L'Asie du Sud-Est étouffe sous un brouillard toxique, mais qui sont les responsables?
Alors que l'Indonésie est confrontée à sa pire saison des incendies depuis dix ans, un smog toxique étouffe des millions d'habitants de la région. Les entreprises qui défrichent les terres par le feu auraient leur part de responsabilité..
Depuis plusieurs semaines, l’Asie du Sud-Est est enveloppée dans un épais brouillard toxique, principalement sur les îles indonésiennes de Kalimantan (Bornéo) et Sumatra. L’air y a pris une teinte ambrée inquiétante, et la qualité de l’air a atteint des niveaux dangereux, classés comme très malsains ou dangereux par les autorités sanitaires. Ce smog, mélange de fumée et de particules fines, s’est propagé bien au-delà des frontières indonésiennes, affectant notamment Singapour et la Malaisie. Dans ces pays, des écoles ont dû fermer temporairement en raison des risques pour la santé des enfants, et des monuments emblématiques comme ceux de Singapour sont recouverts d’une couche de pollution visible. Ce phénomène s’inscrit dans une saison sèche particulièrement intense, aggravée par le phénomène climatique El Niño, qui favorise les incendies et la persistance des fumées.
Les incendies ravageant les forêts et les tourbières indonésiennes sont principalement liés à une pratique agricole appelée défrichement par brûlis. Traditionnellement utilisée par les petits agriculteurs pour enrichir les sols en nutriments avant de planter, cette méthode consiste à brûler la végétation. Cependant, son échelle a considérablement augmenté ces dernières années, avec des entreprises agricoles défrichant des milliers d’hectares pour cultiver des cultures comme l’huile de palme. Selon une plateforme de surveillance forestière indépendante, plus d’1 million de foyers d’incendie ont été recensés depuis le début de l’année 2026, brûlant 900 000 hectares de terres. Ces feux, souvent illégaux, sont devenus un enjeu majeur de pollution transfrontalière, affectant des millions de personnes dans la région.
Les autorités indonésiennes pointent du doigt les grandes entreprises agricoles, accusées d’être les principales responsables des incendies. Le président indonésien Prabowo Subianto a qualifié cette pratique de «terrorisme écologique», soulignant son caractère destructeur et illégal. En réponse, Jakarta a annoncé la suspension des licences d’exploitation de 26 entreprises liées aux feux de forêt et a ouvert des enquêtes pour identifier les responsables. Un rapport de Greenpeace publié le 5 octobre 2026 révèle que des sociétés basées à Singapour et en Malaisie sont également impliquées, possiblement via des parcelles situées en Indonésie. Par exemple, plus de 30 départs de fumée ont été recensés entre août et septembre sur des terres appartenant à First Resources, une entreprise singapourienne spécialisée dans l’huile de palme. Cette dernière affirme appliquer une politique de zéro brûlage et mettre en place des mesures de prévention.
Face à la récurrence des fumées toxiques, des actions en justice ont été engagées contre le gouvernement indonésien. À Pontianak, dans la province de Kalimantan occidental, des habitants ont intenté une action collective contre les autorités, les accusant de «négligence grave». Les plaignants demandent que le smog soit reconnu comme une «catastrophe nationale», ce qui permettrait de déclencher des mesures d’urgence, comme la prise en charge des frais médicaux pour les personnes affectées par la pollution. Sur le terrain, des millions de personnes, comme Imrayedi, un chauffeur de taxi-moto de 63 ans à Kalimantan, subissent quotidiennement les conséquences de cette pollution. Il déclare souffrir de maux de tête et de difficultés respiratoires, tout en étant contraint de travailler pour subvenir à ses besoins. Malgré les efforts des autorités, la situation reste critique pour les populations locales, qui réclament des solutions durables.
Le gouvernement indonésien tente de répondre à la crise en durcissant les sanctions contre le défrichement par brûlis. En plus de la suspension des licences pour 26 entreprises, des enquêtes sont en cours pour identifier et punir les acteurs responsables. Le président a également appelé à une application plus stricte des lois existantes, bien que la mise en œuvre reste un défi. Cependant, les critiques soulignent que les mesures actuelles se concentrent principalement sur les grandes entreprises, tandis que les petits agriculteurs, qui pratiquent traditionnellement le brûlis à petite échelle, continuent d’être stigmatisés. La question de la responsabilité partagée, notamment avec les entreprises étrangères impliquées, reste un sujet de débat, tant au niveau national qu’international.

