Cet ennemi n’a pas fini de triompher – sur Même les morts de Juan Gómez Bárcena
Roman-mirage traversé de cadavres et de prophéties sans consolation, Même les morts est le quatrième de l'auteur, et son premier traduit en français. Il suit la traque interminable d’un certain Juan à travers cinq siècles de violences mexicaines, du désert colonial aux abords du mur de Trump, pour sonder ce que le fascisme fait au temps, aux corps et au langage.
Le roman Même les morts de Juan Gómez Bárcena est son quatrième ouvrage et le premier traduit en français. Publié en 2026, ce livre explore la violence au Mexique à travers cinq siècles, depuis l'époque coloniale jusqu'aux abords du mur frontalier avec les États-Unis. L'intrigue suit un personnage nommé Juan, dont la quête s'étend sur une période historique marquée par des conflits, des migrations et des régimes autoritaires. L'auteur s'intéresse particulièrement à l'impact du fascisme sur le temps, les corps et le langage, en proposant une réflexion sur la répétition des violences et leur persistance dans l'histoire. Le roman est décrit comme un mirage en noir et blanc, évoquant une atmosphère à la fois réaliste et onirique.
L'œuvre se caractérise par une structure narrative complexe, où les frontières entre passé et présent s'estompent. Le personnage de Juan, à la fois unique et multiple, incarne une identité qui se dilue au fil des siècles et des violences subies. Le récit mêle des scènes historiques, des visions prophétiques et des images symboliques, comme celle d'un désert colonial ou d'un village vidé de ses habitants. L'auteur utilise des matriochkas de percepts, c'est-à-dire des images ou des idées qui s'emboîtent les unes dans les autres, créant une impression de profondeur et de répétition. Le roman est également marqué par une absence de progression linéaire, reflétant une vision cyclique de l'histoire où les mêmes schémas de domination et de souffrance se répètent.
Le style de Juan Gómez Bárcena est comparé à plusieurs films classiques, notamment La Forêt pétrifiée (1936) d'Archie Mayo, L'Âge d'or (1930) de Luis Buñuel et Dura Lex (1926) de Lev Koulechov. Ces références cinématographiques soulignent l'atmosphère oppressante et onirique du roman. Par exemple, La Forêt pétrifiée évoque un enfermement en plein air, tandis que L'Âge d'or décrit des personnages aux activités répétitives et muettes, comme des pirates isolés. Ces parallèles illustrent une vision de l'histoire comme un cycle sans issue, où les personnages sont piégés dans des rôles prédéfinis, sans possibilité de rédemption ou de changement.
Le roman aborde le fascisme comme un système qui altère la perception du temps, des corps et du langage. Le fascisme, ici, n'est pas seulement une idéologie politique, mais une force qui déforme la réalité et impose une vision cyclique de l'histoire, où le passé et le présent se confondent. Les corps des personnages, notamment ceux des migrants, deviennent des symboles de cette oppression, fusionnant avec le corps de Juan pour former une entité collective. Le langage, quant à lui, est utilisé pour décrire une réalité où les mots perdent leur sens ou sont vidés de leur contenu, reflétant l'absurdité et la violence du système fasciste.
Le récit s'étend sur cinq siècles de l'histoire mexicaine, depuis la période coloniale jusqu'à l'époque contemporaine, en passant par des événements comme la révolution mexicaine ou les conflits frontaliers avec les États-Unis. Le mur de Trump, mentionné dans l'article, symbolise une frontière physique et symbolique qui sépare les États-Unis du Mexique, mais aussi une limite entre le passé et le présent. Le désert colonial et les villages vides évoquent des espaces géographiques où l'histoire semble s'être arrêtée, où les mêmes violences se répètent sans fin. Le Mexique, dans ce roman, devient un microcosme des dynamiques fascistes à l'échelle mondiale.
Juan Gómez Bárcena est présenté comme un écrivain majeur dont l'œuvre est saluée pour sa profondeur et son originalité. Le style du roman, décrit comme un *mirage* ou une *vaste étendue de mirages poudreux*, repose sur une écriture dense et évocatrice, où les images et les symboles s'entremêlent. L'article souligne que le livre est une *révélation*, suggérant qu'il apporte un éclairage nouveau sur des thèmes comme la violence, l'identité et l'histoire. La réception critique en Espagne, où l'auteur a présenté son livre, confirme son importance dans le paysage littéraire contemporain, notamment pour sa capacité à mêler fiction et réflexion politique.

