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DROIT

L'indemnisation des victimes d'agression par un auteur non identifié. Par Frédéric Roussel, Avocat.

Source unique·il y a 1 j

L’indemnisation des victimes d’agression dont l’auteur reste inconnu soulève des défis structurels et procéduraux qui révèlent les limites d’un système judiciaire sous tension. Entre carences policières, arbitraire des classements sans suite et résistance systémique du Fonds de garantie, les victimes se heurtent à un parcours semé d’embûches, où la reconnaissance de leur statut et l’accès à une réparation équitable dépendent autant de la rigueur des procédures que de la persévérance individuelle.

Quels sont les principaux écueils rencontrés par les victimes lors de la phase d’enquête policière ?

Les victimes se heurtent à des obstacles récurrents : déclarations initiales impossibles en raison des transferts aux urgences, constats d’infraction maladroits ou incomplets, absence de caméras de surveillance exploitables, manque de témoins ou refus de déposer, voire faux témoignages. À cela s’ajoute un phénomène d’enterrement des enquêtes, conséquence directe du volume écrasant de dossiers (473.000 en 2025) et d’un manque criant de moyens, qui réduit drastiquement les chances d’aboutir à une identification de l’auteur.

Quels recours s’offrent aux victimes lorsque le parquet classe sans suite leur affaire ?

Une victime peut solliciter un réexamen de la décision via un recours gracieux adressé au parquet, puis, en cas d’échec, engager un recours hiérarchique auprès du procureur général. Une autre option consiste à déposer une plainte avec constitution de partie civile à l’issue d’un délai de trois mois suivant la plainte initiale, permettant ainsi de saisir un juge d’instruction. Ces démarches, bien qu’elles ne garantissent pas l’identification de l’auteur, renforcent le statut de victime et ouvrent la voie à une indemnisation.

Pourquoi le Fonds de garantie des victimes (FGTI) oppose-t-il systématiquement des obstacles à l’indemnisation ?

Le FGTI justifie ses refus ou réductions d’indemnisation en invoquant des motifs liés aux carences de la procédure : absence d’identification formelle de l’auteur, classement sans suite, durée jugée excessive de l’enquête, ou doute sur la matérialité des faits. Ces arguments, souvent fondés sur les mêmes lacunes policières ou judiciaires qui ont entravé l’enquête, servent à minimiser l’indemnisation au nom d’une « solidarité nationale » dont les victimes devraient, paradoxalement, être exclues.

Quels sont les critères légaux pour prétendre à une indemnisation via la CIVI, et quels sont les pièges à éviter ?

Pour saisir la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI), la victime doit prouver que l’infraction relève de faits volontaires (agression, tentative d’homicide) ou involontaires (négligence) ayant entraîné une incapacité permanente ou un ITT d’au moins un mois, ou la mort. Les pièges résident dans le délai de trois ans à respecter pour la saisine, ainsi que dans l’obligation de contrer les observations du FGTI, qui exploitent systématiquement les failles de la procédure pour contester la recevabilité ou le montant des préjudices.

Ce que ça pourrait changer

Ces dysfonctionnements risquent d’aggraver la défiance des victimes envers les institutions, tout en creusant les inégalités d’accès à la justice. À l’échelle collective, ils interrogent l’efficacité d’un système où la charge de la preuve pèse disproportionnellement sur les épaules des victimes, tandis que les mécanismes de solidarité nationale se transforment en obstacles bureaucratiques. La persistance de ces carences pourrait, à terme, alimenter des réformes ciblant les moyens alloués aux enquêtes ou les garanties procédurales offertes aux plaignants.

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