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DROIT

Bail commercial et restauration : jusqu'où le bailleur peut-il encadrer la carte du locataire ? Par Baptiste Robelin, Avocat.

Source unique·il y a 3 j

La liberté d’exploitation d’un restaurateur en bail commercial se heurte souvent à la rigidité des clauses de destination, comme le rappelle un arrêt récent de la Cour d’appel de Montpellier. Cette décision interroge moins le principe de l’encadrement contractuel que ses limites : jusqu’où le bailleur peut-il dicter la carte d’un locataire sans étouffer son activité économique ? Entre protection des intérêts du propriétaire et impératifs de flexibilité commerciale, l’équilibre juridique se joue sur la précision des stipulations et la réalité des manquements.

Quelle était la nature exacte des produits commercialisés par le locataire qui ont conduit à la résiliation du bail ?

Le locataire avait développé une offre incluant des hamburgers, des wraps, des paninis et des préparations de viandes ou poissons grillés, alors que le bail autorisait uniquement des pizzas, pâtes, salades, frites, préparations au four, crêpes et glaces. Les juges ont estimé que ces produits excédaient les limites contractuelles, malgré leur appartenance globale à la restauration rapide.

Pourquoi le manquement du bailleur à son obligation de délivrance n’a-t-il pas empêché la résiliation du bail ?

Le bailleur avait remis un local dont l’installation électrique ne permettait pas l’utilisation d’un four professionnel, alors que cette activité était expressément prévue au bail. Pourtant, la cour a confirmé la résiliation pour violation de la destination contractuelle, car le commandement visant cette clause résolutoire n’avait pas été régularisé dans le délai d’un mois. Le manquement du bailleur n’a donc pas neutralisé les conséquences de l’activité non autorisée.

Quels sont les risques pour un restaurateur souhaitant élargir sa carte sans modifier la destination contractuelle ?

Un élargissement de l’offre, même au sein de la même catégorie économique, peut être considéré comme une violation de la destination contractuelle si les produits ne sont pas expressément autorisés. Le restaurateur s’expose alors à un commandement visant la clause résolutoire, avec un délai d’un mois pour régulariser, sous peine de résiliation. La procédure de déspécialisation partielle peut offrir une solution, mais elle nécessite une analyse préalable des activités connexes ou complémentaires.

Dans quelles conditions une clause de destination restrictive peut-elle servir à protéger les intérêts commerciaux du bailleur ?

Une clause de destination peut être utilisée pour délimiter les produits commercialisables par le locataire, notamment lorsque le bailleur exploite lui-même une activité concurrente dans un local voisin. Cependant, la cour n’a pas analysé cette stipulation sous l’angle du droit de la concurrence, se limitant à constater son respect ou son non-respect. Une telle restriction peut donc produire des effets concurrentiels indirects, sans pour autant être explicitement qualifiée de clause de non-concurrence.

Ce que ça pourrait changer

Cette décision souligne l’importance d’une rédaction contractuelle précise et anticipée, notamment pour les restaurateurs dont l’offre évolue rapidement. Elle rappelle aussi que les manquements des deux parties doivent être évalués séparément, sans que l’un n’efface automatiquement l’autre. Pour les praticiens, elle met en garde contre une interprétation trop large des activités autorisées et contre la sous-estimation des contraintes techniques des locaux.

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