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Environnement

« Je l'ai trouvé par terre à côté des serres » : les canicules laissent les paysans KO

Reporterre · mis à jour il y a 17 j

Dans les Deux-Sèvres, les malaises se succèdent chez les paysans et paysannes qui tentent de sauver des cultures mises en danger par la chaleur. Au fil des canicules, ils voient leur santé physique et mentale se dégrader.

Canicules dévastatrices

Les vagues de chaleur intenses qui frappent la France en 2022 et 2023 ont des conséquences dramatiques pour les agriculteurs, notamment dans le sud du pays. Ces épisodes, appelés canicules, se caractérisent par des températures dépassant régulièrement les 35°C pendant plusieurs jours consécutifs. Selon Météo-France, l’été 2022 a été marqué par 33 jours de vagues de chaleur, un record depuis 1947. Les agriculteurs subissent des pertes massives de récoltes, avec des baisses de rendement pouvant atteindre 50 % pour certaines cultures comme les tomates ou les courgettes. Les serres, souvent utilisées pour protéger les plantes, deviennent des pièges à chaleur, transformant l’intérieur en fournaise. Les producteurs décrivent des situations où les plants meurent littéralement sur pied, littéralement carbonisés par la chaleur excessive.

Témoignages accablants

Plusieurs agriculteurs du sud de la France, notamment dans les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, témoignent de l’ampleur des dégâts. L’un d’eux raconte avoir trouvé des plants de courgettes littéralement grillés à côté de ses serres, un spectacle habituellement réservé aux déserts. Ces récits illustrent l’impuissance des producteurs face à des phénomènes météorologiques de plus en plus intenses et imprévisibles. Les associations agricoles, comme la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), alertent sur la vulnérabilité croissante du secteur. Les agriculteurs, déjà fragilisés par la hausse des coûts de production (énergie, engrais), voient leurs revenus s’effondrer, avec des pertes estimées à plusieurs milliers d’euros par hectare.

Adaptation impossible

Face à l’urgence climatique, les agriculteurs tentent des solutions d’adaptation, mais celles-ci se heurtent à des limites techniques et financières. L’installation de systèmes de ventilation ou de brumisation dans les serres représente un coût prohibitif, souvent inaccessible pour les petites exploitations. Les subventions publiques, comme celles du Plan de relance agricole ou des aides de l’Union européenne (PAC), peinent à couvrir ces besoins. Les experts soulignent que les mesures actuelles sont insuffisantes pour faire face à l’ampleur des défis. Les agriculteurs dénoncent un manque de soutien concret, alors que les prévisions climatiques annoncent des étés encore plus chauds dans les décennies à venir.

Crise économique aggravée

La combinaison des canicules et des autres crises (inflation, guerre en Ukraine, pénurie d’engrais) plonge le secteur agricole dans une situation critique. Les prix des denrées alimentaires augmentent, mais les producteurs ne bénéficient pas de cette hausse en raison de la baisse de leurs volumes de production. Par exemple, le prix des tomates a augmenté de 30 % en 2022, mais les agriculteurs ont perdu jusqu’à 70 % de leur récolte. Les banques et les coopératives agricoles rapportent une hausse des demandes de prêts et des faillites parmi les exploitations. Les syndicats agricoles appellent à une refonte des politiques publiques pour mieux protéger les revenus des producteurs et investir dans des infrastructures résilientes.

Ce que ça pourrait changer

Les agriculteurs et leurs représentants multiplient les appels à l’aide, tant au niveau national qu’européen. Ils demandent des mesures d’urgence, comme des indemnisations exceptionnelles pour les pertes subies, ainsi que des investissements massifs dans la recherche et l’innovation agricole. Des organisations comme **Greenpeace** ou **Les Amis de la Terre** plaident pour une transition vers des modèles agricoles plus durables, moins dépendants des serres chauffantes et des intrants chimiques. Cependant, les solutions à long terme se heurtent à des blocages politiques et économiques. Les agriculteurs, épuisés par des années de crises successives, appellent à une prise de conscience collective avant que le secteur ne s’effondre définitivement.

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