Santé des pompiers : pourquoi il faut poursuivre les recherches
Les pompiers, exposés à des risques chimiques, physiques et psychiques multiples et intriqués, paient un tribut sanitaire dont les contours restent mal évalués. Entre sous-estimation des effets par l’effet « travailleur sain » et complexité de l’exposome professionnel, la recherche doit désormais articuler une approche systémique pour éclairer les politiques de prévention et de réparation.
Pourquoi la mortalité globale des pompiers ne reflète-t-elle pas les risques réels de leur métier ?
La mortalité globale des pompiers apparaît comparable à celle d’autres professions en raison de l’effet travailleur sain : les personnes en emploi sont généralement en meilleure santé que la population générale, ce qui biaise les comparaisons. Par ailleurs, les études sous-estiment les risques spécifiques aux métiers à forte demande physique et mentale, comme celui des pompiers.
Quels sont les principaux facteurs de risque auxquels les pompiers sont exposés au cours d’une même intervention ?
Une intervention mobilise plusieurs types d’expositions simultanées : particules fines et gaz toxiques (hydrocarbures aromatiques polycycliques, benzène, aldéhydes), chaleur extrême et activité physique intense, bruit constant, postures contraignantes, et traumatismes physiques ou psychologiques. Ces facteurs s’ajoutent à des expositions chroniques comme le travail posté, les gaz d’échappement diesel ou les retardateurs de flamme (PFAS).
Pourquoi est-il si difficile d’évaluer l’impact spécifique de chaque exposition sur la santé des pompiers ?
Les expositions des pompiers sont multifactorielles et intriquées, ce qui rend impossible une approche classique « une exposition, une maladie ». Leur exposome professionnel, qui inclut des risques chimiques, physiques, psychiques et environnementaux, nécessite une analyse systémique et longitudinale pour distinguer les effets additifs, multiplicatifs ou interactifs de ces facteurs.
Quelles avancées récentes ont été réalisées pour mieux protéger la santé des pompiers en France ?
La France a mis en place l’Observatoire national de santé des agents des services d’incendie et de secours (ONSAS), qui rassemble acteurs institutionnels, syndicats et chercheurs pour élaborer des recommandations sur la prévention, les entraînements au feu réel et la toxicité des fumées. Ces travaux ont aussi conduit à une réglementation sur la réparation des maladies professionnelles, inspirée par le rapport du CIRC de 2023.
Ce que ça pourrait changer
La prise en compte systémique des risques liés à l’exposome des pompiers pourrait conduire à des politiques de prévention plus intégrées, combinant protection individuelle, formation et adaptation des protocoles d’intervention. À plus long terme, une meilleure indemnisation des victimes et une recherche collaborative internationale pourraient réduire l’écart entre les risques réels et les connaissances disponibles.

