Contestation des honoraires de l'avocat par un client « mauvais perdant » dans le cadre d'une procédure. Par Laurent Latapie, Avocat.
La taxation des honoraires d’avocat par un client insatisfait soulève des questions sur l’équilibre entre la protection des droits des justiciables et le respect des conventions professionnelles. Un arrêt rendu par le Premier président de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence illustre comment les tribunaux arbitrent ces litiges, tout en révélant les limites d’une contestation fondée sur l’insatisfaction plutôt que sur des manquements avérés.
Quels sont les faits déclencheurs de la contestation des honoraires dans cette affaire ?
Un client, monsieur H, a saisi le bâtonnier puis le Premier président de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence pour contester les honoraires de son avocat, Me L, après avoir payé 1 800 € TTC conformément à une convention d’honoraires signée en juillet 2020. Le client a ensuite changé d’avocat en cours de procédure et a refusé de justifier le sort final de la procédure, suggérant qu’il l’a perdue, sans pour autant imputer cet échec à des manquements de son premier conseil.
Pourquoi la convention d’honoraires joue-t-elle un rôle central dans ce litige ?
La convention d’honoraires signée entre monsieur H et Me L prévoyait explicitement que, en cas de dessaisissement de l’avocat, le client devait régler les honoraires, frais et débours dus pour les diligences accomplies avant le dessaisissement. Cette clause a été appliquée, car monsieur H a changé d’avocat avant la fin de la mission de Me L, rendant les honoraires contractuels opposables malgré la contestation ultérieure.
Comment le Premier président a-t-il évalué la légitimité des honoraires réclamés ?
Le Premier président a confirmé le montant des honoraires à 1 800 € TTC après avoir analysé les diligences accomplies par Me L : ouverture du dossier, analyse des pièces, rédaction d’une assignation, échanges de correspondances, rédaction de conclusions et envoi du dossier au nouveau conseil. Ces tâches, estimées à 6h30 de travail, ont été valorisées à un taux horaire de 200 € HT, soit un total de 1 350 € HT, auquel s’ajoutait 150 € HT pour l’envoi du dossier, conformément à la convention.
Pourquoi la demande de réduction subsidiaire des honoraires a-t-elle été rejetée ?
La demande subsidiaire de monsieur H, visant à réduire les honoraires à 600 € TTC, a été rejetée car elle n’était pas suffisamment étayée. Le Premier président a estimé que le montant réclamé par Me L, basé sur une convention écrite et des diligences avérées, n’apparaissait pas disproportionné au regard des usages professionnels et de la complexité de l’affaire.
Ce que ça pourrait changer
Cette affaire rappelle que les clients ne peuvent contester les honoraires d’un avocat sur la seule base de leur insatisfaction quant au résultat d’une procédure, surtout lorsque celle-ci a été abandonnée ou transférée à un autre conseil. Elle souligne aussi l’importance des conventions d’honoraires écrites, qui protègent les professionnels contre les contestations tardives ou infondées. Enfin, elle met en lumière la difficulté pour les tribunaux de trancher des litiges où le client refuse de communiquer le sort final de sa propre procédure, ce qui peut fausser l’appréciation des responsabilités.

