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DROIT

La persistance de la spécialité législative en matière de sécurité sociale à Saint-Pierre-et-Miquelon. Par Guy Prosper Haba, Juriste.

Source unique·il y a 13 j

L’application du droit de la Sécurité sociale à Saint-Pierre-et-Miquelon illustre les tensions persistantes entre identité législative et spécialité normative, malgré la départementalisation de 1976 et la révision constitutionnelle de 2003. L’analyse révèle comment un régime local autonome, structuré autour de la Caisse de prévoyance sociale (CPS), résiste à l’unification juridique, révélant les limites d’une intégration législative superficielle et les ambiguïtés persistantes dans l’articulation entre normes nationales et règles territoriales.

Pourquoi Saint-Pierre-et-Miquelon conserve-t-il un régime de Sécurité sociale distinct malgré son statut de département d’outre-mer depuis 1976 ?

La départementalisation de 1976 n’a pas entraîné l’application automatique du droit commun de la Sécurité sociale, en raison de l’ordonnance du 26 septembre 1977 qui a créé un régime local autonome géré par la CPS. Cette architecture normative a été maintenue par la suite, notamment après la révision constitutionnelle de 2003 et la loi organique de 2007, qui ont pourtant affirmé le principe d’identité législative. L’ordonnance de 2026, en modifiant l’article L111-2 du Code de la Sécurité sociale, confirme même explicitement que l’archipel n’était pas intégré au champ d’application général du Code avant cette réforme.

Quels sont les principaux acteurs impliqués dans le débat sur l’application du droit de la Sécurité sociale à Saint-Pierre-et-Miquelon ?

Le débat oppose principalement la doctrine juridique, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) — dont le rapport de 2020 prônait une lecture extensive de l’identité législative —, les parlementaires — notamment lors de la question orale à l’Assemblée nationale en novembre 2020 —, et les institutions administratives comme le Conseil d’État, dont l’avis de 2024 a clarifié l’articulation entre identité législative et spécialité normative. La CPS, en tant qu’organisme gestionnaire du régime local, joue également un rôle central dans les revendications pour une reconnaissance légale de sa spécificité.

Quelles zones d’ombre subsistent malgré l’ordonnance de 2026 et la jurisprudence récente ?

L’ordonnance de 2026, bien qu’elle consacre explicitement l’appartenance de Saint-Pierre-et-Miquelon au champ d’application du Code de la Sécurité sociale, ne lève pas toutes les ambiguïtés. Elle prévoit en effet une entrée en vigueur échelonnée jusqu’en 2035, laissant en suspens les modalités concrètes d’application des textes réglementaires. Par ailleurs, le principe dégagé par le Conseil d’État en 2024 — selon lequel l’extension d’une disposition législative ne dispense pas d’une mention expresse pour ses décrets d’application — maintient une source potentielle d’incertitude pour les assurés et les employeurs.

Ce que ça pourrait changer

Cette persistance de la spécialité législative pourrait prolonger les disparités dans l’accès aux droits sociaux entre Saint-Pierre-et-Miquelon et la métropole, tout en alimentant des contentieux sur l’interprétation des normes applicables. Elle interroge aussi la cohérence d’un système où l’identité législative, affirmée sur le papier, se heurte à des réalités institutionnelles et normatives ancrées. À plus long terme, cette situation pourrait justifier une refonte plus ambitieuse du cadre juridique, ou au contraire renforcer les arguments en faveur d’un maintien du statu quo pour préserver les spécificités locales.

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