La leçon des choses – sur Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois
Le nouveau roman de la fraîchement ex-Oulipienne Clémentine Mélois est l'histoire d'une rupture et du déménagement consécutif. Mais l’impeccable contrôle de la digression et les zoom sur l’anodin, avec une frivolité travaillée au millimètre, ne sont pas sans nous rappeler que les beaux livres sont aussi des livres où le sujet n’est jamais vraiment le sujet.
Clémentine Mélois est une écrivaine, plasticienne et enseignante française, née au XXe siècle. Elle a publié une demi-douzaine d'ouvrages, dont Cent titres, une parodie humoristique de couvertures de classiques littéraires. Elle a également écrit une dizaine de livres pour la jeunesse. Mélois est aussi plasticienne et a enseigné la gravure et les techniques d'impression dans une école d'art. En 2026, elle quitte l'Oulipo, un groupe littéraire expérimental, de manière symbolique lors d'un événement humoristique. Son nouveau roman, Choses que je croyais perdues, explore les thèmes du déménagement et de la rupture amoureuse à travers une narration qui mêle digressions et observations minutieuses de l'ordinaire.
Le roman Choses que je croyais perdues commence par son titre, une caractéristique typique des livres. La narratrice, Émilie, déménage après une rupture avec son petit ami prénommé Tristan. Ce déménagement déclenche une réflexion sur les objets qu'elle emballe et les souvenirs qui y sont associés. Le récit utilise des digressions contrôlées et des zooms sur des détails anodins pour explorer des thèmes plus larges. L'autrice joue avec la structure narrative, rappelant que le sujet principal d'un livre n'est pas toujours ce qui semble évident au premier abord. Le style de Mélois est marqué par une précision millimétrée et une frivolité apparente, qui servent à masquer une profondeur thématique.
Clémentine Mélois intègre dans son roman un chapitre dédié aux techniques et au jargon des graveurs, reflétant son expertise en gravure. Ce passage évoque des termes comme fil d'eau, blanc de Meudon, essence d'aspic et bitume de Judée, qui décrivent des matériaux ou des procédés spécifiques à la gravure. Le fil d'eau désigne une technique de gravure en creux, tandis que le blanc de Meudon est un pigment utilisé pour préparer les surfaces. L'essence d'aspic est une huile essentielle employée dans certains procédés d'impression, et le bitume de Judée est une substance utilisée pour protéger certaines parties d'une plaque lors de la gravure. Ces termes, bien que techniques, sont présentés de manière à créer une atmosphère onirique et immersive pour le lecteur.
L'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle) est un groupe littéraire fondé en 1960, dont les membres explorent des contraintes formelles pour stimuler la créativité. Clémentine Mélois en a fait partie pendant vingt ans avant de le quitter au printemps 2026, de manière symbolique et humoristique, lors d'un événement qualifié de suicide putatif marrant devant huissier. Cette sortie marque une rupture avec une structure qui a influencé une partie de son travail. L'Oulipo est connu pour ses expérimentations littéraires, comme l'écriture sous contraintes mathématiques ou linguistiques, et a compté parmi ses membres des figures comme Georges Perec ou Italo Calvino.
Le roman *Choses que je croyais perdues* aborde principalement deux thèmes : la rupture amoureuse et le déménagement. La narratrice, Émilie, doit faire ses cartons après la fin de sa relation avec Tristan. Ce processus de rangement et d'emballage devient une métaphore de la reconstruction personnelle. Les objets du quotidien, souvent négligés, prennent une nouvelle signification à travers les souvenirs qu'ils évoquent. Le récit explore ainsi la fragilité des liens humains et la manière dont les choses matérielles peuvent incarner des émotions ou des moments passés. La narration alterne entre légèreté et profondeur, reflétant la complexité des transitions de la vie.

