Santé des pompiers : pourquoi il faut poursuivre les recherches
L’ESSENTIEL - L’activité des pompiers les expose, tout au long de leur carrière, à de nombreux facteurs de risque, qu’ils soient chimiques, physiques ou psychiques - Ces expositions multiples sont très intriquées les unes avec les autres, ce qui complique l’évaluation de leurs effets sur la santé - Des recherches complémentaires sont encore nécessaires pour dresser un panorama plus complet des risques auxquels font face les pompiers et améliorer la prévention Le changement climatique entraîne des étés plus longs, plus chauds et plus secs, qui alimentent des incendies de végétation d’une ampleur et d’une durée sans précédent . Des « mégafeux » frappent désormais régulièrement l’Amérique du Nord ou l’Australie.
Le métier de pompier expose à des risques variés et souvent cumulés tout au long de la carrière. Ces dangers incluent des facteurs chimiques comme les particules fines (PM 2,5), les hydrocarbures aromatiques polycycliques, le benzène ou les métaux lourds présents dans les fumées d’incendie. Les pompiers sont aussi confrontés à des risques physiques : chaleur intense, efforts physiques intenses, postures contraignantes, bruit constant et accidents du travail. Enfin, des risques psychiques s’ajoutent, notamment le stress opérationnel, les traumatismes et le syndrome de stress post-traumatique. Ces expositions sont souvent simultanées lors d’une même intervention, ce qui rend complexe l’évaluation de leurs effets sur la santé. Par exemple, une étude en Seine-Maritime a montré que les pompiers décédés l’ont été en moyenne à 72,3 ans, soit 2,1 ans plus tôt que la population générale.
Les expositions répétées des pompiers ont des conséquences sur leur santé, parfois immédiates et parfois différées. À court terme, on observe des coups de chaleur, des déshydratations, des expositions aiguës au monoxyde de carbone, des douleurs et des brûlures, ainsi que des traumatismes physiques et psychologiques. À plus long terme, des troubles musculo-squelettiques (comme ceux du bas du dos ou des épaules), des troubles du sommeil (signalés chez environ un tiers des pompiers), un syndrome métabolique, des troubles cardiovasculaires et des problèmes respiratoires apparaissent. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé l’exposition professionnelle des pompiers comme cancérigène pour l’homme, notamment pour le mésothéliome et le cancer de la vessie. D’autres cancers, comme ceux de la thyroïde, du rein, du cerveau ou de la prostate, présentent aussi une surmortalité notable.
Le concept d’exposome désigne l’ensemble des expositions subies par un individu au cours de sa vie, incluant leur chronologie et leurs interactions. Pour les pompiers, cet exposome professionnel est particulièrement complexe car il combine des expositions chimiques (fumées, particules, métaux), physiques (chaleur, bruit, efforts), psychiques (stress, traumatismes) et environnementales (travail posté, gaz d’échappement, PFAS dans les équipements). Par exemple, la zone du cou est une voie d’absorption notable de substances toxiques en raison du port des équipements de protection. Ces expositions varient selon le type de contrat, le poste, l’ancienneté et les habitudes de vie. Leur intrication rend difficile l’identification d’un lien direct entre une exposition spécifique et une maladie.
Pour mieux comprendre les risques encourus par les pompiers, des recherches complémentaires sont indispensables. Elles doivent porter sur plusieurs axes : étudier les effets des expositions en synergie (appelés effet cocktail), évaluer les atteintes endocriniennes, les maladies neurodégénératives (comme la maladie de Parkinson) et les cancers rares ou spécifiques à un sexe. Il est aussi crucial d’analyser les effets de sélection et de confusion dans les études épidémiologiques. Ces travaux nécessitent des cohortes plus larges ou l’utilisation de données existantes réanalysées avec des outils d’intelligence artificielle. En France, des initiatives comme l’Observatoire national de santé des agents des services d’incendie et de secours (ONSAS) ou le groupe RE3SC visent à structurer cette recherche et à améliorer la prévention.
La prévention des risques pour les pompiers doit être globale et intégrer l’ensemble de leur *exposome*. Plusieurs pays, dont la France, développent des programmes de transfert des connaissances entre la recherche et les acteurs de terrain. Par exemple, l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP) propose des formations et une base de ressources en ligne. L’ONSAS, créé par la Direction générale de la sécurité civile, réunit des parties prenantes pour prévenir, protéger et réparer. Ces efforts ont déjà conduit à une nouvelle réglementation sur la réparation des maladies professionnelles et à des recommandations sur les entraînements au feu réel. Cependant, des progrès restent à faire, notamment pour une meilleure indemnisation des victimes et une consolidation de la recherche avec des financements dédiés.

