National Post crosses dangerous line by publishing call for violence against NDP leader
La publication d’un éditorial du National Post associant le leader néo-démocrate Avi Lewis à des concepts de droit juif comme rodef et moser, traditionnellement liés à la légitimation de la violence, soulève une question cruciale : jusqu’où peut-on instrumentaliser le sacré pour diaboliser un adversaire politique sans franchir une ligne rouge éditoriale et démocratique ? Cet épisode illustre les tensions entre liberté de la presse, responsabilité médiatique et risques de radicalisation du débat public, dans un contexte où les médias bénéficient de fonds publics.
Quels concepts religieux ont été mobilisés dans l’éditorial du National Post et pourquoi leur usage est-il problématique ?
L’article de Yoni Goldstein, publié par le National Post, utilise les notions de rodef (une personne considérée comme une menace mortelle selon le droit juif) et de moser (un traître à la communauté juive) pour décrire Avi Lewis. Ces concepts, historiquement associés à des appels à l’intervention violente, ont été utilisés avant l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995 par un extrémiste invoquant le din rodef. Leur invocation à l’encontre d’un leader politique canadien, même sous couvert de critique, dépasse le cadre d’un désaccord politique pour entrer dans une logique de désignation d’un ennemi existentiel, avec des implications potentiellement dangereuses.
Pourquoi la question des fonds publics reçus par le National Post est-elle centrale dans ce débat ?
Le National Post, propriété de Postmedia (majoritairement détenue par un fonds américain proche de donateurs républicains), a reçu plus de 1,1 million de dollars canadiens du Canada Periodical Fund en 2024-2025, ainsi que plus de 900 000 dollars en 2025 via le ministère du Patrimoine canadien. Ces subventions publiques, qualifiées par le PDG d’Andrew MacLeod de « piliers » de la stratégie financière du groupe, transforment la question de l’éditorialisation en enjeu de responsabilité démocratique : un média bénéficiant de fonds étatiques doit-il être jugé à l’aune de standards éditoriaux plus stricts, notamment lorsqu’il publie des rhétoriques à haut risque de radicalisation ?
Quelle est la position d’Avi Lewis dans le débat sur le sionisme et comment ce contexte influence-t-il la polémique ?
Avi Lewis, leader du NPD et figure politique canadienne, se définit publiquement comme un juif anti-sioniste. Ses positions sur Israël et le sionisme sont vivement critiquées par des organisations comme le Centre for Israel and Jewish Affairs (CIJA), tandis que d’autres, comme Independent Jewish Voices Canada, défendent la légitimité de ses prises de position. Cette controverse illustre la fracture au sein des communautés juives canadiennes sur la définition de l’antisémitisme et la légitimité du débat sur le sionisme, un sujet où la frontière entre critique politique et attaque identitaire reste floue.
Ce que ça pourrait changer
Cette affaire pourrait accélérer les demandes de transparence et de responsabilité éditoriale pour les médias recevant des fonds publics, avec un risque de censure ou d’autorégulation accrue. Elle met aussi en lumière la vulnérabilité des démocraties face à l’instrumentalisation du sacré dans le débat politique, où la rhétorique peut déraper vers la violence symbolique ou réelle. Enfin, elle interroge la capacité des médias à concilier liberté d’expression et devoir de modération, dans un contexte de polarisation croissante.

