L'affaire Cornell ou la fin de l'omerta sur les violences sexuelles au sein des fraternités états-uniennes?
Ce drame pourrait bien mettre fin à l'impunité dont jouissent les «frats» au sein des campus universitaires..
Le 16 septembre 2026, une ancienne étudiante de l'Université Cornell, surnommée Jane Doe pour préserver son anonymat, a déposé une plainte publique contre sept hommes pour un viol collectif présumé survenu à l'automne 2024. Les faits se seraient produits lors d'une fête organisée dans la fraternité masculine Chi Phi, l'une des plus anciennes de Cornell. Jane Doe avait signalé les violences à l'université dès les jours suivant l'agression, mais l'enquête interne avait été classée sans suite. Cette affaire met en lumière la culture du viol persistante dans les campus américains et la difficulté des victimes à obtenir justice.
Les fraternités, comme Chi Phi à Cornell, sont des groupes masculins fermés souvent comparés à des clubs ou des sociétés secrètes. Leur origine remonte à 1776 aux États-Unis, et leur objectif principal est de créer un réseau d'influence durable pour leurs membres. Ces groupes, appelés greek system, fonctionnent selon une logique d'entre-soi non mixte, ce qui va à l'encontre de la loi Title IX de 1972 interdisant les discriminations basées sur le sexe dans les programmes éducatifs. Les fraternités sont régulièrement pointées du doigt pour des excès en tous genres, notamment des violences sexistes et sexuelles. À Cornell, 35 % des étudiantes en licence déclarent avoir subi des contacts sexuels sans consentement, selon un sondage interne de l'université publié en 2025.
L'Université Cornell a été critiquée pour sa gestion de l'affaire. Après le dépôt de plainte de Jane Doe, l'administration a exclu deux des agresseurs présumés et suspendu les cinq autres, mais a finalement classé l'enquête sans suite après quelques mois. De plus, l'université n'a pas conseillé à la victime de réaliser des prélèvements médico-légaux dans les délais nécessaires pour identifier les agresseurs. Ce manque de réaction s'inscrit dans une tendance plus large : aux États-Unis, les universités sont souvent accusées de protéger les étudiants issus de fraternités, notamment en raison de leur influence future dans les sphères politiques et économiques. Par exemple, en 2015, Brock Turner, un étudiant de Stanford, n'a purgé que trois mois de prison sur six pour le viol d'une étudiante inconsciente.
Face à l'inaction de l'université, deux étudiantes en journalisme à Cornell, Cereese Qusba et Sophia Dasser, ont mené une enquête pendant deux ans sur le viol collectif présumé. Elles ont publié leurs résultats dans le Cornell Daily Sun, le journal universitaire, en révélant les noms et photos des sept agresseurs présumés. Cette initiative s'inscrit dans la lignée du mouvement MeToo, qui a permis à des voix marginalisées de s'exprimer. Les réseaux sociaux ont amplifié cette mobilisation, avec des hashtags comme #IamJaneDoe et des manifestations étudiantes exigeant l'interdiction des fraternités. Ces actions ont forcé l'université à réagir, en interdisant les fêtes dans les fraternités jusqu'à la fin de l'année scolaire et en adoptant une politique de tolérance zéro.
L'affaire a suscité une vague d'indignation aux États-Unis et à l'international. Donald Trump a pris la défense des sept agresseurs présumés, les qualifiant de victimes d'une injustice. Cependant, la majorité des réactions soulignent la nécessité de rendre justice à Jane Doe et aux autres victimes de violences sexistes et sexuelles. Les étudiants de Cornell protestent depuis plusieurs jours pour demander la fin des fraternités, tandis que les réseaux sociaux servent de caisse de résonance à cette mobilisation. Cette affaire pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l'impunité des violences sexuelles dans les campus américains.

