IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises
Alors que les suspicions sur les méthodes d’entraînement des systèmes d’IA se multiplient, des libraires d’occasion du Royaume-Uni et d’Irlande signalent des séries d’achats de lots de livres sans cohérence éditoriale. Au Royaume-Uni et en Irlande, des librairies de seconde main ont reçu des commandes étonnantes d’acheteurs installés aux États-Unis, au Canada, en Europe continentale […].
Depuis mai 2026, des librairies d’occasion au Royaume-Uni et en Irlande reçoivent des commandes inhabituelles de la part d’acheteurs situés aux États-Unis, au Canada, en Europe continentale et au Royaume-Uni. Contrairement aux achats habituels qui suivent une logique thématique ou commerciale, ces commandes mélangent des livres de tous types et de toutes époques, sans cohérence apparente. Par exemple, une commande a demandé une traduction estonienne du Chant de la mission de John Le Carré ainsi qu’une édition de 1983 d’Agnes Grey d’Anne Brontë, telle que parue dans un magazine spécialisé. Les libraires soulignent que ces achats ne correspondent à aucune tendance du marché du livre d’occasion, comme si un humain ou une machine fouillait aléatoirement dans les rayons.
Parmi les acheteurs identifiés, la société canadienne Zoom Books se distingue par ses commandes répétées en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis, en Australie et ailleurs. Cette entreprise se spécialise dans le scan de livres, une opération qui détruit systématiquement les ouvrages après numérisation. Zoom Books a nié toute implication dans l’entraînement de systèmes d’intelligence artificielle (IA), sans pour autant préciser à quelles sociétés elle fournit ses services. Cette pratique interroge, car elle pourrait servir à alimenter des bases de données textuelles pour entraîner des modèles d’IA, bien que l’entreprise n’ait pas confirmé cette hypothèse.
En janvier 2026, le Washington Post a révélé que l’entreprise Anthropic, éditrice du modèle d’IA Claude, avait acquis et détruit des millions de livres pour les scanner et entraîner ses systèmes. Ce projet, nommé Panama en interne, a débuté en 2024 avec pour objectif d’améliorer la qualité des réponses de Claude, en évitant le langage internet de mauvaise qualité. Anthropic a d’abord collaboré avec des groupes de revente de livres comme World of Books (Royaume-Uni) et Better World Books (États-Unis), puis avec des prestataires spécialisés dans la numérisation industrielle. Les livres étaient découpés pour extraire leurs pages, qui étaient ensuite scannées une à une.
Anthropic a été poursuivie par un groupe d’auteurs pour avoir utilisé leurs œuvres sans autorisation pour entraîner ses modèles d’IA. En août 2026, l’entreprise a accepté de verser environ 1,3 milliard d’euros pour éviter un procès. Malgré cet accord, le juge William Aslup a estimé que l’utilisation de livres pour entraîner une IA relevait du fair use (une exception au droit d’auteur dans certains pays, comme les États-Unis), ce qui signifie que cette pratique pourrait être légale. Anthropic prévoit une introduction en bourse à l’automne 2026, avec une valorisation potentielle record de 2 000 milliards de dollars, selon certains investisseurs.
L’affaire Anthropic illustre les tensions croissantes autour de l’utilisation des œuvres protégées par le droit d’auteur pour entraîner des systèmes d’IA. Bien que l’entreprise ait accepté de payer une somme importante, le juge a considéré que cette pratique était couverte par le *fair use*, une notion juridique qui permet l’utilisation d’œuvres protégées dans certains contextes, comme l’éducation ou la critique. Cette décision pourrait avoir des répercussions majeures pour l’industrie de l’IA, car elle valide indirectement la collecte massive de textes sans autorisation explicite des auteurs. D’autres entreprises du secteur, comme Zoom Books, restent sous surveillance pour des pratiques similaires.

