L’architecture, instrument des guerres culturelles
L’annonce du début des travaux de l'arc de triomphe voulu par Trump est l’occasion d’un bref panorama de ce qui sert une instrumentalisation politique de l’architecture. C’est ainsi que l’on suit par exemple le fil de Léon Krier, urbaniste antimoderniste, des États-Unis à Rome en passant par l’Angleterre.
L’article montre comment l’architecture peut devenir un outil au service des discours politiques, notamment dans des contextes de montée des populismes et des régimes autoritaires. Par exemple, l’annonce des travaux d’un arc de triomphe commandé par Donald Trump aux États-Unis illustre cette instrumentalisation. L’architecture, grâce à sa visibilité et sa matérialité, permet de donner une forme concrète à des récits politiques simplifiés, facilitant ainsi la polarisation des opinions. Cette logique n’est pas nouvelle : depuis le XVIIIe siècle, avec l’émergence d’une opinion publique, l’architecture sert de support à la légitimation du pouvoir, mais son rôle s’est complexifié avec la multiplication des acteurs dans les démocraties modernes.
Le style néoclassique, caractérisé par des formes inspirées de l’Antiquité (colonnes, frontons, symétrie), est souvent utilisé pour promouvoir une identité nationale ou culturelle forte. L’article cite l’urbaniste antimoderniste Léon Krier, qui défend ce style comme un moyen de renforcer un sentiment d’appartenance à une tradition architecturale européenne. Aux États-Unis, un décret récent a été promulgué pour encourager une « belle architecture civique fédérale » dans ce style, reflétant une volonté de retour à des valeurs perçues comme intemporelles et consensuelles. Cependant, cette approche est critiquée car elle peut servir à exclure d’autres formes architecturales, comme le logement social, jugé trop moderne ou « dérangeant ».
L’article souligne que les discours populistes et autoritaires utilisent souvent l’architecture comme un outil de rejet de la modernité. Depuis les années 1970, le logement social est une cible privilégiée des forces conservatrices, qui lui reprochent son esthétique jugée froide ou son association avec des valeurs progressistes. Cette critique s’inscrit dans une logique plus large de rejet des politiques sociales et urbaines perçues comme trop interventionnistes. Par exemple, des projets comme Poundbury au Royaume-Uni, conçu par Léon Krier, illustrent cette volonté de créer des villes « idéales » inspirées du passé, en opposition aux villes modernes et diversifiées.
Les « guerres culturelles » désignent des conflits idéologiques où s’affrontent des visions opposées de la société, souvent autour de questions d’identité, de tradition et de modernité. L’architecture joue un rôle clé dans ces débats, car elle offre une représentation tangible et immédiate des valeurs portées par chaque camp. Par exemple, la promotion d’un arc de triomphe par Trump peut être interprétée comme une tentative de réécrire l’histoire nationale en mettant en avant des symboles forts, tout en marginalisant d’autres récits. Cette dynamique se retrouve dans d’autres pays, comme en Italie avec des projets urbains controversés à Rome ou à Milan, où l’architecture devient un champ de bataille pour imposer une vision particulière de la société.
Plusieurs acteurs sont mentionnés dans l’article pour illustrer ces dynamiques. Léon Krier, urbaniste antimoderniste, est cité pour son influence sur des projets comme Poundbury au Royaume-Uni, où il a conçu une ville inspirée des modèles traditionnels. Aux États-Unis, Donald Trump est présenté comme un promoteur d’une architecture monumentale et symbolique, avec son projet d’arc de triomphe. En Italie, des politiques comme Gianni Alemanno, ancien maire de Rome, ont utilisé des plans urbains pour promouvoir une vision identitaire de la ville, notamment à travers des projets comme Tor Bella Monaca. Ces exemples montrent comment l’architecture peut être mobilisée pour servir des agendas politiques, souvent en s’appuyant sur des récits simplifiés et polarisants.

