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DROIT

[Point de vue] La transformation de l'autorité judiciaire en pouvoir judiciaire par l'établissement d'une légitimité populaire propre. Par Marc Salomone.

Source unique·il y a 12 j

L’autorité judiciaire française, traditionnellement perçue comme un pouvoir neutre et indépendant, se trouve aujourd’hui confrontée à une exigence de légitimité démocratique plus directe. Dans une société où le droit s’impose comme un langage central des rapports sociaux et politiques, l’auteur interroge les fondements constitutionnels permettant à la justice de devenir un pouvoir judiciaire à part entière, distinct mais complémentaire des autres branches de l’État. Cette transformation soulève une question cruciale : comment concilier l’indépendance des juges avec une légitimité puisée dans le suffrage universel, sans altérer la fonction juridictionnelle ?

Pourquoi l’auteur estime-t-il que la garantie constitutionnelle actuelle de l’indépendance de la justice n’est plus suffisante ?

L’auteur considère que la simple affirmation constitutionnelle de l’indépendance de la justice ne suffit plus à garantir sa crédibilité sociale, notamment face à l’influence croissante du droit européen et international. Il propose d’y ajouter une légitimité populaire directe, via le suffrage universel, pour fonder l’autorité du pouvoir judiciaire sur une base démocratique propre, distincte de celle des autres pouvoirs.

Quelle institution serait chargée de porter cette nouvelle légitimité démocratique du pouvoir judiciaire, et pourquoi la Cour de cassation plutôt qu’une autre ?

L’auteur propose que la Cour de cassation devienne l’institution centrale du pouvoir judiciaire, élue par le suffrage universel direct. Ce choix s’appuie sur sa continuité historique avec la justice française, malgré la rupture révolutionnaire, et sur sa position actuelle comme sommet de l’ordre judiciaire. Elle incarnerait ainsi une légitimité à la fois institutionnelle et populaire, sans rompre avec l’unité de la magistrature.

Comment l’auteur envisage-t-il les rapports entre le nouveau pouvoir judiciaire et le pouvoir politique, notamment en matière de politique pénale ?

L’auteur distingue trois régimes : la politique pénale relève du pouvoir politique, qui en fixe les orientations générales, tandis que le pouvoir judiciaire en assure la mise en œuvre sans ingérence politique dans les affaires particulières. Le ministre peut discuter ou demander des comptes, mais ne peut donner d’instructions individuelles aux magistrats. Cette séparation vise à préserver l’indépendance de la justice tout en maintenant une collaboration institutionnelle.

Quel rôle jouerait le Conseil constitutionnel dans ce nouveau schéma, et pourquoi son intégration au pouvoir judiciaire est-elle présentée comme une conséquence logique ?

L’auteur propose que la Cour de cassation absorbe les compétences du Conseil constitutionnel, notamment le contrôle de constitutionnalité des lois et le contentieux électoral. Cette intégration est justifiée par le fait que le nouveau pouvoir judiciaire, doté d’une légitimité démocratique propre, rend moins acceptable la composition actuelle du Conseil, où les membres sont nommés par des autorités politiques. La justice constitutionnelle deviendrait ainsi pleinement judiciaire.

Ce que ça pourrait changer

Si ce modèle était adopté, il pourrait profondément redéfinir l’équilibre des institutions françaises en conférant à la justice une autonomie inédite, tout en complexifiant les relations entre pouvoirs. Cela interroge la capacité des citoyens à s’approprier un pouvoir judiciaire élu, dont les décisions resteraient par ailleurs strictement encadrées par la loi. La mise en œuvre soulèverait également des défis pratiques, comme la gestion des conflits de légitimité entre le ministre de la Justice et les magistrats élus.

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