L’actualité politique vous stresse? Vous n’êtes pas seul
Tensions avec les É.-U., élections au Québec : l'actualité peut créer de l'anxiété, prévient une experte..
Le stress politique désigne l’anxiété, les troubles du sommeil ou l’épuisement émotionnel provoqués par l’actualité politique, comme une guerre commerciale ou une élection. Ce phénomène est aujourd’hui étudié comme un domaine scientifique à part entière. Aux États-Unis, son analyse s’est intensifiée autour de l’élection présidentielle de 2016. Au Canada, des politologues, psychologues et experts en santé mentale, comme Amanda Friesen (titulaire d’une chaire de recherche en psychologie politique à l’Université de Western), documentent ses effets depuis 10 ans. Les symptômes incluent perte de sommeil, perte d’appétit, émotions négatives ou dépression épisodique, souvent liés à des événements majeurs comme une élection ou un conflit international. Friesen souligne que ce stress est difficile à éviter, car la politique s’immisce dans la vie quotidienne, surtout avec le flux continu d’informations et les réseaux sociaux.
Pour mesurer l’impact du stress politique sur le corps, Amanda Friesen et son équipe du Body Politics Lab (fondé en 2022) ont mené une étude avec 81 étudiants équipés d’une bague connectée mesurant leur température, leur pouls et leur niveau de transpiration. Les participants ont utilisé cette bague en consultant leur fil TikTok, où des contenus politiques étaient mélangés à d’autres. Les résultats ont montré que les étudiants ressentaient davantage d’émotions négatives après avoir visionné des contenus politiques, comparés à d’autres types de contenus. Ils étaient aussi plus enclins à partager ces contenus ou à lire les commentaires, ce qui alimente les algorithmes des réseaux sociaux. Samantha Jones, doctorante dans l’équipe, note que malgré ce malaise, les participants exprimaient malgré eux l’envie d’en savoir plus, créant un cercle vicieux entre stress et consommation d’informations.
Amanda Friesen et Noah Vanderhoeven, chercheurs au Body Politics Lab, soulignent que le stress politique peut avoir des répercussions sur la santé individuelle et la démocratie. Friesen explique qu’il est difficile d’éviter la politique, car elle s’infiltre dans le quotidien via les réseaux sociaux et l’actualité en continu. Pourtant, l’engagement citoyen reste essentiel pour la vitalité démocratique. Vanderhoeven ajoute que certaines personnes transforment ce stress en action politique, ce qui peut être bénéfique à la fois pour leur bien-être et pour la société. L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre rester informé et préserver sa santé mentale, en identifiant ce qui est contrôlable (comme limiter le temps passé sur les réseaux sociaux) et ce qui ne l’est pas.
La Dre Allison Crawford, psychiatre au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto (CAMH) et responsable du service national d’écoute téléphonique 988 au Canada, confirme que le stress politique pousse certains Canadiens à solliciter de l’aide. Elle décrit des cas où les personnes souffrent de troubles du sommeil, de sentiment de déstabilisation, d’épuisement émotionnel ou d’impuissance, notamment en période d’incertitude politique ou économique. Crawford insiste sur l’importance de reconnaître ces symptômes et de se tourner vers une personne de confiance pour obtenir du soutien. Elle rappelle que s’impliquer dans la démocratie est souhaitable, mais que des mesures concrètes, comme réduire le temps passé à consommer l’actualité, peuvent aider à mieux gérer ce stress.
Depuis 2026, la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, est un facteur majeur de stress politique pour les Canadiens. Amanda Friesen explique que cette situation crée un sentiment d’incertitude : les Canadiens ignorent si les tensions sont réelles ou un simple jeu politique, et s’interrogent sur leurs conséquences (hausse des prix, impact sur les entreprises, etc.). Amélie Valois, une Torontoise interrogée par CBC News, illustre ce malaise en évoquant son inquiétude face à l’impact de cette guerre sur les factures d’épicerie et l’avenir économique. Friesen note que cette confrontation avec un *ennemi extérieur* (les États-Unis) peut paradoxalement souder les Canadiens, tout en amplifiant leur niveau d’anxiété.

