Les engoulevents ont une façon de voler unique qui ressemble à celle des chauves-souris
Chez presque tous les oiseaux, c'est le battement vers le bas qui propulse. Cet oiseau nocturne, lui, profite aussi de la remontée de ses ailes, un tour qu'on croyait réservé aux chauves-souris.
L'engoulevent, un oiseau nocturne insectivore pesant environ 71 grammes, possède une technique de vol unique parmi les oiseaux. Contrairement à la majorité des espèces aviaires, où seule la descente des ailes propulse l'animal vers l'avant, l'engoulevent génère aussi une poussée lors de la remontée de ses ailes. Ce mécanisme, jusqu'alors observé uniquement chez les chauves-souris et les insectes, lui permet de voler presque sur place, une capacité rare chez les oiseaux. Une étude menée par l'université de Lund en Suède, publiée en septembre 2026 dans la revue PLOS Biology, a mis en évidence ce phénomène grâce à des expériences en soufflerie avec des vents variant de 2,6 à 11 mètres par seconde, soit environ 9 à 40 km/h.
Lors de la remontée de ses ailes, l'engoulevent maintient celles-ci déployées à près de 80%, une particularité anatomique qui lui permet de produire une poussée vers l'avant. Les extrémités de ses ailes génèrent des tourbillons inversés dans l'air, créant ainsi une force propulsive. Ce mécanisme diffère de celui des autres oiseaux, dont les ailes se replient généralement pendant la remontée pour réduire la résistance de l'air. L'engoulevent tire donc avantage de cette configuration pour avancer efficacement, même à basse vitesse. Cette technique lui confère une grande agilité, idéale pour chasser des proies comme les papillons de nuit ou les coléoptères dans l'obscurité.
Les ailes larges et fendues de l'engoulevent lui permettent de voler lentement et de réaliser des virages serrés, mais présentent un inconvénient à haute vitesse. En effet, la portance, c'est-à-dire la capacité de l'aile à soulever l'oiseau, devient moins efficace lorsque l'air ne se répartit pas uniformément le long de l'aile. Christoffer Johansson, chercheur à l'université de Lund et auteur principal de l'étude, décrit ces ailes comme un compromis entre plusieurs exigences : agilité pour la chasse et endurance pour les migrations. Malgré cette adaptation, l'engoulevent effectue chaque année un voyage migratoire vers l'Afrique subsaharienne, démontrant que son vol, bien que particulier, reste performant sur de longues distances.
La découverte de ce mécanisme de vol intéresse particulièrement les ingénieurs concevant des drones à ailes battantes. Ces appareils rencontrent souvent des difficultés liées à la rétraction incomplète des ailes entre deux battements, un problème similaire à celui de l'engoulevent. En s'inspirant de la façon dont cet oiseau utilise la remontée de ses ailes pour avancer, les drones pourraient améliorer leur stabilité et leur manœuvrabilité. L'équipe de l'université de Lund prévoit d'étudier si d'autres espèces d'oiseaux ou d'animaux volants utilisent ce même procédé, ce qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles innovations technologiques.
Il existe environ une centaine d'espèces d'engoulevents à travers le monde, réparties sur tous les continents sauf l'Antarctique. Ces oiseaux, souvent nocturnes, sont connus pour leur plumage mimétique qui leur permet de se fondre dans leur environnement pendant la journée. Leur capacité à voler de manière unique, combinée à leur adaptation à des milieux variés, en fait un sujet d'étude prometteur pour comprendre l'évolution des techniques de vol chez les vertébrés. Les recherches futures pourraient révéler d'autres adaptations surprenantes au sein de cette famille d'oiseaux.

