National Post crosses dangerous line by publishing call for violence against NDP leader
Avi Lewis is not the threat that needs to be ‘dealt with’ — Postmedia is The post National Post crosses dangerous line by publishing call for violence against NDP leader appeared first on Ricochet..
Un journal responsable ne doit jamais banaliser la frontière entre critiquer un adversaire politique et le présenter comme une menace à éliminer. Le National Post a franchi cette ligne dans un article d’opinion de Yoni Goldstein intitulé « Jewish law tells us how to deal with Avi Lewis », publié le 3 octobre 2026. L’auteur y compare Avi Lewis, leader du Nouveau Parti Démocratique (NPD) canadien, à un rodef dans le cadre du droit juif traditionnel. Un rodef désigne une personne qui menace activement de tuer ou de causer un grave préjudice à autrui, et le din rodef (« loi du poursuivant ») impose à la communauté d’intervenir pour stopper cette menace immédiate. Goldstein y décrit Lewis comme une « menace claire et présente pour la communauté juive » et évoque les solutions traditionnelles à appliquer face à ce danger. Cette approche dépasse largement une critique politique ordinaire et introduit des implications bien plus graves.
L’article de Goldstein ne contient pas d’appel explicite à la violence, mais le National Post a failli à sa responsabilité éditoriale en publiant un texte aux conséquences potentiellement dangereuses. Un journal doit évaluer non seulement le sens littéral d’un texte, mais aussi les associations historiques et les interprétations que les lecteurs pourraient en tirer. Par exemple, avant l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, des extrémistes religieux l’avaient qualifié de rodef et de moser (traître) en raison de ses positions sur le processus de paix d’Oslo. Son assassin, Yigal Amir, a ensuite justifié son acte en invoquant le din rodef. Le National Post a donc reproduit un vocabulaire directement lié à un précédent tragique de violence politique. Le journal ne peut se contenter de vérifier l’absence d’instruction explicite à nuire : il doit anticiper les interprétations possibles de ses lecteurs.
Goldstein utilise le récit biblique de Korach, dont la rébellion contre Moïse s’est soldée par un châtiment divin, pour étayer son argumentaire. Il place Avi Lewis dans ce cadre en le présentant comme un « danger pour la communauté juive ». Cette construction rhétorique ne se limite pas à une critique des positions politiques de Lewis sur Israël ou le sionisme : elle suggère que la loi juive offre des solutions pour « gérer » une telle menace. Lewis, lui-même juif et anti-sioniste, est une figure politique canadienne controversée. Certaines organisations juives canadiennes, comme le Centre for Israel and Jewish Affairs (CIJA), ont critiqué ses positions, tandis que d’autres, comme Independent Jewish Voices Canada, les défendent. Ces désaccords relèvent du débat démocratique, mais les transformer en questions de légitimité religieuse ou de danger communautaire franchit une ligne rouge. Le texte ne vise pas seulement à contester des idées, mais à délégitimer un adversaire en le situant dans un cadre religieux associé à la violence.
Pour illustrer l’inadéquation de l’article du National Post, l’auteure Samira Mohyeddin propose une comparaison : imaginez qu’un journal publie un texte invoquant la charia pour expliquer comment « gérer » Pierre Poilievre en raison de ses opinions politiques. La question ne se limiterait pas à savoir si l’auteur avait explicitement appelé à la violence. Les Canadiens pourraient légitimement s’interroger sur la pertinence de placer un leader politique dans un cadre religieux visant à neutraliser des menaces perçues. Le National Post a fait de même en utilisant des concepts juifs traditionnels pour décrire Lewis comme une menace. Cette logique éditoriale pose un problème de cohérence : pourquoi accepter ce type de discours pour certains leaders et pas pour d’autres ? Le principe devrait être le même, quel que soit le personnage visé ou la tradition religieuse invoquée.
Le National Post appartient à Postmedia Network Inc., le plus grand groupe de médias du Canada, majoritairement détenu (à 66 %) par le fonds d’investissement américain Chatham Asset Management, lui-même contrôlé par le milliardaire républicain Anthony Melchiorre, un important donateur du Parti républicain aux États-Unis. Postmedia possède et gère plus de 130 titres de presse au Canada et a reçu 1 112 599 $ du Fonds des périodiques du gouvernement canadien pour l’exercice 2024-2025, selon les comptes publics du Canada. En 2025, le groupe a également bénéficié de plus de 900 000 $ de financements publics via le ministère du Patrimoine canadien et le Fonds des périodiques. Ces fonds publics, qui soutiennent la viabilité économique de Postmedia, rendent légitime la question de la responsabilité éditoriale du groupe. En 2021, le PDG Andrew MacLeod avait d’ailleurs reconnu que sans ce soutien gouvernemental, l’entreprise ne serait probablement pas rentable, qualifiant les dollars des contribuables de « piliers clés » de sa stratégie commerciale.
Le financement public ne donne pas au gouvernement le droit de dicter le contenu des médias, mais il donne aux Canadiens le droit de s’interroger sur les normes éditoriales des organisations qui en bénéficient. En publiant un article qui place un leader politique vivant dans un cadre religieux associé à la violence, le *National Post* a franchi une limite importante. Les mots, la mémoire historique et le contexte comptent, surtout lorsqu’ils sont publiés par un grand quotidien national. Le journal a le droit de critiquer Avi Lewis et ses positions sur Israël, le sionisme ou Gaza, mais il existe une différence fondamentale entre dire qu’un politicien a tort et le décrire comme une menace que la loi religieuse exige de « gérer ». La responsabilité éditoriale est d’autant plus cruciale lorsque le vocabulaire utilisé a un passé documenté de lien avec la violence politique. Le *National Post* peut publier des opinions, mais il ne peut échapper à sa responsabilité en apposant simplement le mot « opinion » en haut de la page.

