont les causes organisationnelles du bore-out identifiées par les témoignages ?
Les salariés pointent principalement la sous-charge de travail, marquée par des périodes creuses après des pics d’activité, ainsi qu’un management inadéquat qui ne distribue pas les tâches de manière équilibrée. D’autres facteurs incluent des horaires fixes déconnectés de l’activité réelle, des tâches répétitives, une absence de reconnaissance ou un décalage entre les compétences des salariés et les missions confiées. Ces éléments révèlent une organisation du travail qui peine à donner du sens ou à exploiter les ressources disponibles.
Qui sont les profils les plus vulnérables au bore-out selon l’article ?
Les salariés surqualifiés ou en quête de stimulation cognitive sont particulièrement exposés, tout comme les jeunes diplômés confrontés à des tâches routinières. Cependant, le bore-out ne se limite pas à ces profils : des employés sans sentiment de surqualification mais en quête d’utilité ou de défis peuvent aussi en souffrir, soulignant que le phénomène relève davantage d’un désajustement entre les attentes individuelles et l’organisation du travail que d’un problème individuel.
Pourquoi le bore-out reste-t-il une souffrance invisible dans les entreprises ?
Le bore-out est difficile à exprimer dans des organisations où la surcharge de travail est valorisée et où manquer d’activité est perçu comme un privilège ou une faiblesse. Les salariés craignent d’être jugés par leurs supérieurs ou leurs collègues, ce qui les pousse à taire leur malaise. Cette invisibilisation est renforcée par une vision quantitative du travail, où l’absence de tâches est moins légitime que leur excès, alors qu’elle peut générer un profond mal-être.
Ce que ça pourrait changer
La reconnaissance du bore-out pourrait contraindre les entreprises à repenser la distribution des tâches, l’adéquation entre compétences et missions, et la reconnaissance de l’utilité du travail. À l’ère du télétravail et de l’automatisation, ce risque psychosocial pourrait devenir un enjeu majeur pour la santé mentale des salariés et la performance des organisations, si les modèles traditionnels de gestion du temps et de l’activité ne sont pas revisités.

